mardi 6 avril - par Alain Alain

Trois femmes reconnues pour leur physique, leur science physique

C’est la science qui a permis l’éclosion de notre civilisation actuelle technologique, industrielle, d’internet et des réseaux sociaux. C’est le travail des scientifiques qui a permis aux industries de développer toutes ces technologies. Et à quel genre d’homo sapiens doit-on toutes ces exceptionnelles découvertes ? Et ben non ! Pas qu’à des hommes.

Je viens de lire un livret écrit par Étienne Klein, philosophe des sciences, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et Gautier Depambour, centralien et doctorant en histoire des sciences : Idées de génie.

Certes les hommes, d’Archimède à Newton et Einstein ont été prolifiques et omniprésents.

Aussi, n’a-t-on pas remarqué les extraordinaires contributions de certaines femmes. D’autant plus qu’à leur époque les filles n’avaient pas souvent le droit à la même scolarité que les garçons dès le secondaire et encore moins dans le supérieur et particulièrement dans les matières scientifiques. Mais passé ce premier obstacle, les difficultés n’en étaient pas moins surmontées pour autant sur le chemin de la recherche fondamentale. Par exemple quand une femme était autorisée à conduire ses propres observations et expériences, elle n’avait pas toujours accès au laboratoire dévolus aux hommes !
Leurs travaux sont à l’origine d’applications en médecine (imagerie, scanner, scintigraphie, radiothérapie, stérilisation des matériels et instruments), astronomie, archéologie (datation, marquage radioactif), alimentation (stérilisation et conservation), énergie (production d’électricité, propulsion), environnement, agriculture, et d’autres dont on se serait bien passé.

Marie Curie, née Sklodowska, (1867-1934), d’origine polonaise, venue en France en 1891 pour étudier à la Sorbonne et y devenir Docteur ès sciences Physiques.
En étudiant la radioactivité de l’uranium, elle découvre deux nouveaux éléments chimiques des centaines de fois plus radioactifs que l’uranium, nommés par l’académie des sciences, polonium et radium.
Elle recevra deux prix Nobel, celui de physique en 1903 et celui de chimie en 1911.
Elle meurt « des suites de son exposition aux substances radioactives naturelles. »
Sa fille Irène et son gendre Jean Frédéric Joliot recevront le prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité dite artificielle.

Ida Noddack, née Tacke, (1896 - 1978) une des premières femmes à accéder aux études supérieures en Allemagne jusqu’au doctorat obtenu en 1921, surnommée la « Marie Curie allemande ».
« En 1934, à Rome, Enrico Fermi et ses collaborateurs de la Via Panisperna bombardèrent une cible d’uranium avec un faisceau de neutrons. Ils provoquèrent ainsi des réactions de fission nucléaire, mais sans du tout s’en rendre compte et sans même envisager que pareil phénomène fût possible.
(…)
Lisant l’article de Fermi, elle (Ida Noddack) avait immédiatement entrevu les défauts et les lacunes des analyses chimiques effectuées par les physiciens italiens. » (Idées de génie)
Elle proposa une autre interprétation décrivant la fragmentation des noyaux d’uranium en noyaux beaucoup plus légers que ceux-ci : l’hypothèse de la fission nucléaire.

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« Ce n’est qu’en décembre 1938 qu’une autre femme, Lise Meitner et son neveu Otto Frisch, comprirent rétrospectivement les expériences romaines de 1934 : il y a bien fissions de certains noyaux d’uranium (…) lorsqu’ils sont percutés par un neutron.
(…)
"Notre Marie Curie" : ainsi Einstein surnommait-il la physicienne d’origine autrichienne Lise Meitner (1878 – 1968).
(…)
Lise Meitner intègre l’université de Vienne en 1901, après la suppression de l’interdiction pour les femmes d’accéder aux études supérieures en Autriche, en 1897.
(…)
Lise Meitner s’installe dans un premier temps au sous-sol d’un institut de chimie, car avant d’être admises à l’université de Berlin en 1909, les femmes n’ont pas le droit de pénétrer dans le bâtiment principal.
(…)
Contrainte en 1938 de fuir l’Allemagne (elle était juive), elle trouve refuge aux Pays Bas, puis en Suède. C’est là que lors d’une marche dans la neige en compagnie de son neveu physicien Otto Frisch (1904 – 1979), elle comprend que le noyau atomique peut se disloquer après avoir été bombardé par un neutron. Tous deux viennent de poser les fondements de la fission nucléaire qu’ils introduisent dans un article publié en 1939 dans la célèbre revue Nature. » (ib) 
Lise Meitner refusa de participer au projet Manhattan de mise au point de la première bombe atomique américaine. Aussi son neveu fit inscrire sur sa tombe, l’épitaphe : « Lise Meitner, une physicienne qui ne perdit jamais son humanité ».

