mardi 10 juillet - par Michel J. Cuny

Sigmund Freud : le bonheur est dans le pré

Il y a tout d’abord une certaine part de mystère dans le cas que Sigmund Freud va maintenant nous rapporter – Katharina – et par la grâce duquel il introduit, de façon relativement soudaine et peut-être totalement inattendue, la redoutable question de la sexualité, alors que, jusqu’à présent, aussi bien chez Josef Breuer que chez lui, tout ce qui pouvait s’en rapprocher n’avait été effleuré qu’avec une discrétion liée évidemment à la position sociale de ses patientes et sans doute également au fait qu’il n’y avait guère d’étanchéité entre le monde qui était le leur et celui des médecins auxquels elles s’adressaient.

Ici, il en va tout autrement. Freud nous permet de le comprendre immédiatement, et il s’agit là sans doute d’une condition très importante dans son système de production des concepts qui lui sont nécessaires, et de leur mise en oeuvre à découvert…

La date elle-même est masquée : 189… Il s’agit tout simplement de vacances qui devaient lui permettre de faire « une excursion aux monts Tauern afin d’oublier un moment la médecine et surtout les névroses. » (Idem, page 982)

… et mettre en quelque sorte le moi professionnel à l’abri de toutes les turbulences… et de toutes les réticences qui doivent accompagner l’art médical ordinaire… Qu’on imagine, une seule seconde, Miss Lucy R… échappant, elle aussi, au contrôle du gentil moi par le biais duquel la « société » lui a permis de bien apprendre sa leçon…

Amusons-nous, d’abord, de quelques extraits qui pourront toujours nous laisser à penser que Sigmund Freud comprend parfaitement qu’en l’occurrence il est tout simplement harnaché à la façon d’un contrebandier…
« […] un jour, il m’arriva de quitter la route principale pour gravir une montagne des environs. » (Idem, page 982)

Qu’un certain moi ait fichu le camp, il le constate immédiatement… puisque, moi, Freud, me voici devenu…
« si oublieux de ma propre personne que lorsque j’entendis quelqu’un demander : « Est-ce que Monsieur n’est pas médecin ? », je ne rapportai tout d’abord pas ces paroles à moi-même. » (Idem, page 982)

Pas au même moi ?… Or… impossible de tergiverser plus longtemps dans cet air pur de la haute montagne :


« C’était pourtant à moi que cette question s’adressait et elle m’était posée par la jeune fille d’environ 18 ans qui m’avait servi à déjeuner d’un air assez maussade […]. » (Idem, page 982)

Là était donc le problème… Comment lui rendre le sourire qui manquait autant à sa lèvre qu’au service de l’auberge ?

L’anecdote valait bien que Freud la reçût avec un certain amusement et en n’y voyant d’abord rien qui l’éloignât beaucoup lui-même d’un certain farniente
« Intéressé d’apprendre que des névroses pouvaient si bien prospérer à plus de 2.000 mètres d’altitude, je continuai à questionner la jeune fille. » (Idem, page 982)

Et puisque le médecin n’y était pas vraiment lui-même, ses outils, qui avaient bien sûr fait le voyage avec lui, pouvaient rester sagement dans leur besace :
«  Je ne me hasardai pas à essayer de transplanter l’hypnose sur ces sommets, mais peut-être une simple conversation aurait-elle un bon résultat ; je devais deviner juste. » (Idem, page 984)

Autrement dit : en l’absence de certaines pesanteurs sociales et professionnelles qui auraient pu concerner, dans une tout autre occasion, la fille de l’aubergiste et le médecin de Vienne, il allait suffire du plus simple appareil : une conversation à la bonne franquette. Il est bien vrai que ce n’est pas nécessairement là que se fait le plus mauvais travail. La science peut même y gagner un supplément de véracité… puisque Sigmund Freud se paie le luxe de rendre compte de ce qui n’est vraisemblablement qu’une sorte de badinage sous le ciel et dans le vent, « sans modifier le dialecte local de mon interlocutrice ».

