lundi 18 mai - par M’bafo Pian

Révolution et Réformisme au XXIe siècle

Au début des années 1890, le marxisme était devenu l'idéologie dominante au sein du mouvement communiste. L'espoir de la révolution communiste était fondée sur l'inévitable transformation de la majorité de la population active en salariés c'est à dire en prolétaires obligés de vendre leur force de travail pour vivre. Ce prolétariat de Marx et Engels, devrait en dernière instance s'emparer du pouvoir politique, nationaliser tous les moyens de production et planifier l'économie selon les besoins de la population pour éviter les crises économiques cycliques du capitalisme-salariat. 

Mais le plus important de la théorie révolutionnaire chez Marx et Engels est la lutte des classes. L'opposition entre les classes implique une transition violente entre l'Etat actuel et l'Etat communiste et cette transition nécessairement dirigée par un parti communiste.

Mais nous ne sommes plus au XIXe siècle, la révolution violente ne signifie pas nécessairement un bain de sang. On peut citer la Révolution d'Octobre 1917, la chute de l'URSS en 1991, la Révolution tunisienne de 2011, la Révolution ukrainienne de 2014, la Révolution soudanaise de 2019, etc. Elle signifie une rupture brutale avec l'ordre ancien(légalité précédente) quoique des dommages collatéraux sont souvent inévitables.

Mais Marx et Engels se sont trompés sur leur prévision : le salariat devient partout majoritaire en Europe de l'Ouest à la fin du XIXe siècle mais la conscience communiste était très minoritaire parmi les salariés. Cette situation provoqua une scission au sein de la social-démocratie à la fin des années 1890 : d'un côté les Réformistes et de l'autre les Bolcheviks. 

Le Réformisme était inconsciemment la voie juste et possible (humainement) à l'époque puisque ses partisans ne connaisaient pas la théorie de la lutte des superclasses. L'Histoire leur a donné raison face au Soviétisme. Mais ils sont allés trop loin en niant carrément la nécessité historique de la révolution communiste, en niant la théorie de la lutte des classes, bref en niant l'essence même du marxisme. 

Les Bolcheviks avaient une maîtrise parfaite de la macroéconomie. Ils savaient qu'une économie nationalisée et planifiée tournée uniquement (principalement) vers le marché intérieur était fatale pour les salariés, provoque l'effondrement de l'économie et transforme la majorité de la population active en chômeurs. Inconsciemment, ils prenaient compte de l'antagonisme incroyable entre salariés et chômeurs : soit ils appliquent le communisme de Marx et là l'effondrement économique rend la contre-révolution bourgeoise victorieuse soit ils cherchent une autre voie.

Quelle est cette voie ? Lénine inventa un nouveau mode de production capitaliste-salarial pour concilier l'existence et le développement du salariat avec nationalisation et planification économique. Il théorisa ce mode de production pour la première fois dans son ouvrage A propos de la question dite des marchés en 1893 puis il réaffirme cette théorie en 1897 (Pour caractériser le romantisme économique) et en enfin en 1899 (Le développement du capitalisme en URSS).

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Lénine part des schémas marxistes de reproduction élargie (sans doute la plus grande découverte en macroéconomie de l'époque moderne) que Marx exposa dans son livre 2 du Capital. Cette loi de Marx dit que lors de la croissance du PIB, les investissements dans la section de la production des biens de consommation s'accroissent plus vite que les investissements dans la section de la production des moyens de production.

Lénine inversa cette loi de Marx c'est à dire la falsifia. Pour que Lénine en arrive à une telle violence théorique contre Marx, il fallait que cela soit de très grande importance. L'objectif était de détruire la bourgeoisie en tant que classe c'est à dire de supprimer de la propriété privée des moyens de production. Il se rend compte qu'en inversant la théorie de la reproduction élargie de Marx, il résout le problème du marché intérieur . C'est à dire en inversant cette loi, le marché intérieur devient le principal débouché de biens produits et l'économie nationalisée sera de ce fait indépendante des capitalistes étrangers. Car dépendre de l'extérieur, c'est ouvrir son marché intérieur aux capitalistes étrangers et donc la victoire de la propriété privée dans le marché intérieur. Situation inacceptable pour les Bolcheviks. 

La loi de Marx a donc été sacrifiée pour un communisme artificiel des apparences. Mais cette inversion n'est pas sans conséquence : il provoque une pénurie chronique de biens de consommation. 

Mal qui ronga l'URSS de l'intérieur tout au long du XXe siècle jusqu'à provoquer son effondrement en 1989. Et ce n'est pas tout. Sur la base de cette pénurie, s'est développée une nouvelle forme d'exploitation de la majorité salariale par la minorité dirigeante. J'ai appelé ce mode d'exploitation plus-value de pénurie pour la différencier de la plus-value classique de Marx.