Avoir assigné les femmes au rôle de mère au foyer a été de toute évidence un handicap pour l’évolution de l’humanité non seulement en sciences comme ces récits le démontrent mais aussi tous les autres domaines de la société.

Cette chronique est l’occasion de citer un autre ouvrage d’Étienne Klein, Le goût du vrai, édité dans la collection Tracts chez Gallimard.
Sans doute, les premières phrases de ce petit fascicule révèlent ce qui a déclenché chez l’auteur le besoin de s’exprimer :
« Le 5 avril dernier (2020), alors qu’aucune étude thérapeutique n’avait encore eu le temps d’aboutir, Le Parisien publiait les résultats d’un sondage abracadabrantesque. À la question : "D’après vous, tel médicament est-il efficace contre le coronavirus ? ", 59 % des personne interrogées répondaient oui, 20 % non. Seuls 21 % des sondés déclaraient qu’ils ne savaient pas. L’immense majorité (80 %) affirmait donc savoir ce que personne ne savait encore. »
J’ajoute que dans cette majorité une immense partie d’entre eux était de toute façon incapable de jamais le savoir par eux même !!!

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L’auteur en tire les enseignements suivants.
Il dénonce « L’ultracrépidarianisme (…) Ce mot (néologisme malicieux dit-il) désigne la tendance, fort répandue, à parler avec assurance de sujets qu’on ne connait pas. »
« Aujourd’hui, la tendance à avoir un avis non éclairé sur tout, et à le répandre largement, me semble gagner en puissance. Dans son sillage, elle distille l’idée que la science, surtout quand elle devient dérangeante, ne relève que d’une croyance parmi d’autres. »
L’auteur donne l’exemple de Donald Trump suggérant aux chercheurs d’essayer d’injecter de la javel comme traitement : « peut-être nous gratifiera-t-il bientôt d’un tweet annonçant que deux plus deux est égal à cinq pour les grandes valeurs de deux ? »

Il évoque l’effet mis à jour par deux psychologues américains, David Dunning et Justin Druger. « L’effet Dunning-Kruger s’articule en un double paradoxe : d’une part, pour mesurer son incompétence, il faut être … compétent ! ; d’autre part, l’ignorance rend plus sûr de soi que la connaissance. Ce n’est en effet qu’en creusant une question, en s’informant, en enquêtant sur elle, qu’on la découvre plus complexe qu’on ne l’eût soupçonné. On perd alors son assurance, pour la regagner peu à peu à mesure que l’on devient compétent – mais teintée de prudence désormais. »

Il juge de l’aversion proclamée contre les fake news.
« Certes plus que jamais, nous clamons notre amour pour la vérité, mais j’ai le sentiment qu’il ne s’agit plus que d’une ritournelle. Car à rebours de nos déclarations ferventes, nous sommes plus enclin à déclarer vraies les idées que nous aimons qu’à aimer les idées vraies, surtout si celles-ci nous déplaisent. »

Il conclut.
« C’est une vielle histoire. Le doute et la certitude forment un couple turbulent mais inséparable, dont les aventures taraudent la philosophie depuis ses origines : les lignes de démarcation entre ce qu’on sait, ce qu’on croit savoir, ce qu’on sait ignorer, ce qu’on ignore sans savoir qu’on l’ignore, n’ont cessé de hanter les philosophes. »

Si vous cherchez des éléments de réponse pertinents aux questions que vous vous posez sur la crise climatique, les zoonoses, la dette publique, l’économie, la démocratie, le racisme, le populisme, etc., c’est dans les livres d’innombrables spécialistes, docteur ès sciences, ès sciences humaines, prix nobel divers dont beaucoup de français de renomée mondiale que vous les trouverez.
Et non pas sur facebook, tweeter, ou chez les chroniqueurs autoproclamés omniscients des chaines d’information en continue, et encore dans les déclarations uniformisées par des éléments de langage appris par cœur de ministres souvent profanes, non qualifiés et donc menteurs.
Si vous faites cet effort de recherche alors la démocratie s’en portera mieux.
Car : « Un peuple républicain ne sera vraiment libre et souverain que si la raison savante devient populaire. » Condorcet.

D’autres chroniques, des réflexions et une sélection de livres éclairants sur :

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12 réactions


  • Jeekes Jeekes 6 avril 17:36

    ’’ministres souvent profanes, non qualifiés et donc menteurs.’’

     

    Heu, d’abord et surtout menteurs.

     

    Et pour faire bonne mesure j’ajouterais, voleurs, corrompus, voire criminels.

    J’en passe et des meilleures, la liste de leurs qualités serait trop longue !

     


  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 6 avril 22:22

    A l’Auteur

    Que voilà un article passionnant, bien écrit, intéressant, et qui donne une très bonne recension de l’ouvrage d’Etienne Klein, intitulé Le goût du vrai !

    Ci-après (à lire en entier) un article qui vient illustrer votre propos.