Venons-en maintenant au fait :
« De quoi souffrez-vous donc ? — J’ai du mal à respirer et, pas toujours mais quelquefois, ça me prend comme si j’allais étouffer. » (Idem, pages 982-983)

Relevons encore ce passage :
« […] voyez-vous quelque chose devant vous pendant votre accès ?
— Oui, chaque fois un visage horrible qui me regarde d’un air effrayant ; alors, j’en ai très peur. » (Idem, page 983)

N’ayant ni l’hypnose, ni la main qu’on dépose sur le front, Sigmund Freud n’est pas longtemps embarrassé. Il nous l’a d’ailleurs dit au moment où il annonçait son intention de n’user que d’une conversation badine : « je devais deviner juste. »

La traduction française nous met dans le bon embarras… Etait-ce un devoir ? Il allait falloir se débrouiller tout seul… Ou bien se félicitait-il (felix… heureux) déjà du résultat ? L’heureuse issue était la bonne. Il la donne d’ailleurs immédiatement sans même reprendre son souffle… Et nous sentons tout de suite que Vienne et ses contraintes sociétales sont effectivement très loin :
« Combien de fois n’avais-je pas vu l’angoisse, chez les jeunes filles, être la conséquence de la terreur que suscite dans un cœur virginal, la première révélation du monde de la sexualité. » (Idem, page 984)

Terreur de Freud de devoir « révéler au monde » le rôle de la « sexualité » dans les maladies nerveuses et dans tout le reste ?

NB. Que l'accueil réservé en France aux travaux de Sigmund Freud dès avant la guerre de 1914-1918 ait été plus que froid - sauf à être coupé de la question de la sexualité -, c'est ce que permet de comprendre l'ouvrage que je viens de publier, et qui est accessible ici.



10 réactions


  • Freud écoutait son coeur. TAUreau. CROIX DE TAU. attention, avec Uranus dans le signe. Les coeur risquent bien de battre la chamade, les cloches de sonner,..... 6 mai 1956,... 


  • Étirév 10 juillet 14:30

    L’auteur écrit : « Terreur de Freud de devoir « révéler au monde » le rôle de la « sexualité » dans les maladies nerveuses et dans tout le reste ? »

    L’Evolution psychique se greffe sur l’évolution physiologique ; elle en est la suite et la conséquence.

    Or, l’Evolution physiologique est différente dans un sexe et dans l’autre. Faire l’histoire de la psychologie humaine, c’est donc faire, à un point de vue spécial, l’histoire des sexes.

    Rappelons, en quelques lignes, les grandes lois de l’Evolution sexuelle.

    C’est dans l’action du système nerveux que résident les différences qui séparent physiologiquement l’homme de la Femme.

    On sait que le système nerveux encéphalo-rachidien est constitué par des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Leur dénomination même indique les fonctions auxquelles ils président. On peut les considérer comme représentant les deux principes qui luttent dans les êtres vivants, le premier pour produire la vie puisqu’il est le facteur de la synthèse organique ; le second pour produire la mort car il est le facteur de la destruction organique.

    Ces deux principes existent dans des rapports de proportion différents dans les espèces zoologiques. La sensibilité (principe de synthèse) est d’autant plus développée que l’être organisé est plus élevé dans la série animale. La motricité (principe de destruction) existe dans une proportion inverse ; plus intense chez les êtres inférieurs, elle diminue chez les êtres supérieurs. Elle est moins développée chez l’homme que chez les autres mammifères, moins que chez les oiseaux, les reptiles et les articulés.

    Mais si nous considérons ces deux ordres de facultés dans les individus d’un même genre, nous constatons que ce sont leurs différences d’intensité qui déterminent le sexe, ou, si l’on veut, qui sont déterminées par le sexe, qui est, tout à la fois, cause et effet.

    Si au point de départ de la vie, il y a une neutralité sexuelle relative, cette neutralité disparaît peu à peu ; les individus sexués, partis d’un même point, s’en sont allés dans des directions différentes et, dans tout le cours de leur existence phylogénique, ils ont continué leur évolution dans des voies qui les ont éloignés de plus en plus du point de départ commun. Cette divergence est le résultat du développement inverse des facultés nerveuses. Chez les individus du sexe mâle, la motricité s’est développée avec plus d’intensité que la sensibilité. Chez les individus du sexe femelle, la sensibilité s’est développée avec plus d’intensité que la motricité.

