mercredi 28 juin 2017 - par Jordi Grau

Un livre tonifiant et subversif : La démocratie sans maîtres

Bien qu’elle soit de moins en moins légitime, l’oligarchie politique se cramponne à ses privilèges, comptant sur l’ignorance et l’inertie des électeurs pour se maintenir au pouvoir. Malheureusement pour elle, une partie des électeurs a décidé de sortir de son ignorance, et de s’instruire auprès de dangereux penseurs tels que Matthieu Niango…

Malgré la montée de l’abstention, la cinquième république se maintient. Elle tend même à aggraver ses tendances monarchiques, voire théocratiques. Le chef de l’État n’a-t-il pas souhaité donner un caractère « jupitérien » à la présidence de la République ? (Cf. le texte en annexe.) On sait aussi que nouvelles lois « sécuritaires » vont s’attaquer aux libertés publiques, transformant des mesures d’exception (l’état d’urgence) en règles habituelles.

 Face à cette dérive dictatoriale, il n’y a que deux attitudes possibles. La première consiste à détourner les yeux de ce titre spectacle et à s’abrutir avec la première drogue venue : alcool, hachich, Hanouna, séries télévisées, travail, famille, patrie…. La seconde consiste à regarder courageusement le problème en face et d’essayer de le résoudre par une réflexion à la fois personnelle et collective. Si vous préférez la première attitude, je vous suggère d’arrêter tout de suite la lecture de cet article. Dans le cas contraire, La démocratie sans maîtres est pour vous.

Ce livre, inspiré des Mythologies de Roland Barthes, fait exploser quatre « mythes », c’est-à-dire quatre idées ou images qui faussent notre manière de voir l’ordre établi, en le présentant comme inévitable, immuable, voire naturel. En nous aidant à éliminer ces poisons mentaux, Matthieu Niango aiguise notre esprit critique, dilate notre imagination et fait remonter à notre conscience un désir de liberté que nous avions cru mort depuis longtemps. Depuis l’enfance, nous sommes habitués à considérer comme « démocratique » un régime où le pouvoir appartient en fait à une aristocratie politique censée « représenter » les citoyens. Certes, nous savons bien que cette « démocratie » est imparfaite. Nous sommes même prêts à reconnaître, du bout des lèvres, qu’une démocratie directe serait préférable « dans l’idéal ». Seulement, pensons-nous, cet idéal est malheureusement irréalisable. Et nous ne manquons pas d’arguments pour cela. Toute la question est de savoir ce que valent ces derniers. Ne sont-ils pas fondés sur de simples préjugés ou, comme le disait Barthes, sur des « mythes » ? Telle est bien la conviction de Matthieu Niango.

Comme je l’ai dit plus haut, il s’attaque à quatre mythes fondateurs de notre imaginaire pseudo-démocratique : le mythe du gouvernement des plus sages, le mythe du gouvernement des plus compétents, le mythe du chaos conjuré, le mythe de la volonté libre. Nous avons beau critiquer sans arrêt les politiciens professionnels, nous ne pouvons pas nous empêcher de les idéaliser – ou, ce qui revient au même, de dévaloriser les citoyens ordinaires que nous sommes. Nous les jugeons plus sages que nous, ou plus compétents. Et quand bien même nous les considérons comme nos égaux, nous jugeons qu’il est indispensable de confier le pouvoir politique à une petite minorité, afin de garantir un minimum d’ordre et de cohérence dans la vie sociale. Si la démocratie était vraiment le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, pensons-nous, quel beau bordel ce serait ! Et puis, la « démocratie » actuelle n’est pas si mal ! Nous pouvons librement choisir nos gouvernants, en fonction de leur programme politique. Ce n’est pas rien, tout de même ! Voilà, grossièrement résumé, le discours que l’on tient ordinaire sur le régime représentatif. Point par point, Matthieu Niango réfute ce discours, ou du moins prouve son caractère extrêmement douteux. Il ne s’agit pas tant, dans ce livre, de démontrer une thèse que d’ébranler des certitudes, de faire sortir le lecteur de ses confortables habitudes de soumission.

