lundi 24 septembre 2018 - par Le Vautre Oméga

Signification du (beau) soleil

Le lever du jour, bien évidemment, ne signifie pas que le lever du jour. Sinon il ne nous égaierait pas. Il ne serait pas non plus employé un million de fois en tant que symbole spécifique. Le soleil signifie plus : le soleil, c'est l'avènement de l'homme réalisé, plein, total, qui s'élève au lieu d'involuer dans les grottes – involution en rampant dramatiquement comme la vipère au contraire du vol de l'oiseau qui, lui, touche le domaine du ciel et du soleil.

Le soleil se levant est une image très réconfortante, non seulement parce que c'est un « soleil qui se lève » (sous l'angle d'une seule image falote de réconfort), mais parce que le soleil levant est un soleil réjouissant pour des raisons de « signes ». 

Autrement dit : le soleil, lorsqu'il se lève, dit autre chose que son lever. 

Il se lève, mais il y a (comme) quelque chose en plus. 

Pourquoi le soleil rassure-t-il à l'aube, et pourquoi les crépuscules sont-ils peu célébrés ? 

La naïveté dirait – en partie à raison – que le soleil éclaire et réchauffe. Or ça ne veut rien dire. Car pourquoi la lumière et la chaleur sont-elles associées au réconfort ? Ce n'est pas seulement une question d'« obscurité » et de « froid ». Ou du moins, la peur de l'obscurité et du froid indique quelque chose sur la nature de l'homme en tant qu'homme... Le froid et l'obscurité sont deux conditions à cause desquelles la vie (humaine) ne se développe pas. Ce faisant, on peut en déduire avec facilité que, si les hommes abhorrent le froid et l'obscurité, et révèrent le soleil, cette détestation permet également de tracer les grandes lignes de l'anthropologie historique humaine. 

D'abord, le soleil est l'antithèse de la grotte. Et la grotte « débute » l'habitat humain. Par conséquent, l'admiration quant au soleil souligne l'horreur de la grotte, en tant que la grotte – premier habitat humain – est associée, partant, à la régression, à l'involution, à « là où il ne faut pas être ».

Aussi la haine du froid, de l'obscurité, avère une peur des grottes : en ceci, il est dit, ou plutôt sous-entendu, d'un point de vue anthropologique, qu'il faut tendre à l'habitant sophistiqué, et non plus se contenter d'anfractuosités, de niches, de cavernes. Et si, par ailleurs, le soleil est l'antithèse des grottes, et tend les hommes à opter davantage pour les habitations complexes, alors la figure symbolique du soleil s'associe aisément à l'intelligence – puisque l'intelligence est l'outil par excellence grâce auquel on construit, de fil en aiguille, au travers des âges, des habitations dont la complexité s'accentue. Le soleil équivaut à l'intelligence – d'où vient que tous les dieux solaires sont des grandes divinités, voire des dieux principaux... À titre d'exemple, Horus, éminente figure du panthéon égyptien antique, est surmonté du disque solaire, tout en ayant lui-même une tête de faucon...

Or, on peut facilement homologuer le soleil au faucon : le faucon est aérien, comme l'astre solaire. De là, il est aussi un synonyme de la sophistication. Le faucon est « en haut ». Il est une figure appréciable. De même, il représente l'opposé de la grotte. En sorte que tous les oiseaux sont des « réfléchir  » concentrés, des créatures symbolisant l'effort de la réflexion et, ensuite, la pleine réalisation de l'homme qui tend ad infinitum à « se réaliser ».

Puis à rebours du caractère éthéré de l'oiseau, il y a le vers.

Le vers, comme le serpent qui siffle, rampe sur la terre. Il représente l'involution, c'est-à-dire la paresse des hommes qui, au lieu de favoriser des habitations complexes, préfèrent, par souci de facilité, en rester à un « stade inférieur ».

