lundi 9 mars - par Robin Guilloux

Sous la direction de Jean-François Marmion, Psychologie de la connerie

Psychologie de la connerie

Sous la direction de Jean-François Marmion, Psychologie de la connerie vue par Jean-Claude Carrière, Boris Cyrulnik, Antonio Damasio, Howard Gardner, Alison Gopnik, Daniel Kahneman, Tobie Nathan, Emmanuelle Piquet, etc. Edition 2020 enrichie de quatre textes inédits, Le Livre de Poche, Sciences humaines, 2018

Quatrième de couverture :

"Un monde sans cons est-il possible ?

La connerie chacun la connaît : nous la supportons tous au quotidien. C'est un fardeau. Et pourtant les psychologues, spécialistes du comportement humain, n'ont jamais essayé de la définir.

Mieux la comprendre pour mieux la combattre, tel est l'objectif de ce livre, même si nous sommes vaincus d'avance.

Des psys de tous les pays, mais aussi des philosophes, sociologues et écrivains, nous livrent ici leur vision de la connerie humaine. Et c'est une première mondiale, profitez-en !

Le regard d'Edgar Morin :

"Le mot "con" mérite de considérer au préalable son caractère machiste : la sublime ouverture du sexe féminin est ravalée à un organe stupide. On ne dit pas : "c'est une pinnerie"...

C'est Jacques Prévert, il y a 67 ans, qui m'avait obligé à considérer le mot. Je lui disais : "J'aime les films cons", et il m'a repris avec irritation : "Con est un très beau mot, un des plus beaux mots qui soient."

Ça ne m'a pas empêché de dire de temps à autres "Quelle connerie" ; mais je dis désormais très rarement : "C'est con", et je m'empêche de dire : "C'est un con" comme je me suis refusé de dire, dans un environnement où on en abusait du mot "salaud", "C'est un salaud".

Cela dit, le mot "connerie" a dérivé loin de ses racines physiologiques et il a plus de force que le mot "bêtise" ou "stupidité". Mais aussi sa généralisation lui enlève toute pertinence. Juger de la connerie des autres supposerait qu'on est soi-même dénué de toute connerie. Donc, son usage doit inciter à l'auto-examen préalable. Et à se demander s'il n'est pas trop con d'employer le mot "connerie". Mot donc à employer avec extrême prudence. Et pourtant, il comble un vide de notre vocabulaire, puisque "bêtise" ou "stupidité" ne sont ni synonymes ni équivalents, car "connerie" unit erreur, bêtise et assurance.

Pour ma part je conçois en couple antithétique inséparable Homo sapiens et Homo demens  : folie, délire, égarement, hybris, mais il manque le mot non machiste qui prendrait la place de "connerie". C'est vraiment con." (Edgar Morin)

Citations :

"Ce que disent les cons ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, c'est leur sauvegarde. La parole du con, sans être libérée du sens, ne s'astreint pas à l'exactitude. Crécelle à vocation phatique, destinée à repousser le silence dans les coins. Le con (...) s'accroche aux lieux communs comme un trapéziste saoul à son filin. Il agrippe la main courante des phrases toutes faites et ne lâche plus." (Georges Picard, cité par Edgar Moreau "Le langage de la connerie", p.209)

"Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes." (Devise Shadok, p.295)

"Les nuisances que produit la connerie sont infinies."(p.329)

"il n'existe que deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine...mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue." (Albert Einstein, p.444)

"La stupidité fait partie des dons de Dieu, mais il ne faut pas en abuser." (Karol Wojtyla)

"la connerie est le bruit de fond de la sagesse." (Tobie Nathan)

Mon avis sur le livre :

Le titre est un peu trompeur dans la mesure où ce livre parle effectivement de la "connerie", mais aussi, et fort intelligemment, de tout autre chose comme les "biais cognitifs" qui piègent même les gens les plus intelligents ou qui ont la vanité de se croire tels (j'ai fait le test de la suite 2-4-6 et de l'avocat et de l'ingénieur et je suis tombé dans le panneau !) et les fonctionnement respectifs du système lent et du système rapide, le premier étant défini comme "une machine à nous raconter des histoires" et à simplifier la complexité, réactive, mais sujette à l'erreur, le second moins sujet à l'erreur, mais plus lent et moins efficace.

