mardi 13 septembre - par hommelibre

Saga du CO2 (12) : 2022, il manque des ouragans

En juin dernier la saison des ouragans de l’Atlantique nord était annoncée comme potentiellement très destructrice. Selon le site Ta Météo du mois de juin : « Tous les scénarios des différentes institutions et agences météorologiques prévoient une activité cyclonique supérieure à la moyenne cette année, ce qui en ferait la septième saison cyclonique consécutive très dynamique et intense. »

Catastrophiques

La NOAA, agence météorologique états-unienne, annonçait elle aussi en juillet :

« Les prévisions de la NOAA pour la saison des ouragans 2022 indiquent 65 % de probabilité d’une activité supérieure à la normale, 25 % de probabilité d’une saison proche de la normale, et 10 % de probabilité d’une activité inférieure à la normale. »

Cela c’est la théorie sortie de modèles informatiques. Dans les faits ce n’est pas le cas. Pourtant Ta météo insiste et l’écrit en gras :

« Au cours des dernières années, des études océanographiques et climatologiques axées sur les tropiques ont expliqué que tant l’influence anthropique que les modifications du système planétaire causées par le réchauffement localisé ou global favorisent des saisons cycloniques de plus en plus catastrophiques. »

Un peu plus loin on découvre ceci :

« D’autre part, nous avons les effets liés au changement climatique qui affectent la force et la fréquence des cyclones tropicaux. Des études récentes ont certifié cette théorie, qui est actuellement à l’étude. »

 

Saison atypique

C’est faux. Il n’y a pas d’augmentation des ouragans ni en nombre (hormis des variations cycliques naturelles) ni en puissance. Une récente étude que je présenterai prochainement le confirme. La Chaîne Météo disait aussi en 2015 :

« Force est de constater que l’Atlantique Nord connaît un calme exceptionnel depuis quasiment 10 ans.. (…) D’une manière générale, les années propices aux cyclones suivent des cycles de 5 à 10 ans ; mais pour retrouver une aussi longue série sans ouragan (qui atteint désormais 10 ans), il faut remonter 177 ans en arrière (décennie 1869), selon les archives américaines. »

Mais revenons à cette saison 2022 atypique. Elle est considérée déjà comme la plus calme depuis 25 ans. Pas ou peu de vraie grosse alerte en juillet et août, et ce début septembre n’est guère actif. Or nous sommes dans la phase habituellement la plus propice aux formations d’ouragans (août-septembre). 

Cela peut encore changer et la saison n’en est qu’à son milieux. Mais en l’état actuel cette situation calme assez rare contredit les prévisions. Celles-ci sont pourtant établies selon des modèles considérés comme très performants et ajustés aux données du passé.

 

Sahara, encore

Les prévisions gardent un aspect incertain et aléatoire. Si celles établies au printemps pour les mois suivants est si aléatoire, que penser de celles établies pour dans un siècle ?

Pourquoi cette erreur dans les prévision ? Une des raisons, pas forcément la seule, est la présence d’importantes quantités de brume de sable dans l’atmosphère.

Il s’agit de poussières très fines, de celles que l’on voit s’élever du désert et se répandre au gré des vents. Cette poussière, très légère, demeure longtemps dans l’air. Elle peut ainsi être transportée sur des milliers de kilomètres jusqu’aux Antilles, au Brésil et aux États-Unis et en Europe.

Ces brumes de poussière assèchent la masse d’air sur leur chemin, qui est aussi celui de nombreux ouragans nés au large de l’Afrique. Trop sèche et donc trop peu humide cette masse air ne permet pas l’alimentation chaude et humide nécessaire pour déclencher un ouragan.

Moins d’ouragans ? Ce n’est pas très bon. Ils contribuent au brassage de l’eau et de l’air et au renvoi de la chaleur vers la stratosphère.

Cette poussière se forme donc au Sahara et est poussée vers l’ouest, vers l’Atlantique. On estime la quantité dispersée à 180 millions de tonne par année.