    Cordialement,

    Renaud Bouchard

    https://ehne.fr/fr/encyclopedie/th%C3%A9matiques/genre-et-europe/%C3%A9duquer-des-europ%C3%A9ens-et-des-europ%C3%A9ennes/femmes-de-sciences

    et surtout ceci :

    https://mrmondialisation.org/20-femmes-de-science-qui-ont-change-le-cours-de-notre-histoire/

    Au xxie siècle, les femmes scientifiques de haut niveau sont toujours considérées comme exceptionnelles. Elles doivent faire leurs preuves pour se faire entendre, imposer leurs sujets, diriger de grandes institutions scientifiques. L’Union européenne soutient, depuis les années 2000, les principes de parité et d’égalité dans les parcours et professions. Malgré de notables avancées, les propos de l’astrophysicienne lituano-américaine Vera Rubin (1928-2016) « il n’existe aucun problème scientifique qu’un homme peut résoudre et qu’une femme ne pourrait pas », dans ses Mémoires en 1997, gardent leur pertinence, et font écho à ceux de la Britannique Hertha Ayrton (1854-1923) cent ans plus tôt : « Être scientifique, c’est être bon ou pas bon, ce n’est pas être homme ou femme ».



  • sylvain sylvain 6 avril 22:30

    On peut aussi citer Emy noether dans le domaine des maths, pour einstein (et moi) un des plus grands génie des mathématiques modernes


  • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 7 avril 09:40

    « L’immense majorité (80 %) affirmait donc savoir ce que personne ne savait encore. »

     

    Bien sûr que des personnes savaient et avaient oser parler et se retirer du comité scientifique censé éclairer les gouvernement.

     

     

    « d’autre part, l’ignorance rend plus sûr de soi que la connaissance. »

     

    Mon expérience personnelle a démontré que la connaissance du vrai en science rend au contraire sûr de soi et permet de démonter le faux que la science voudrait vous faire gober.


  • pierrot pierrot 7 avril 16:28

    Bonjour,

    Etienne Klein est un excellent communicant du CEA.

    Sa liste de savantes en physique nucléaire est pertinente.

    Mais cela n’est pas une liste exhaustive, bien d’autres femmes scientifiques ont fait des découvertes importantes même si les académies ne les ont pas reconnu à leur juste valeur.


  • ETTORE ETTORE 8 avril 12:06

    Toujours rien compris à la langue Française, le Pierrot de Lune@ ?

    Quand on vous parle de physique et de femmes....Il ne s’agit pas du physique corporel, mais de la « recherche » ! lol ! :

    Et puis les autres : 

    " même si les académies ne les ont pas reconnu à leur

    juste valeur.

    « 

    C’est VOUS qui allez les noter ? Avec VOS valeurs ?

    Avec VOTRE grille de sélection personnelle :

     » les malades et les morts ne nous emmerderont plus « 

    Aïe ou Heil ? Alors le »Fureur de vivre", toujours crampé du bras droit ?


  • Très bonne explication des causes de l’augmentation exponentielle des pervers-narcissiques. https://www.youtube.com/results?search_query=christine+calonne+youtube


  • https://www.youtube.com/watch?v=fI-Og8WMdkc. Science sans conscience...Hiroshima mon AMOUR..


  • Hommage à Mélanie klein. Francis Drossart, Une théorie kleinienne de la destructivité et de la créativité, préface de Didier Houzel, contributions de Chantal Lheureux-Davidse. 


  • Johann Dreue : 

    Cahier Fulcanelli no 4. Où il apparait que la conquête de l’atome par nos scientifiques ne s’est pas effectuée sans les arcanes de la Tradition et notamment de celles du Maître. Eugène Canseliet a souvent souligné les rapports étroits entretenus entre l’Adepte et ses jeunes élèves, Pierre et Marie ; nous soulevons à l’occasion du ce cinquième cahier un coin du voile et racontons le long et éprouvant périple en terres rares. En uranie ? c’est au coeur des étoiles en formation, dans les forges de Vulcain que se forment nos composants atomiques qui ont pour nom : carbone, azote, oxygène, magnésium, fer, uranium… Les supernovae sont les moteurs de l’évolution chimique de la Galaxie mais c’est en étudiant l’activité électrique d’un métal peu connu à l’époque, l’uranium, et les hardiesses de pensée d’une Curie, d’un Einstein ou d’un Heisenberg – que nous pourrons plus tard découvrir et accéder à des conceptions aussi grandioses que celles des quasars, des magnétars, des fermions et des bosons. Jamais le second surnom du Maître « Vulcain » n’a été aussi mérité. … Dans ce cahier on trouvera également le récit de son voyage à Chicago où il put rencontrer son homologue Nikola Tesla et se former à l’étude des volcans grâce à la visite du parc de YELLOWSTONE.

    Voir ici


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