On ne devrait pas se croire immunisé contre la connerie car il arrive même aux gens intelligents de penser, de parler et d'agir connement (Brigitte Axelrad analyse les cas de Jimmy Carter, de Steve Job et, ce qui est plutôt rassurant pour les intelligences moyennes, d'Albert Einstein, qualifié de "myope émotionnel").

Mais Einstein n'a-t-il pas affirmé que le génie pourrait se confronter à des limites, mais que la stupidité humaine ne connaissait pas un tel handicap ? (p.446)

N'importe qui, ajoute Brigitte Axelrad, peut se laisser influencer par des croyances dangereuses et tomber dans l'obscurantisme car ce qui fait la force des croyances irrationnelles est leur tendances à s'accorder à nos attentes intuitives et à notre besoin de trouver coûte que coûte du sens à notre vie.

Ceci dit, comme le fait remarquer Michel Audiard, on est toujours le con de quelqu'un d'autre.

Mais si la connerie nous exaspère, nous fait souffrir et nous laisse souvent sans voix (on ne sait jamais quoi répondre à un con, sachant que, de toutes façons, ça ne servira à rien), il faut avouer qu'elle est un sujet d'étude sociologique, psychologique, philosophique et littéraire inépuisable (470 pages pour ce seul livre) et un puissant stimulant pour la réflexion. Gustave Flaubert, selon qui "la bêtise consiste à vouloir conclure", a écrit deux livres sur le sujet qui sont considérés comme ses meilleurs : Bouvard et Pécuchet et le Dictionnaire des idées reçues

C'est pourquoi il serait équitable de témoigner sa reconnaissance, au moins dans son for intérieur, à ceux que l'on juge ou que l'on a jugé cons (connes), mais d'une connerie involontairement stimulante.

Si vous lisez ce livre et que vous n'êtes pas trop con (ne), vous apprendrez (si vous ne le savez pas) d'où vient le mot "con". On vous expliquera la différence entre la connerie et le manque d'attention, en quoi le con excelle à croire des choses aberrantes et/ou à vous expliquer votre boulot (par exemple le célibataire qui vous apprend comment élever votre enfant), ou pourquoi il vous dit "Comment ça va ?" quand vous pleurez...

Vous y apprendrez aussi que non, décidément, les ordinateurs ne sont pas plus intelligents que nous, plutôt moins et plutôt pas du tout et que la connerie collective l'emporte sur la réflexion individuelle...

On vous expliquera pourquoi des gens extrêmement cultivés et intelligents peuvent se révéler les pires des connards (l'intelligence n'est pas complète sans l'esprit critique) et répondront à un certain nombre de questions que vous vous êtes sans doute posées : un connard qui prend conscience de sa connerie est-il encore un connard ? Peut-on trouver des connards chez les enfants ? Combien d'adultes peut-on considérer comme des connards ? (un sur dix, un sur cinq, un sur deux ?)... Peut-on peut faire quelque chose pour les connards ? Sont-ils plus heureux que la moyenne... Donald Trump est-il un gros malin, un vulgaire connard inoffensif ou un dangereux "uber connard"  ?

On vous expliquera aussi les différentes façons de réfléchir n'importe comment : l'heuristique de représentativité (les idées toutes faites), l'heuristique d'ajustement (on ajuste une information sur l'information précédente, même si les deux n'ont aucun rapport), l'heuristique de disponibilité (c'est le plus bruyant qui a raison), l'aversion à la perte (l'idée de perdre 100 euros nous émeut deux fois plus celle de les gagner), le biais de cadrage (la formulation modifie notre jugement), le biais de confirmation (nous retenons ce qui confirme notre vision du monde), le biais rétrospectif (quand on s'imagine avoir prévu un événement), le biais d'autorité ou "l'effet blouse blanche" (devant un "expert", on a tendance à se faire tout petit), le biais de complaisance (si j'ai réussi, c'est grâce à mes mérites, si j'ai échoué, c'est de la faute des autres), l'illusion de causalité ou corrélation illusoire (ce n'est pas parce que deux événements sont simultanés qu'ils sont liés) et l'effet de halo (on a tendance à croire que les gens qui ont un physique agréable ont toutes les qualités morales et intellectuelles)

Je n'ai pas été trop ravi d'apprendre (mais je m'en doutais un peu) que nous avions deux cerveau "politiques" : un cerveau de gauche et un cerveau de droite, ce qui pourrait expliquer pourquoi les révolutions sont systématiquement récupérées par des gens de droite qui se disent de gauche et pourquoi on peut se coucher de gauche et se réveiller de droite (ou inversement) ou pourquoi il nous arrive de penser "en même temps" que les uns ont raison, mais que les autres n'ont pas tout à fait tort.