 

Riche poussière

« Une fois que les masses d’air plus frais en provenance de l’océan la projettent plus haut dans l’atmosphère, la poussière peut flotter pendant des jours, voire des semaines, en fonction de la sécheresse de l’air. Il ne faut que quelques jours seulement aux alizés pour la pousser à travers l’océan Atlantique en direction des Caraïbes et des États-Unis. À mesure que le panache de poussière se déplace, il se désagrège en une pluie de particules. »

Ces poussières sont nocives pour la santé quand elles sont présentes en grandes quantités, comme parfois dans les Caraïbes où de véritables nuages diminuent la luminosité du jour. En 2020 et 2022 le panache a été remarquablement plus vaste, épais et répété que précédemment.

Elles sont aussi très utiles car porteuses de minéraux précieux. En particulier du fer et du phosphore. Elles agissent comme un fertilisant.

« Les plantes terrestres et les phytoplanctons ont tous deux besoin de ces nutriments pour se développer. À mesure que la poussière s’échappe du panache et atterrit sur la surface ensoleillée de l’océan, elle permet aux organismes vivants qui y vivent de puiser les éléments nécessaires à la photosynthèse. 

 

Rétroaction négative ?

Selon une étude publiée en 2014, plus de 70 % du fer mis à la disposition des photo-synthétiseurs dans l’océan Atlantique provient de la poussière du Sahara. »

Ces émissions de poussière ont un autre effet : elles renvoient le rayonnement solaire et favorisent la formation de nuages plus épais, qui eux-aussi renvoient ce rayonnement. Sur leur trajet le soleil réchauffe moins la surface des terres et de l’océan. Causées par la chaleur, elles contribuent à réduire le réchauffement. 

Ce mécanisme ressemble à une rétroaction négative, de celles qui réduisent la cause dont elles sont l’effet. Le réchauffement met en mouvement davantage de poussières et ces poussières réduisent le réchauffement. C’est une forme d’homéostasie, un mécanisme de retour aux conditions initiales. À ma connaissance seul un astéroïde très gros peut interrompre ce mécanisme, comme lors de l’extinction des dinosaures, ou des éruptions volcaniques démesurées dont on a encore la trace.

 

Pacifique

La recherche de ces mécanismes fait partie de ma recherche en météorologie : trouver des rétroactions négatives. Car il m’apparaît constitutif du climat, système variable, cyclique et auto-régulé, d’être doté de tels ajustements. Si celle-ci est bien une rétroaction négative son effet est géographiquement limité, mais ce n’est peut-être pas la seule.

Les émissions de poussière saharienne seraient plus importantes qu’auparavant en raison du réchauffement. Elles ont atteint même différentes régions des États-Unis. C’est possible, bien qu’on ne les observe systématiquement que depuis relativement peu de temps.

D’autre part la surface concernée par ces brumes de poussière est faible comparé à l’ensemble du globe, mais elle circulent là où elles sont le plus utiles. L’océan Pacifique nord reçoit lui aussi la brume de poussière originaire d’Asie.

Ceci est un point de situation à mi-parcours. Il reste encore presque trois mois de saison et le calme relatif de l’Atlantique nord pourrait toujours céder la place à de gros ouragans.

 

 

Voir aussi le blog de Météosuisse sur les nuages de poussière, dont celui qui passera ce mardi, poussé par les restes de l’ouragan Danielle qui aspire de l’air chaud et poussiéreux du Maghreb.

 

 

 

Prochainement : nouvelle étude, les ouragans n’ont pas augmenté en nombre ni intensité dans l’Atlantique nord.

 

 

Images 1 , 2, 3 : NOAA.

 



8 réactions


  • sylvain sylvain 13 septembre 17:14

    Si celles établies au printemps pour les mois suivants est si aléatoire, que penser de celles établies pour dans un siècle ?


    ces temps ci la meteo n’est même pas fiable pour le lendemain, alors le siècle prochain...


