jeudi 13 février - par CLOJAC

Sauvons la planète mais goinfrons-nous d’abord !

Les justiciers du réchauffisme accusent les boomers d'avoir tellement exploité les ressources naturelles qu'ils leur auraient légué une planète exsangue.

Ces nouveaux Savonarole manipulés par d'emblématiques imposteurs médiatiques s'insurgent contre la consommation excessive d'énergie qui aurait mené la terre à sa perte. Sont-ils niais au point de ne pas voir que leur mode de vie et leurs revendications sont incompatibles ?

 

On veut tout avoir sans savoir comment

Quand ils ne sont pas sur leur ordi, ils pianotent leur smartphone. Qu'ils changent dès qu'il est un peu démodé. Et tournent les usines ! Au fait les coques, les écrans, les batteries, les circuits imprimés et les mémoires, on y met quoi dedans ? Des métaux, des métalloïdes et des plastiques non recyclables à 80%. On le croit pas !

Et les data centers qui alimentent le système, de plus en plus énergivores, et dont l'empreinte carbone augmente de 10% par an, ça ne perturbe personne ? Allons, vous n'êtes tout de même pas allergique au progrès ?

La télé qu'ils ne regardent pas reste allumée pour faire un bruit de fond car le silence les angoisse. Ils utilisent des deux roues très polluants surtout quand on les pousse à fond. Engins payés par leurs parents qui gagnent de l'argent en massacrant la planète. C'est ça ou braquer des banques. Mais ça n'a pas l'air d'interpeller nos grands moralistes imprécateurs. La dé-consommation, c'est bon pour les autres.

Ils ont demandé et obtenu des classes climatisées. Pour un peu de fraîcheur, tu réchauffes beaucoup à côté. Où est le problème ? Arrêtez de nous faire suer !

Ils achètent sans cesse des nouvelles fringues car ce serait trop la honte de ne pas être hype avec tout ce qui fleurit dans le show room du coin. Des fringues fabriquées par des enfants-esclaves dans des usines utilisant tous les dérivés du pétrole possibles et imaginables. Ou des fibres végétales macérées dans l'acide et les colorants. Qu'on balance après usage dans la nature. Elle s'en remettra !

Des fringues transportées ensuite, comme leurs jouets numériques et leurs scooters, sur des porte-containers fumants et malodorants, grands consommateurs de fioul lourd (non filtré) répandant dans l'air des particules extrêmement polluantes et nocives pour la santé.

Pour info, les 15 plus gros navires du monde, s'ils naviguaient en même temps, pollueraient autant que toutes les automobiles de tous les États. On le croit pas !

On a beau le leur dire, ils ne se sentent pas concernés. Il suffit de haïr les 4 X 4 pour faire partie des gens bien. La transition écologique c'est pour les autres...

Comme si ça ne suffisait pas, ces porte containers géants classés « Panamax » pour être aux nouvelles normes depuis l'élargissement du canal, sont mus par des hélices multi-pales démesurées qui massacrent les dauphins venus jouer autour, attirés puis aspirés par les tourbillons. Accessoirement, les peintures anti-fouling de carène qui empêchent les algues et coquillages d'y adhérer, libèrent toutes sortes de métaux lourds et toxiques. Lesquels, après avoir empoisonné les poissons, les coquillages, les coraux et les crustacés, iront se répandre un peu partout dans l'océan, sur les rivages et jusque dans nos lagons. On a beau le leur dire, les babillards psittacistes ne voient pas le rapport.

Pourtant, sans ces navires, plus de jouets numériques, plus de fringues mode, plus de scooters. Le transport maritime est le moins cher à l'heure actuelle pour les pondéreux comme pour les objets de consommation de masse. Seules des caravanes de chars à bœufs seraient plus économiques. Mais pas du tout écologiques. Puisque les flatulences des bovins détruiraient la couche d'ozone, du moins d'après ceux qui en tiennent une (de couche)

Last but not least, les protestations de ces « innocents » contre le réchauffement se fait par voie numérique, avec des machines grandes consommatrices d'énergie, qui chauffent, et des gadgets qui émettent beaucoup de calories. Mais l'immédiateté de l'indignation sur commande ne saurait souffrir aucun retard. Chauffe Marcel !