Au final le mode de production capitaliste-salarial inventé par Lénine était globalement négatif puisqu'il s'est effondré en moins d'un siècle dans une crise de pénurie effroyable. Le Réformisme était donc plus efficace pour l'humanité qui combattait pour la justice sociale. 

Le Réformisme est encore historiquement nécessaire 

Plus qu'une lutte de classes, la société humaine se meut par un moteur plus vaste, plus lent mais plus déterminant. Si capitalistes et salariés sont en opposition constante, ces deux classes forment une superclasse capitaliste-salariale dirigée contre les chômeurs, une superclasse qui ne contient plus de classes antagonistes en son sein et qui n'est superclasse qu'en opposition avec le capitalisme-salariat. 

Au XIXe et XXe siècle, la superclasse des chômeurs étant minoritaire dans la population active, le communisme était impossible, "utopique". Ce n'est que lorsque les chômeurs seront majoritaires dans la population que le communisme devient possible. Cela ne signifie pas que la Révolution se fera automatiquement mais tant que les chômeurs sont minoritaires, la Révolution communiste est illusoire. 

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 L'opposition entre le mode de production capitaliste-salarial et le mode de production communiste se traduit historiquement dans la population comme l'opposition entre les capitalistes-salariés et les chômeurs. Et la domination de l'une sur l'autre au sein de l'Etat dépend de leur rapport de force au sein de la population. 

Car dire que les chômeurs sont majoritaires signifie un effondrement terminal du capitalisme-salariat, la conscience générale de la population se modifie alors radicalement vers le communisme.

Mais il est urgent pour les tous les communistes qu'ils soient salariés, chômeurs, entrepreneurs,etc. d'oeuvrer à la création d'un Parti communiste des chômeurs car le chômage sera le futur de l'humanité pré-communiste. Probablement, les chômeurs seront majoritaires autour de la décennie 2050 ou peut-être moins dans certains pays développés.

Tout en gardant son indépendance, ce parti doit s'allier à toutes les forces politiques et associations qui soutiennent les chômeurs et précaires. Voilà en gros le Réformisme du Parti communiste des chômeurs. 

Plus le taux de chômage augmentera, plus le poids politique de ce parti deviendra décisif. Et lorsque le rapport de forces change en sa faveur, le Parti communiste des chômeurs s'empare du pouvoir d'Etat, nationnalise tous les moyens de production, met en place une planification économique et écologique au service de toute la population. À ce moment, la démocratie devient une réalité. Car le pouvoir du peuple, c'est à 99,99% son pouvoir économique et écologique.

Sans doute le défaut de la démocratie actuelle n'est pas le fait d'élire des députés, président, etc. mais que l'essentiel de la vie sociale échappe au pouvoir du peuple et tombe dans le domaine propriété privée. C'est à dire que démocratie s'arrête là où commence la propriété privée des moyens de production et des biens de consommation. 

 



4 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 18 mai 11:26
    1. vous attribuez à Lénine la politique de Staline.
    2. la CFDT et le par cours de Nicole Notat sont caractéristiques de ce que vous appelez « réformisme » : une collaboration de classe

  • Spartacus Lequidam Spartacus 18 mai 12:26

    Le communisme l’idée totalitariste qui ne meurt jamais...

    Réclamer plein chômeurs pour le bien révolutionnaire...

    Vaste programme humaniste intellectuellement dégelasse pour ces concitoyens...  smiley  smiley)

    Réclamer la planification étatiste totalitariste en invoquant la démocratie...

    Vaste programme non sens démocratique intellectuellement débile.   smiley  smiley.


    Faudrait peut être comprendre intellectualiser que la finalité de lutte des classes comuniste, ne revient qu’a la création d’une autre, celle des apparatchiks des castes étatistes qui décident du sort des autres.

    Comment avec 100 millions de morts, les dizaines de tentatives échecs, les servitudes, la misère, les pénuries, le totalitarisme et éternels c’était pas le vrai communisme qui veut recommencer que qui n’a jamais marché et ne marchera jamais.

    Tristes bolcheviques incapables de sortir de leur secte et leur prison mentale...


    • CN46400 CN46400 18 mai 12:35

      @Spartacus
      Vous avez raison le chômage n’est pas révolutionnaire, il permet juste de limiter l’inflation des salaires de ceux qui ont trouvé un preneur pour leur force de travail.....


  • keiser keiser 19 mai 09:27

    C’est ça ta révolution :

    https://www.youtube.com/watch?v=S_yTkiStLD8


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