Bien entendu, ce discours n’est pas entièrement neuf. Matthieu Niango s’inscrit dans une tradition déjà ancienne. On pourrait citer, entre autres, Jacques Rancière (La haine de la démocratie), Cornélius Castoriadis (dont France Culture a récemment présenté la philosophie politique dans une émission très intéressante) et bien entendu Rousseau, dont Du contrat social distingue clairement et vigoureusement la souveraineté populaire de la pseudo-liberté des électeurs, dans les régimes représentatifs. Mais Matthieu Niango ne prétend pas être entièrement original. Il cite d’ailleurs les auteurs qui ont inspiré sa pensée, notamment Rancière et Rousseau. Et puis il admet volontiers, dans cette interview que ses idées sont « dans l’air du temps ».

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Mais alors, me direz-vous, à quoi bon lire ce livre ? Eh bien ! il y a à cela plusieurs raisons très fortes. La première, c’est qu’il rassemble de nombreux arguments percutants, qu’on ne va pas forcément trouver chez les auteurs morts ou vieillissants dont je parlais plus haut. Ensuite, ces arguments sont présentés dans une langue claire et vigoureuse, accessible à un public large. Enfin, ils sont illustrés par des exemples actuels et très parlants. Certains d’entre eux sont même empruntés à l’expérience personnelle de l’auteur, qui a été conseiller à la mairie du Paris et dans des cabinets ministériels, avant de se rendre compte qu’il trahissait ses idéaux démocratiques en continuant à travailler pour des apparatchiks ou des technocrates. Des gens qui ont côtoyé de près les politiciens professionnels, on peut en trouver pas mal. Des intellectuels qui font une critique radicale de la pseudo-démocratie, c’est déjà moins courant, peut-être. Mais un intellectuel qui critique radicalement une machinerie politique qu’il connaît de l’intérieur, c’est certainement très rare.

Est-ce à dire que La démocratie sans maîtres soit un ouvrage parfait ? Non, bien sûr. En ce qui me concerne, j’ai trouvé son dernier chapitre (Le mythe de la volonté libre) moins clair et moins bien argumenté que les autres. Il me semble aussi que Matthieu Niango a trop parlé des institutions de la république, et pas assez du déficit de démocratie dans le reste de la société, et notamment dans les entreprises. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a des liens étroits entre les combats politiques et les luttes sociales. Mais ces réserves n’enlèvent rien à la force du livre. Qu’ils soient ou non discutables, les arguments de Matthieu Niango sont toujours stimulants pour la pensée. La démocratie sans maîtres est de ces ouvrages d’utilité publique qu’il faudrait massivement diffuser afin d’élever le niveau du débat politique.

 

Annexe : Extrait d’une interview accordée par Emmanuel Macron au magazine Challenges en octobre 2016

 

Mais quel est le type de président capable d'incarner et de rassembler le pays ?

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François Hollande ne croit pas au "président jupitérien". Il considère que le Président est devenu un émetteur comme un autre dans la sphère politico-médiatique. Pour ma part, je ne crois pas au président "normal". Les Français n'attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise. Pour moi, la fonction présidentielle dans la France démocratique contemporaine doit être exercée par quelqu'un qui, sans estimer être la source de toute chose, doit conduire la société à force de convictions, d'actions et donner un sens clair à sa démarche. 

La France, contrairement à l'Allemagne par exemple, n'est pas un pays qui puise sa fierté nationale dans l'application des procédures et leur respect. Le patriotisme constitutionnel n'existe pas en tant que tel. Les Français, peuple politique, veulent quelque chose de plus. De là l'ambiguïté fondamentale de la fonction présidentielle qui, dans notre système institutionnel, a partie liée avec le traumatisme monarchique. C'est bien pourquoi le Président de la République, dans notre représentation collective, ne peut être tout à fait "normal". Quand il le devient, nous courons un risque politique et institutionnel, mais aussi un risque psychologique collectif, et même un risque pour l'efficacité de l'action. Le peuple français, collectif et politique, peut se retourner très vite parce qu'il est en attente d'un discours qui donne à la fois du sens et des perspectives. 