Et ne parlons pas de leur idole, la pauvre fille un peu simplette qui a peur de prendre l'avion et se fait inviter sur un voilier de compétition tout en composites carbonés. Coque, espars, voiles et emménagements, conçus à base de dérivés du pétrole crackés dans des athanors géants pour les résines, et de polymères ré-assemblés, cuits et recuits pour les structures, les supports et les renforts... Des produits coûteux dont la fabrication et l'assemblage ont dû polluer et réchauffer autant qu'une petite ville !

Paradoxe suprême : Ces buveurs de Coca et consommateurs de Mc Do, qui ne sauraient vivre sans Internet, le GPS et leur smartphone, 3 inventions made in USA, détestent l'Amérique. Au-delà de la crise de rébellion adolescente, il y a de quoi alimenter la perplexité des psys.

 

Cro Magnon vraiment ?

Malraux écrivait dans ses « Anti mémoires » qu'il appartenait à une génération qui avait marché dans le crottin des chevaux des fiacres parisiens, et vu l'homme débarquer sur la lune. On pourrait le paraphraser en disant que les « boomers » ont connu une France sans eau courante, sans télé et sans gadgets, avec la cabane au fond du jardin... Avant de plonger à fond dans la révolution numérique, le web et Skype, succédant à un demi-siècle de tribulations diverses.

Après WW 2, dans une France très rurale et des colonies fort bucoliques, le boomer assoiffé ne débouchait pas une canette de soda à jeter dans la nature. Breuvage saturé de sucres nocifs pour la santé en plus. Il allait boire à la source. Ou il tirait l'eau du puits. Fraîche, délicieuse, pure et non javellisée. Évidemment, il n'aurait jamais eu l'idée saugrenue d'acheter de la flotte. Surtout dans des bouteilles en plastique.

Le lait et le vin étaient dans des bouteilles consignées grâce auxquelles le jeune boomer se faisait un peu d'argent de poche. Un tri sélectif motivé... Il allait acheter l'épicerie en vrac, les fruits et légumes que le jardin ne produisait pas, à l'unité. Le fromage et la charcuterie à la coupe au comptoir. Il amenait ses bocaux et ses boîtes dans son cabas, et quand il fallait un emballage, c'était du papier kraft ou des cartons récupérés. Jamais des poches plastique.

En guise de frigo, il y avait chez lui un garde manger à la cave. Et pour faire lave-linge, de lourdes lessiveuses. Conso d'énergie mini. Écolo sans le savoir.

Il marchait pieds nus sans avoir conscience d'être un va-nu-pieds et question fringues, c'était la mode du grand frère ou du cousin qui prévalait. Exceptionnellement, en de rares occasions, on lui faisait confectionner un pantalon ou une veste par la couturière du village. Vous vous rendez compte ma chère ? Ces miséreux portaient des habits sur mesure !

Les gens vivaient ainsi. Sans se poser de questions. Sans être écrasés d'impôts et de taxes. Sans remplir 36 formulaires pour agrandir la véranda ou étêter un arbre. Sans être harcelés par une armada de fonctionnaires inquisiteurs. Mieux, les parents étaient copains avec les flics qu'ils hélaient de loin pour qu'ils viennent boire un coup à la maison. Sans crainte d'y perdre un œil ou une main.

Les enfants d'alors fabriquaient des jouets avec des morceaux de bois taillés au canif et des bouts de ficelles. Un jour un arc et ses flèches. Le lendemain, des petits voiliers ou des mini-planeurs, livrés aux caprices de l'onde et du vent sans télécommande, donc sans piles usées à balancer en douce dans le ruisseau ou dans le lagon... Le surlendemain c'était un harpon pour les poissons, ou un collet pour attraper un lapin de garenne que le boomer était tout fier de ramener à la maison. À défaut, un écureuil tiré à la fronde faisait un excellent civet sans colorants ni conservateurs.