Le chapitre "Pourquoi nous trouvons du sens au coïncidences ?" tente d'expliquer pourquoi nous avons tendance à mettre du sens là où il n'y en a pas : penser que c'est un signe du destin de survivre à trois naufrages, dont celui du Titanic, trouver beaucoup de nombres 11 en décryptant les événements du 11 septembre, trouver n'importe quelle prédiction dans n'importe quel livre... Il aborde par ailleurs la question des rêves prémonitoires, des prédictions des voyants, des coïncidences de dates (la psychogénéalogie) et des synchronicités (Jung).

"Il n'y a rien de plus fréquent ni de plus sérieux que la connerie", affirme Boris Cyrulnik. qui s'attaque avec humour dans un chapitre qui ne plaira pas à tout le monde aux jongleries verbales des"psylacanistes" et au copinage des coteries intellectuelles, nouvelle confirmation que l'intelligence sans esprit critique ne prémunit pas contre la connerie.

Un des chapitres qui m'a le plus intéressé est la contribution de Patrick Moreau qui traite d'une connerie spécifiquement liée au langage. Il donne l'exemple de la "canelangue" (duckspeack) dans 1984 de George Orwell, mais aussi de certaines contributions sur Internet dont la bêtise repose sur l'inconsistance du signifié, le délire autoréférentiel et le refus du sens commun (exemple : une militante vegane qui traite un boucher victime du terrorisme d'assassin).

Patrick Moreau voit dans Internet et dans les réseaux sociaux de puissants auxiliaires de la novlangue contemporaine et de la connerie langagière, en concomitance avec des idéologies comme le féminisme radical, la "deep ecology", le différencialisme, l'antispécisme, la théorie du genre, etc.

Un hyperémotif comme moi est ravi d'apprendre, grâce à Antonio Damasio que "les émotions ne rendent pas toujours stupides", mais aussi que l'époque de la culture globalisée est à la fois la meilleure et la pire pour la connerie et que l'on court le risque de voir les neurosciences mal utilisées par de mauvais praticiens.

Je vous laisse découvrir les autres chapitres du livre sur la personnalité narcissique, la connerie narcissique dans le monde du travail, la répétition des scénarios de vies (scénario piège dans laquelle une personne se débat, sans succès, et qui se répète tout au long de son existence. L'individu reproduit sans cesse la même chose, en espérant des résultats différents), le culte du faux (dire et faire n'importe quoi pour qu'on parle de vous dans les médias), les attrape-couillons, la manipulation sur Internet et dans les médias (prendre les gens pour des cons et les rendre encore plus cons), les réseaux sociaux, vecteurs de bêtise et de méchanceté, Internet, "défaite de l'intelligence", l'augmentation du "bullshit" (être indifférent à la vérité, dire n'importe quoi, s'exprimer sur un sujet que l'on ne connaît pas), les déguisements de la connerie, les nuisances infinies de la connerie, les sottises nationalistes et leurs métamorphoses, le sectarisme religieux, le populisme, le racisme, les théories du complot, les fake news, l'importance exagérée accordée à l'intuition et au "ressenti", le refus des recommandations scientifiques sur les vaccinations et sur le climat, l'ère de la "post-vérité", (circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence pour former l'opinion publique que l'appel à l'émotion et aux croyances personnelles), la "bêtise intelligente" que Kant appelle "l'incurable défaut de jugement", la grandiloquence morale, etc.

Mais laissons le mot de la fin à Jean-Claude Carrière : "Nous sommes tous susceptibles d'être bêtes. La pire bêtise est de se croire intelligent".



36 réactions


  • « Con »nais toi toi même....


    • Ruut Ruut 9 mars 16:57

      CON signifie avec...

      Après les abus de langage, nous pouvons leur faire dire n’importe quoi.


  • Pcastor Pcastor 9 mars 11:43

    Ouverture d’esprit ( élargir son horizon intellectuel), c’est un gros mot ?


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 11:54

    L’étymologie évoquée au début de l’article est plus que fantaisiste.

    « Conil » était le nom du lapin comme goupil était celui de renard avant que ces individus demandent à l’état-civil de changer de patronyme on ne sait pas trop pourquoi.