Alors, un roi pour les citoyens de 1789 ?

Je ne pense évidemment pas qu'il faille restaurer le roi. En revanche, nous devons absolument inventer une nouvelle forme d'autorité démocratique fondée sur un discours du sens, sur un univers de symboles, sur une volonté permanente de projection dans l'avenir, le tout ancré dans l'Histoire du pays.



26 réactions


  • Francis JL 28 juin 2017 11:52

    Bonjour Jordi Grau,

     
    C’est toujours un bon sujet quand c’est un bon ouvrage. Merci de l’avoir fait.
     
    Vous dites : ’’Nous avons beau critiquer sans arrêt les politiciens professionnels, nous ne pouvons pas nous empêcher de les idéaliser’’
     
    C’est parfaitement vrai pour ceux d’entre nous tous qui ne font pas la différence entre « ceux qui gouvernent’ » et « ceux qui nous gouvernent »

  • UnLorrain 28 juin 2017 14:32

    Elisee Reclus l Anarchie.

    Une grosse demi heure si ecoute,sur litteratureaudio.

    Ce passage entre autre : Il y eut des a-crates bien avant les anarchistes,des societes se dirigeant elles meme sans un pouvoir ( une administration quelle qu elle soit dois-je en deduire ?) qui la dirige la morigene ou la chatie.

    Elisee semble s’y connaitre vachment en existences humaines,lui qui voyagera sur les cinqs continents a ce effet,et autres etudes.Elisee philosophera lors de son incarceration de une semaine suite a avoir participer a la Commune,il ( acceptera ? ) Spinoza.

    Wiki dit que les oeuvres completes de Elisee,traduites, sont precieusement conserve a la biblio de Washington.


    • JBL1960 JBL1960 29 juin 2017 18:12

      @UnLorrain Élisée Reclus a écrit une lettre à mon frère le paysan qui explique bien que la société des sociétés, sans chef, sans pouvoir, et contre l’État ne spoliera pas ceux qui exploite la terre mais ceux qui exploite les hommes. Je me suis même appuyée sur cette lettre pour argumenter qu’il nous faudra absolument extraire de nos cortex l’envie de posséder, l’envie d’avoir au lieu d’être tout simplement dans ce billet ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/07/30/depossession-volontaire/ Que clairement les affidés de Baba ne viendront pas lire...
      Cependant c’est Pierre Clastres antropologue ethnologue anarchiste, qui a fait un travail remarquable. Sa préface du livre de Marshall Sahlins « âge de pierre, âge d’abondance l’économie des sociétés primitives » dans la série j’explose les mythes est d’enfer ! J’en ai réalisé une version PDF à lire, télécharger ou imprimer gratos . Le blog Résistance71 lui rend un hommage appuyé à la veille des 40 ans de sa disparition, ICI.


  • bernard29 bernard29 28 juin 2017 14:48
    je ne sais si une énième critique du système de représentation était nécessaire ( pourquoi pas !), mais on attendrait maintenant des propositions pour donc « révolutionner la démocratie » non ?
    Pour tout dire ce qui m’énerve c’est que des gens critiquent la démocratie en ne se référant qu’au système représentatif et parce que celui ci serait nul, la démocratie serait morte. Comme s’il suffisait de modifier le système de représentation pour résoudre le problème démocratique.