Ces futurs destructeurs de la planète partaient à pied ou en vélo au fil des pistes et des sentiers, imaginant des nouveaux jeux en fonction de l'heure et du décor. Parfois ça tournait à la bagarre, mais c'était un défoulement sain et sportif. Sans casse ni haine ni rancune... C'était la guerre des boutons. Pas des affrontements de gangs juvéniles experts du cran d'arrêt et du calibre pour conquérir ou défendre leur cour des miracles.

Les parents, qui n'étaient pas terrorisés à l'idée d'une mauvaise rencontre, laissaient les petits boomers libres de baguenauder toute la journée. D'ailleurs comment les suivre sans téléphone portable ? Même le filaire était un luxe réservé au maire, au docteur, à la poste et à l'école.

 

L'école, parlons-en !

Ils y allaient sans traîner les pieds. Sans la peur au ventre d'être tabassés ou rackettés par des bandes de racailles toujours impunies. Parce qu'appartenant aux « minorités défavorisées ».

Sans stresser non plus sur les devoirs. Parce qu'il y avait des enseignants qui savaient les intéresser. Les faire rêver. La géographie par les images, l'histoire avec des films en noir et blanc, des ateliers d'art pour éveiller leur sens de l'esthétique et des séances de bricolage pour comprendre les techniques. Avec leur propre journal pour les initier à l'observation et à la critique...

En plus du calcul, de la grammaire et de l'orthographe. Pas à la place. On appelait ça la méthode Freinet. Cela semble aussi lointain que la chasse au mammouth laineux.

Bien que majoritairement de gauche, ces instits ne croyaient pas à l'égalité naturelle des intelligences, et constituaient des groupes de niveau. Pour tenir compte de la réalité. Essayer de rehausser la moyenne plutôt que niveler par le bas. Transportés par l'ambition de partager leur savoir et d'éveiller de jeunes cervelles. Tout en adaptant leur enseignement aux médiocres afin d'éviter qu'ils soient dégoûtés de l'école et deviennent des voyous.

Les parents ne s'en remettaient pas au conformisme d'enseignants pédagogistes pour inventer des activités extra-scolaires supposées distraire nos boomers. Ils savaient fort bien s'en occuper eux mêmes et ne s'ennuyaient pas ! Le soir, faute de télé, la plupart jouaient à la belote, aux dames ou aux dominos. Les plus fortiches se plongeaient dans d'interminables parties d'échecs. Parfois, lors des après-midi pluvieuses, entre deux romans, ils écoutaient les ancêtres raconter leur guerre de 14-18.

Loin de les prendre pour des vieux croûtons radoteurs, ils découvraient à leur contact la méchanceté humaine et apprenaient les règles de la vie en société pour ne pas se faire écraser.

Restaient deux gros problèmes à résoudre : Comment esquiver le catéchisme et s'accommoder de l'armée ?

Question religion, on pouvait uriner ostensiblement dans le bénitier et appeler les bonnes sœurs « mademoiselle » ça suffisait. Aucun risque de se prendre une fatwa.

Quant à l'armée, s'il n'y avait eu le désagrément de la coupe de cheveux, les boomers trouvaient distrayant de jouer à la guerre dans les commandos. Et s'ils avaient quelque instruction, le statut d'EOR évitait les corvées.

Enfin... Horresco referens, ils aimaient les Américains !

Les bolchos disaient dans le poste de TSF que l'Amérique occupait militairement la France, alors que les chars soviétiques à Prague, à Berlin et à Varsovie entretenaient l'indéfectible amitié des peuples.

Mais ceux de la génération inoxydable, incapables d'apprécier ces communistes qui leur voulaient tant de bien, allaient à la base des « bad boys » échanger des bouteilles de bon vin contre des 45 tours simples de B.B King, John Lee Hooker, Bill Haley, Carl perkins, Chuck berry, Jerry Lee lewis et les autres... Et ils en profitaient pour apprendre le « vrai anglais ». Pas celui du lycée qui faisait tant rire les Ricains quand ces jeunes gens jactaient comme leurs profs.