    Toujours est-il que le sexe féminin a été assimilé à un petit lapin pour sa fourrure, sa douceur, mais les importuns, les gêneurs et surtout tous ceux qui n’étaient pas du même avis que le locuteur étaient aussi assimilés au « conil » qui ne s’est jamais illustré jamais, il est vrai, par une démonstration convaincante de discernement aiguisé...


  • Brassens :« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on est plus de quatre, on est une bande de c... »


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 12:07

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      on est toujours le con de quelqu’un ; le tout, c’est de ne pas être le con de tout le monde
      si on vous invite à un dîner un mercredi pour présenter votre nouvelle maquette du chateau de Chambord en chamalos, méfiez-vous !


  • Le coronavirus aura aussi cet effet positif. Obligés à l’isolement, iles individus seront bien obligés de réfléchir,....sur eux-même.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 12:09

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      habituellement, vous n’êtes pas vraiment optimiste, mais là vous êtres en plein délire, il est urgent de redevenir réaliste


    •  @Séraphin Lampion, un con c’est celui qui ne fait que retransmettre les on-dits (qu’on dit). L’inspecteur Colombo qui se faisait passer pour un con avait bien compris : il faisait parler les autres. Et là, franchement, je vous trouve un peu c,...


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 12:21

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      je le prends comme un compliment : j’aime bien Colombo


  • JL JL 9 mars 12:16

    ’’ « Con est un très beau mot, un des plus beaux mots qui soient. »

    Prévert ’’

    « Converge » est pas mal non plus ; sauf que ce n’est pas un substantif.

     

    Ps. Comment ne pas citer Frédéric Dard :

    « Le con ne perd jamais son temps, il perd celui des autres. » Frédéric Dard


    • JL JL 9 mars 12:19

      « Parmi les nombreux synonymes de con relevés on peut en distinguer trois qui présentent des traits spécifiques :

      • La bêtise, « défaut d’intelligence et de jugement » selon le dictionnaire Littré ; s’en tient à des évidences, voire à des préjugés ; elle témoigne d’une incapacité à comprendre. Fondée sur l’ignorance elle est moins dangereuse que la sottise.

      • La sottise est plus un défaut moral qu’intellectuel ; le sot n’est pas bête, instruit, parfois savant il se caractérise par sa suffisance et sa pédanterie. « Il n’y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l’esprit », La Rochefoucauld.

       « La bêtise et la sottise diffèrent essentiellement en ceci, que les bêtes se soumettent volontiers à la nature, et que les sots se flattent toujours de dominer la société » Madame de Staël

      • L’idiotie a une forte connotation psychiatrique. Il s’agit d’un ancien terme médical désignant un handicap mental. Le crétin y est souvent assimilé. Attention, rappelle Antoine de Baeque, historien et auteur de L’Histoire des crétins des Alpes, « Il ne faut pas confondre les cons avec les crétins, qui est une forme pathologique. La connerie est une forme de luxe : on choisit d’aller emmerder le monde ».

      La connerie permet des variations plus amples que la bêtise, la sottise et l’idiotie, elle a, en quelque sorte, une fonction générique apte à fédérer toutes les formes de déviation psychologique ou mentale. « La connerie demeure basée sur l’arrogance, l’intolérance et les certitudes bouffies, même si elle prend aujourd’hui de nouvelles formes pour s’exprimer », constate Jean-François Marmion


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 12:23

      @JL

      con-cierge en dit long sur certaines pratiques con-ventuelles 


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 9 mars 15:36

      @JL

      la sottise, la bêtise et l’idiotie sont les antonymes de l’intelligence, de l’intuition et du discernement, pas la connerie qui les englobe mais les dépasse largement, puisqu’elle est aussi souvent le fait d’un être intelligent que celui d’un idiot, d’un sot ou d’une personne réputée bête.
      Il est d’ailleurs moins grave et moins rédhibitoire d’être « un gros bête » qu’un « gros con ». 


  • La seule manière de ne pas passer pour un con est d’exercer son esprit critique et en plus de ne pas être satisfait de la réponse.


  • rita rita 9 mars 12:49

    La connerie est née avec l’humanité ?

    Vaste programme aux limites lointaines car l’étendue de la connerie est l’apanage de tout un chacun mais graduée selon les individus !

    Prenez comme exemples :

    La milice du président = ne réfléchit pas, formée au moule de l’huitre !

    Le président = Formé a 15 ans par l’éducation nationale sur la pédophilie, depuis son instinct primaire ressort sans contrôle de sa part d’ou une gouvernance du pays ou son incompétence fait merveille !