    A) et d’abord parce qu’il faudrait nous dire quel est le système de representation critiqué ( le mode de scrutin (majoritaire, proportionnel ), les modalités de la représentation (mandat unique, ou/et limité dans le temps), parce que bien évidemment s’il y a oligarchie électorale, rien n’empêche de la conditionner à de la précarité radicale.
    B) parce que la démocratie ce n’est pas seulement la modalité représentative, il peut aussi y avoir en même temps, de la démocratie directe, de la démocratie participative . ces diverses méthodes peuvent être complémentaires et utilisées concomitamment. 
    C) la démocratie ce n’est pas seulement la désignation des représentants, ,c’est aussi la vie civile, la lutte sociale, les pressions associatives et syndicales, les libertés publiques, la séparation des pouvoirs,
    D) Parce que la fonction de la démocratie c’est bien évidemment d’organiser le pouvoir de décision, mais c’est aussi l’établissement de règles et du pouvoir de de contrôle sur les représentants.

    la démocratie ce n’est pas que le vote.

    • Jordi Grau Jordi Grau 28 juin 2017 15:16

      @bernard29

      Je pense que l’auteur du livre, M. Niango, serait d’accord avec un grand nombre de choses que vous dites. Effectivement, la démocratie ne se réduit pas à sa forme représentative, et c’est bien ce que démontre La démocratie sans maîtres, où il est question de démocratie directe et de démocratie participative. Maintenant, il est clair que ce livre n’est pas exhaustif, et que mon article l’est encore moins.

      Si vous voulez plus de renseignements concernant les propositions de M. Niango, lisez son bouquin ou/et renseignez-vous sur A nous la démocratie, le mouvement politique dont il est l’un des fondateurs. Je précise que je n’en suis pas membre moi-même, et que je n’envisage pas d’ y adhérer pour le moment.


    • bernard29 bernard29 28 juin 2017 15:49
      @Jordi Grau
      merci de votre réponse, si vous aviez dit qu’il y avait des propositions ça m’allait très bien et donc ça m’intéresse.
      je vais sur le site de « A nous la démocratie ». ça m’intéresse aussi. merci.
      .

    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 29 juin 2017 01:00

      @Jordi Grau



      Tout ce qui plaide pour la démocratie directe me semble digne d’être soutenu. Bravo de le faire, Vous trouverez ci–dessous en lien ma contribution sur ce thème


      PJCA








    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 29 juin 2017 01:04

      @Jordi Grau



      Tout ce qui plaide pour la démocratie directe me semble digne d’être soutenu. Bravo de le faire, Vous trouverez ci–dessous en lien ma contribution sur ce thème


      PJCA








    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 29 juin 2017 01:05

      @Pierre JC Allard

      Désolé pour ce doublon involontaire

      PJCA

  • Hervé Hum Hervé Hum 28 juin 2017 18:34

    Parler d’une démocratie sans maître comme projet, c’est affirmer que nous vivons en dictature.

    La démocratie est sans maître ou elle n’est pas !

    Sinon, pour connaître le niveau de pression d’une dictature, suffit de connaître le niveau de transparence entre le gouvernement et les citoyens. Sachant que la transparence n’a de sens que dans la connaissance ou non de tout le processus décisionnel de toute action politique.

    La transparence, c’est le baromètre de la démocratie, plus elle est forte, plus la démocratie est vraie, plus elle es faible, moins elle est vraie.

    En dictature, la transparence est à sens unique,, du citoyens vers le gouvernement, en démocratie, elle est à double sens.

    Le premier des mythes à détruire est aucun cas ceux que vous énoncés et qui semble faire défaut à l’auteur de votre livre, ce qui est pour le moins fâcheux, c’est le mythe de la nécessité du secret d’Etat, du secret défense, qui fait que les décisions politiques qui touches le plus la vie des citoyens, sont les plus cachés. Qui fait que par définition, le complot n’est pas une théorie, mais la réalité quotidienne de tout gouvernement et instance dirigeantes, que ce soit en matière politique ou économique. En démocratie, tout secret est interdit et l’invoquer, c’est détruire la démocratie, puisque alors, c’est la souveraineté du peuple qui est détruite pour celle de ou des élus qui détiennent une information par devers le souverain.

    Or, par définition, rien, absolument rien ne peut être dissimulé au souverain, sans que cela soit un complot. Ici, la notion de représentativité ne tient pas !