  • Seth 13 septembre 19:55

    C’est bizarre cette année. Chez moi dans le Sud Ouest les crocus fleurissent. Pas un seul, tous !

    Un truc inédit.

    Et pour les orages, c’est macache !


    • Giordano Bruno - Non vacciné 13 septembre 22:24

      @Seth
      Les crocus sauvages sont aussi en fleur autour de chez moi (Pyrénées).


    • Seth 14 septembre 17:14

      @Giordano Bruno - Non vacciné

      Il n’y a ps que cela, les mufliers aussi. Les bouillons blancs remettent des fleurs en haut de la tige sèche s’il y a encore quelques feuilles vertes au pied, les morelles noires, la livèche est remontée comme au printemps, etc...
      C’est de la folie.


  • ticotico ticotico 14 septembre 00:13

    Etant dans une zone souvent touchée, je suis de près les activités cycloniques depuis pas mal d’années. 

    A peu près tous les analystes ont annoncé que cette année allait être plus active que la moyenne... et pour l’instant, pas grand chose.

    Enfin, ça dépend où l’on regarde, au Japon et en Corée, ils ont déjà subi un super typhon, et un autre est en cours. 

    Sinon, pour les cyclones les plus intenses dans la zone atlantique, la période critique commence maintenant et dure 2 mois.

    Le premier phénomène qu’on peut constater cette année est la confirmation d’une tendance en cours depuis plusieurs années, celle d’une dérive vers le nord des trajectoires cycloniques. Les deux premiers de cette saison se sont comportés comme ça et sont partis mourir l’un vers l’Europe et l’autre dans l’atlantique nord.

    En tout cas, il me semble difficile de tirer des conclusions dans un sens ou un autre sur une fraction de saison, c’est à la fin de la foire...


  • josy&jacq josy&jacq 14 septembre 11:50

    Votre compte est bon ! Crime de lèse-propagande !


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 14 septembre 12:35

    Merci pour ces infos.

     

    ’’Ces poussières sont nocives pour la santé quand elles sont présentes en grandes quantités, comme parfois dans les Caraïbes où de véritables nuages diminuent la luminosité du jour. En 2020 et 2022 le panache a été remarquablement plus vaste, épais et répété que précédemment.’’

      > Je propose des injections de poussières pour prévenir les maladies induites par ces choses.

     

    Je compte sur Pfizer


  • LeMerou 14 septembre 16:17

     « Les prévisions de la NOAA pour la saison des ouragans 2022 indiquent 65 % de probabilité d’une activité supérieure à la normale »

    Ca fait presque une chance sur deux, franchement quant on a un taux de précision pareil, ont ne dit rien ou ont dit que le taux d’incertiude est trop élevé pour se prononcer.

    Ou mieux, les variations importantes dues au changement climatique ayant des impacts conséquents sur les modèles mathématiques, nous sommes actuellement dans l’impossibilité de faire des prévisions fiables, nous permettant d’alerter plus en avant les populations.

    Cette phrase de la NOAA peut avoir deux conséquences, rien n’arrive et ils passent pour des cons, et si cela arrive plus fort, ont les accusera d’imprévision. Donc....

    Concernant ces poussières, elles ont aussi un autre impact (déja vérifié), se déponsant sur les neiges dites « éternelles » elles modifient leur colorimétrie, renvoyant moins de chaleur donc, elles fondent.

    Ce problème est très connus aux U.S ou les poussières des grandes plaines de l’ouest cultivé se dépose des milliers de kilomètres plus loin, faisant fondre plutôt des neiges qui finissent par alimenter des barrages.

    La fonte n’est pas un problème en soit, seulement c’est la période à laquelle elle s’éffectue. Ainsi ils se retrouvent avec plein d’eau quand ils n’en n’ont presque pas besoin, et les hauteurs d’eau ne se maintienne pas quand il ont en besoin.

    Pourtant, ils ont eu le dust-bowl et ses conséquences dramatiques, mais c’est de l’histoire ancienne, oubliée.


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