Anyway, le pays qui les avait envahis avec le rock'n'roll, pervertis avec James Dean et Natalie Wood, et leur avait interdit de vieillir dans leurs têtes, ne pouvait pas être foncièrement mauvais.

 

Consommez bien les petits !

https://www.youtube.com/watch?v=hA2UT8RQbAo



105 réactions


  • Joseph DELUZAIN Joseph DELUZAIN 14 février 12:33

    @ l’auteur

    Vous me connaissez ???... Vous avez raconté ma vie !...

    Merci de ce texte, si je l’avais écrit moi-même je n’aurais même pas retiré une seule virgule. 

    Anecdote : mon pseudo « Deluzain » est le nom de mon instituteur il y a plus de 60 ans ... ça veut tout dire non !? 


    • CLOJAC CLOJAC 14 février 19:59

      @Joseph DELUZAIN

      « Merci de ce texte, si je l’avais écrit moi-même je n’aurais même pas retiré une seule virgule. » 

      De rien. Apparemment nous sommes quelques uns ici à avoir vécu de la sorte...
      Après nous, le déluge de l’acculturation générale.


  • keiser keiser 14 février 13:37

    @ L’auteur

    Salut !

    C’est marrant de constater les mêmes reproches que nous faisaient nos parents et grands parents.

    Qui eux, avaient connus les guerres, les privations et les monuments aux morts.

    Sans compter les décès dus aux manque de médicaments.

    Ma tante, est morte avec sa fille, de la syphilis début 1944.

    Parce que la pénicilline n’était pas accessible en cette époque trouble. 

    Nous aussi, nous avions un paquet de reproches envers nos parents ou nos ainés.

    Les doléances changent mais fondamentalement reste les mêmes.

    Je ne sais pas si il est bien utile de stigmatiser l’un ou l’autre.

    Ce combat inter-générationnel est éternel.

    Je suis sur qu’en 2086, les djeuns trouveront encore à redire sur la génération précédentes.

    C’est comme ça et on n’y peut rien.

    La jeunesse est ingrate, ce n’est pas nouveau.

    Cependant, apparemment je n’ai pas le même rapport que vous avec les jeunes que je connais.

    Et ce que je peux dire, c’est que leur inquiétude est tous les jours grandissante.

    Contrairement à nous, et à notre insouciance, dans ces années que vous décrivez si bien.

    Je me souviens très bien d’une expression d’alors et que beaucoup d’entre nous ont entendus :

    « Ah ! ... ces jeunes, ils leur faudrait une bonne guerre pour leur apprendre à vivre. »


    • CLOJAC CLOJAC 14 février 20:19

      @keiser

      « Cependant, apparemment je n’ai pas le même rapport que vous avec les jeunes que je connais.

      Et ce que je peux dire, c’est que leur inquiétude est tous les jours grandissante. »


      Pour ma part, je suis toujours surpris par la passivité de la plupart des jeunes Caucasiens de France. Des born losers. Ou des écouillés. 

      Ayant passé plus de la moitié de ma vie sur d’autres continents, le décalage était d’autant plus grand quand je repassais en métropole.

      Une anecdote du début des années 1990 : des garçons jeunes et costauds, apparemment en bonne santé, étaient interviewés après que l’un d’eux se soit fait dépouiller de son blouson et de son portable par des voyous qu’il est interdit de décrire.

      Un reporter leur demandant comment ils avaient réagi, l’un d’eux répondit :

       Ils sont plus pauvres que nous, ils n’ont pas les moyens de se les offrir... Ce n’est pas grave.

      Nos parents nous en achèteront d’autres.

      Les boomers que j’ai connus, en pareille circonstance, se seraient battus comme des chiens enragés, et en cas d’infériorité numérique seraient allés chercher des renforts. Et je peux vous assurer que ça se passe toujours comme ça au Fenua.


    • foufouille foufouille 14 février 20:25

      @CLOJAC

      il faut vivre en métropole pour savoir comment c’est.

      tes gamins étaient juste des fils de bobos car les blancs pauvres existent aussi.

      90, en était en plein sos « racisme » en plus.


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