    Les médias = Incapables de donner de l’information brut sans l’autorisation de l’Elysée !

    A vous de finir la liste !

     smiley


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 mars 12:50

    Toutes ces sommités qui parlent de moi ...ça fait plaise.


  • Radix Radix 9 mars 13:47

    Bonjour

    « L’intelligence est la chose la mieux partagées au monde, puisque chacun en juge avec ce qu’il a ! » Coluche

    Radix


  • Loatse Loatse 9 mars 17:08

    J’ai croisé un con, il y a cinq minutes de cela... sur la place de l’eglise... rien ne semblait le désigner comme tel au premier abord, d’autant que celui ci était en fauteuil roulant... (ouais, j’ai tendance à croire que quand la vie te bouscule, tu deviens moins con)

    Bref celui ci m’adresse la parole avec un accent italien à couper au couteau.. Me demande si je sais ou trouver le secours catholique... je lui explique, tandis que mon cerveau analyse la situation : « un italien fauché, au milieu de mon village, ne serait ce pas l’un des nombreux affolés qui quittent leurs zones de quarantaine de l’autre coté des alpes au risque de nous contaminer ??????? »

    Mais je continue mes explications, tout en lui assurant que le dit local n’est pas ouvert tous les jours, que je n’en sais pas plus...

    Là il y a le secours popoulaire dit il, soudain emporté, la mine renfrognée en désignant la maison à l’angle de la place, mais je ne veux pas le secours popoulaire... !

     ????

    Puis voyant une autre personne sur la place venteuse, devant mon imprécision, il s’en va lui poser la question, après un gracie mille (je sais pas comment ca s’écrit mais bon)

    du coup, je rentre chez moi fâchée, et d’une parceque sa fixette sur le secours pop’ m’a donné envie de lui lancer un « eh bien crève ! » pas franchement chrétien et de deux parce l’autre moi l’imagine crevant la dalle alors que j’aurais pu le dépanner de quelques biffetons...s’il me l’avait demandé..

    Alors que si ca se trouve et il y a des chances, c’est un lombard qui se fout royalement de contaminer toute une population jusque là épargnée...

    C’est dire qu’à ce stade là de réflexion, je me suis sentie comme dire..... ; Con, quoi !


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 10 mars 10:19

      @Loatse

      C’est sans doute dans la vie la plus quotidienne que le phénomène de la connerie est le plus dérangeant, notamment dans les échanges verbaux. La pauvreté réelle ou supposée n’en prémunit pas, comme vous avez pu le constater. Bunuel l’a montré dans un de ses films (Viridana,si je me souviens bien) et on peut penser aussi à « Affreux, sales et méchants ».


  • Orélien Péréol Orélien Péréol 9 mars 19:14

    Je regrette ce passage, qui me parait peu pertinent.

    Le regard d’Edgar Morin :

    « Le mot »con« mérite de considérer au préalable son caractère machiste : la sublime ouverture du sexe féminin est ravalée à un organe stupide. On ne dit pas : »c’est une pinnerie« ...

    En effet, le langage n’a rien à faire avec les choses réelles et si on parle de notes aux restaurants, cela n’a rien à faire avec les notes de musique, les bonnes ou mauvaises notes à l’école... etc. Autrement dit, si le mot con peut signifier le sexe de la femme ou un imbécile, l’un n’interfère pas avec l’autre. Autrement dit, le mot con n’est pas machiste, ou alors il faut dire que 

    Il y a un mouvement dans ce qui s’appelle le féminisme qui tend à faire croire que les mots et les choses seraient pareils... certains pensent qu’il faut écrire certain(e)s sans quoi on élimine les femmes, c’est en train de devenir vrai à force d’être répété sans contradiction ni débat... On substitue le mot genre au mot sexe, alors que le sexe est le réel, ce sur quoi on ne peut agir et le genre est la déclinaison sociale du sexe, et là, au cours du temps, selon les pays, les cultures, tout change... Le genre grammatical est un exemple que tout le monde comprend (ou comprenait) que le genre n’est pas lié au sexe, et bien de acteurs sont des stars (mot féminin)... il y a des milliers d’exemples.

    Enfin, on ne dit pas »une pinnerie« , mais on dit »ça part en couille...« ce qui est quasiment à »ça part en eau de boudin« ... et si quelqu’un peut m’expliquer comme on peut mettre à la place l’une de l’autre un couille et de l’eau de boudin (je ne sais même pas ce que c’est, si ça existe vraiment)... Par contre je comprends très bien comment on met le mot »couille« à la place des mots »eau de boudin".


