samedi 24 avril - par Jean de Beauce

Stasi child de David Young : un thriller exceptionnel sur l’ex-RDA

C'est par hasard que votre narrateur a recueilli un exemplaire de Stasi child, roman du bien-nommé David Young. En l'occurence, dans une cabine téléphonique reconvertie en armoire à livres, un mode de lectures partagées très en vogue dans les patelins de campagne. Et pour tout vous dire, sa lecture fut un vrai régal, un pur moment de bonheur, au point de vous le recommander sur Agoravox.

1975, ex-RDA. Une brave femme-flic doit élucider un meurtre horrible, celui d'une adolescente violée puis défigurée. Son enquête impossible dans le contexte stalinien nous transmet l'atmosphère particulière de ce régime totalitaire où la redoutable stasi (la police politique) fait sa loi. En l'occurence, le tueur pédophile est un général de l'organisation qui va tenter de diaboliser Karin (la protagoniste) et de faire passer son mari pour l'assassin. Tout y passe : arrestations arbitraires de citoyens intègres, maisons de correction pour enfants de dissidents, sournoiserie et méchanceté des collaborateurs de la stasi, faux-amis, impossibilté d'accèder au bonheur conjugal dans une société où les dés sont pipés et chaque individu surveillé par ses proches.

Karin va finir par alpaguer le coupable avec l'aide tronquée d'un autre responsable de la stasi, qui se révèlera un habile manipulateur. La meilleur amie de la victime tue le général pédophile, et retrouve sa liberté après des années en internat. Mais elle devra surveiller sa propre mère en contrepartie de sa nouvelle vie. Quant à Karin, qui a manqué de se faire assassiner et dégrader, elle perd son mari arrêté et torturé dans une prison de la stasi. On lui fait croire qu'il a été déporté en RFA par une lettre truquée, mais le pauvre gars est en fait exécuté comme dissident du régime : chrétien aux nobles principes, il a fréquenté une paroisse anti-communiste de Berlin-est, il finira tué d'une balle dans la nuque en conséquence.

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Ce roman est une perle qui a connu plusieurs suites. David Young, qui porte bien son nom puisqu'il sortait de la fac quand il a rédigé ce polar en 2015, a reçu maintes récompenses pour son récit qui surclasse John Le Carré et autres référents du thriller politisé. Il a la particularité d'être bien écrit, bien traduit de l'anglais par Françoise Smith, bien ficelé et très agréable à lire.

Outre l'intrigue policière, toute l'horreur socialiste est décrite : violence envers les plus faibles, perversion des esprits, manipulation des individus, surveillance généralisée des consciences, impunité de la police politique. Un véritable réquisitoire contre le système rouge, tempéré par la mise en avant des côtés positifs du régime : une jeune femme de milieu modeste devient inspectrice en chef de la police populaire, le coût de la vie est modique par rapport à celui de la RFA (voir le passage de l'escapade à Berlin-ouest) et il n'y a pas de chômage. Chaque personnage repart à zéro avec un emploi à la fin du récit, mais tout cela au prix de vexations et d'une violence d'état quotidienne.

Stasi child est à dévorer autant par son scénario à multiples rebondissements que par sa description implaccable de la RDA proche du docu-fiction. Ce bouquin se trouve facilement d'occasion, et votre narrateur dont les étagères débordent déjà d'une marée d'ouvrages vous le remet à disposition dans l'armoire à livre de la bourgade de Francourville (Eure-et-Loir, c'est situé entre Chartres et Angerville dans l'Essonne). C'est le principe de ce type de mutualisation, on emprunte et on remet pour faire partager aux autres. Une logique très... socialiste, mais dans le bon sens et sans caméra de surveillance dans la cabine téléphonique (à priori)...

 




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