    Mais c’est surtout à l’âge de la puberté, c’est-à-dire à l’époque où commencent les fonctions sexuelles, que les grandes différences physiologiques se dessinent entre les individus diversement sexués.

    Cette progression vient de ce que ces fonctions sont une désassimilation, laquelle épuise, ou plutôt diminue l’élément évacué, qui, dès lors, manifeste ses effets avec moins d’intensité dans l’individu.

    C’est par l’intermédiaire du système nerveux « grand sympathique » que cette action s’exerce.

    Pour expliquer la cause et les conséquences des différences sexuelles, il faut donc faire l’histoire de ce système nerveux.

    Le péché originel (le premier acte sexuel) a diminué la valeur morale de l’homme, il a donc été une cause de déchéance pour l’humanité tout entière.

    Les conséquences premières de la chute, accumulées par la répétition de cette action dans chaque individu, à travers les générations, ont pris des proportions effroyables et mené les races à la dégénérescence finale.

    Le mystère de la chute a une importance capitale, c’est le nœud de notre condition qui prend ses replis et ses retours dans cet abîme.

    L’homme est tombé dans la conception misérable du fini, alors qu’il était né pour l’infini.

    C’est le problème fondamental, le problème humain et divin. C’est le dogme intérieur de l’humanité. Une crise terrible fermente en ce moment, parce que le dogme de la chute masque les plus grands problèmes philosophiques.

    Psychologie et loi des sexes


    • Méduse Méduse 10 juillet 14:36
      @ Étirév

      Hors l’homme, je vois bien des mammifères s’adonner à la méchanceté mais je n’en vois aucun s’abîmer dans la dégénerescence.

      Ce qui m’amène à envisager que la cause de la Chute, ce n’est pas l’acte mais le regard posé sur cet acte. Plus exactement, le jugement porté sur lui.

      ’On se relève de tout, même d’une chute sans fond.’

  • sls0 sls0 10 juillet 19:37

    Je ne comprends pas qu’on puisse autant broder sur les concepts d’une personne ailleurs que dans une secte ou religion.

    On emploie pas de termes scientifiques dans une secte, pourquoi ils insistent en psychanalyse ?
    Oui il y a un effet placebo, il est peut être nocebo.
    L’effet bénéfique, il y a jamais eu de tests scientifiques en double aveugle au sujet de la psychanalyse. Par contre sur d’autres croyances si.
    On a fait un test sur des malades ayant la même maladie sérieuse. A une moitié on lui à dit que des congrégations priaient pour leur guérison et pour l’autre moitié non.
    La moitié qui n’avait pas le soutien des prières guérissait plus vite. Comme quoi la croyance peut avoir un effet nocebo.
    Au fait le taux de réussite de Freud ? Et oui c’est franchement mauvais et pourtant il reste un guide.

  • Gasty Gasty 11 juillet 14:45

    Ce qu’il faudrait c’est un bon livre qui nous parle de Sigmund Freud.
     Mais je ne sais pas ou trouver le bon auteur !


  • Van Reysen m’ayant bloquée, poil au nez. Je me permets de déposer ici mes pensées du matin qui je l’es« père » seront accueillies de manière bien plus bienveillante. Suite à son article sur Freud et le cosmos, j’aimerais simplement rectifier un POINT redonnant son crédit à l’astrologie qui a reçu quelques secousses telluriques sur le passage de la ROUE du CHAR (bonjour RENE) avec l’introduction du 13 ème signe : LE SERPENTAIRE. Le serpentaire n’est pas un treizième signe, c’est l’OUROBOUROS. Autrement dit : le cercle de la roue qui enserre les douze « cygnes » dans ses anneaux.(Merci SEIGNEUR). 


  • A CHRIST ROI qui traite Freud de pédophile. Ré-écriture de la Bible : Jésus : venez à moi les petits enfants,....


  •  On oublie de rappeler que Freud s’appelait FREUD SC« H »LOMO. Descendant de SALOMON.


Réagir