De sorte qu'à y regarder, l'immeuble, la cathédrale, la palais, qui sont de monumentales constructions, sont des soleils par excellence. Ces constructions-ci sont en quoi l'homme atteint sa totalité. Et l'amour du soleil signifie, en d'autre termes, l'appréciation de ce qui est haut, grand, magnifique, monumental. On remarque d'ailleurs souvent que les constructions de type religieux (fussent-elles primitives) ont un profond rapport aux astres. Ce n'est pas une surprise non plus que, à l'image des dieux ci-avant mentionnés, les principales figures divines soient des figures solaires (puisqu'elles sont les images de l'« homme à atteindre »)...

Ainsi donc, soleil = immeuble = intelligence. Si bien que le complexe d'Œdipe, décrit par Freud, pourrait correspondre à un « retour à la grotte » : l'œdipien veut la mère, en conséquence la Terre-Mère, presque la Grotte. Or, en voulant retourner à la mère, il veut éviter le père (grâce auquel il construit pour se réaliser) – esquive du père pour retourner, en trichant, comme le serpent, à la mère sans avoir rien « construit ». 

Et le soleil invite à aspirer le contraire d'une telle esquive ! 

Comprenez : le soleil pousse les hommes à la construction pour que, une fois la construction finie, les hommes retrouvent la « Mère », à savoir le bonheur d'une condition quasi prénatale. 

Cependant, pourquoi ce système-là d'images (et pas un autre) ?

Mais qui nous assure qu'avec un autre système d'images, cela pût fonctionner aussi bien qu'avec le nôtre ? De plus, c'est une fausse question : un autre système ne saurait être concevable, pas davantage qu'un cercle carré. 

Le soleil n'est donc pas que le soleil. Le soleil est d'abord une idée. Autrement dit : le soleil « parle » aux hommes et les incitent à performer (dans le bon sens du terme). L'apparition de la lumière, qui dissipe la présence des fantômes, ne fait pas que dissiper la présence des fantômes sous l'angle parapsychologique, mais fait disparaître les Fantômes, c'est-à-dire les archétypes des ratages civilisationnels, les bâtiments écroulés.

Il faut, en définitive, être attentif aux signes. Tous les propos philosophiques selon lesquels l'homme doit « persister dans son être » tire leur origine dans le soleil – sans que le soleil ne soit uniquement la source d'une telle exigence. À vrai dire, la constitution (aussi bien physique que psychologique) des hommes s'est faite avec le soleil, en sa présence continuelle, durant les longues années où l'homme en tant qu'espèce est descendu de ses arbres – lesquels cachent, par ailleurs, le soleil.

Soyez soleils.



7 réactions


  • troletbuse troletbuse 24 septembre 2018 19:49

    L’auteur n’a pas osé dire « Soyez printemps » , un truc à la « mords-moi le noeud » qui ne veut rien dire.


  • Ciriaco Ciriaco 24 septembre 2018 20:13
    C’est une jolie tentative.

    Il y a un moment particulier quand le soleil se lève, quand la nuit donne la main au matin pour cet au revoir. Ce moment, observez-le bien. Il est un mélange de soleil et d’eau douce, d’un continu et d’une promesse qui n’a pas encore sa charge, son impétuosité, sa rigueur.

    Le soleil comme l’eau sont des pôles opposés ; au milieu nous vaquons, rien qui vive d’un côté ni de l’autre. Trop de soleil à notre époque, trop d’énergie, trop de hachures, trop de grandiose ; la vie à soubresauts, à temps compté, à paliers, à séquences, à idoles, à murs contre l’horizon.

    Peu de liquide ; peu de mémoire, peu de douceur, peu de silence. Nous peuplons la nuit d’ivresses, de bruits et de lumières électriques, en haut du fer perchées ; et pourtant même le soleil sait qu’un monde sans ombre est un désert.

  • JC_Lavau JC_Lavau 24 septembre 2018 20:59

    Les psychotiques et les augures « interprètent » aussi chaque manifestation naturelle, comme leur étant personnellement adressée.


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