    • JC_Lavau JC_Lavau 9 mars 19:24

      @Orélien Péréol. S’excitant au téléphone, telle beurette proclame qu’elle s’en bat les couilles.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 9 mars 22:45

      @JC_Lavau
      Absolument.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 10 mars 10:48

      @JC_Lavau

      L’anatomie n’est plus ce qu’elle était smiley


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 10 mars 11:08

      @Orélien Péréol

      Vous abordez une question très intéressante qui se posait déjà au Moyen-Âge (dans la scolastique) sous le nom de « querelle des universaux ».
      Déjà Platon, dans le Cratyle posait la question de savoir si le lien entre les mots et les choses était naturel ou arbitraire (conventionnel). Cratyle prétend qu’il est naturel (les poètes aussi) et Ferdinand de Saussure, le père fondateur de la linguistique prétend qu’il est conventionnel (l’arbitraire du signe, de la relation entre le signifié et le signifiant).
      Le Cratyle est « aporétique », c’est-à-dire que la question n’est pas résolue.
      Notre époque a tendance à ne pas distinguer les mots et les choses (avec le politiquement correct par exemple ou l’écriture inclusive), ce qui est un peu embêtant pour la politique et pour la morale et pour la langue elle-même.
      Les élèves ont de plus en plus de mal à distinguer entre le sens propre et le sens figuré et à comprendre que les mots sont « polysémiques » (qu’ils ont plusieurs sens.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 10 mars 15:45

      @Robin Guilloux Tout à fait d’accord. D’ailleurs j’ai écrit sur l’écriture inclusive, sur sexe et genre... sur ce site. Cela me parait une perte d’humanité. J’ai travaillé avec des enfants autistes et psychotiques, ils n’ont pas accès au symbolique. Ils sont perdus si on leur dit de s’asseoir au pied du mur, parce qu’un mur n’a pas de pied, évidemment, et ils ne savent pas quoi faire. A force de leur demander, ils finiront pas savoir où s’asseoir, mais en shuntant le caractère symbolique du mot (ils continueront à penser que « le pied du mur » n’a aucun sens, mais ils sauront où ils doivent s’asseoir si on leur dit cette expression.)
      Cette incapacité à valoriser ou même à reconnaitre le symbolique devient la norme sociale.


  • Jjanloup Jjanloup 9 mars 21:22
    Ma contribution...le blason - Georges brassens

    https://www.le blason - Georges brassensyoutube.com/watch ?

    v=6lVhNSnXUeg




    • oncle archibald 10 mars 16:19

      @Jjanloup

      « que tous ceux qui l’ont vu disent hallucinant », encore une fois merci Georges !

      Et je ne dis rien de Gustave Courbet qui l’a peint !


  • Decouz 10 mars 10:58

    J’hésitais, je l’avais feuilleté, je l’ai acheté, votre article m’a un peu influencé,j’espère ne pas avoir fait une connerie.


  • eddofr eddofr 10 mars 12:43

    Mon grand-père, paix à son âme, disait :

    « Aiuto gli idioti perché non sono in grado di pensare. Ma punisco gli stronzi perché sono troppo pigri per pensare ».

    Ce qui se traduit :

    J’aide les idiots car ils ne sont pas en mesure de penser. Mais je punis les cons car ils sont trop fainéants pour réfléchir.

    J’aimais bien mon grand-père.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 10 mars 13:41

      @eddofr

      Magnifique ! J’adorais moi-aussi les miens :

      « Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. [...] Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d’intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d’élémentaire, et, par cette attention continuelle à l’essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d’asphyxie. »

      (Thomas Bernardt, Un enfant, trad. Albert Kohn, p.26, Folio n° 2542)


  • Captain Marlo Captain Marlo 11 mars 18:53

    Merci pour l’info !

    Cf Jean François Marmion dans l’émission « La Grande Librairie ».

    On ne peut pas faire grand chose contre la connerie. Le mieux est d’ignorer les cons, et de s’adresser aux autres, on économise du temps et de l’énergie...

    .

    Je ne sais pas si le livre traite du sujet, mais il y a aussi l’inverse, les citoyens qu’on prend pour des cons, avec des techniques très élaborées...

    Exemple : « Changer le sens des mots »


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