    Autrement dit, si votre auteur passe à coté de ce mythe, alors, son livre est un leurre, bidon, fumeux, détourne l’attention des lecteurs.

    Et vous, vous en faites la publicité gratuite !


    • Hervé Hum Hervé Hum 28 juin 2017 18:44

      @Hervé Hum

      au fait, la démocratie n’admet pas de maître humain, mais impose celle de règles communes connues de tous et s’imposant par le simple fait de sa propre force éthique. Qui, en démocratie, parce qu’elle place tout un chacun sur le même pied d’égalité devant ces mêmes règles ou lois, ne peut reposer que sur l’équité sociale, politique et économique.

      C’est à dire, qu’il faut distinguer égalité et équité, la première fait que les règles s’appliquent indistinctement des personnes, mais la seconde s’applique en fonction du mérite de chacun, selon son utilité à faire prospérer la société et non selon sa capacité à l’exploiter à son profit personnel comme s’est la règle actuellement et qui fait que la démocratie ne peu exister.


    • Jordi Grau Jordi Grau 28 juin 2017 20:46

      @Hervé Hum

      Merci pour votre contribution. Ce que vous dites est en effet essentiel, et je ne suis pas sûr que M. Niango parle beaucoup de ce problème... Mais peut-on reprocher à un livre de ne pas être exhaustif ? Si vous écriviez vous-même un livre sur la « démocratie » actuelle, peut-être arriveriez-vous à parler de tout ce qui est important. Mais peut-être aussi que vous oublieriez de mentionner les mythes dont parle M. Niango. Et ce dernier pourrait alors vous dire : « Vous avez raison de parler du problème de la transparence. Mais si nous acceptons le secret d’État et le contrôle de nos vies par les services de renseignement, c’est en grande partie parce que nous donnons à nos gouvernements ces privilèges exorbitants. On le voit bien avec les lois sécuritaires qui transforment de plus en plus le régime actuel en dictature. Ces lois ne sont pas un mystère. On en parle même un peu dans les médias. Mais les citoyens ne s’en émeuvent guère pour l’instant, parce qu’ils gobent naïvement la propagande gouvernementale, qui prétend qu’il faut donner toujours plus de pouvoir à la police pour lutter contre le terrorisme. Big Brother n’existe que parce que nous considérons son pouvoir comme légitime. »

      Bref, je ne veux pas défendre à tout prix le livre de M. Niango. Il a certainement ses défauts, mais je trouve votre jugement excessivement sévère - et un tantinet arrogant....


    • Hervé Hum Hervé Hum 28 juin 2017 22:50

      @Hervé Hum

      Sévère, sans aucun doute,

      arrogant ? Si ce que j’écris est « essentiel », alors, où est l’arrogance d’être sévère envers quelqu’un qui oublie de parler de l’essentiel pour donner de l’importance à l’accessoire ?

      Il se peut en effet que j’oublierai de parler d’un ou deux mythes dont parle M Niango, parce que je m’attacherai surtout à expliquer que les citoyens d’aujourd’hui n’ont pas besoin de gens pour les gouverner, sinon pour leur imposer leur propre volonté et maintenir la société sous leur domination et selon les propres mots de Voltaire

      « un pays bien organisé, est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourrit par lui et le gouverne »

      Et Voltaire de justifier ce système en disant que le peuple est juste bon à travailler car ne sait rien faire d’autre. En son temps, il pouvait certainement défendre cette croyance en raison de la faible instruction du peuple, mais aujourd’hui ?

      Aujourd’hui, ce n’est certes pas l’instruction qui fait défaut, mais la conscience, qui est inversement proportionnelle au niveau d’instruction et ce, par le biais du savoir faire médiatique. Ce que vous soulignez d’ailleurs. Mais pas que....

      Non, le mythe le plus important pour ceux qui gouvernent, celui qu’il faut préserver à tout prix, c’est celui du secret. Secret d’Etat sous couvert de ne rien dévoiler à ses ennemis, mais en affirmant qu’on à rien à cacher. Secret des services secrets pour lutter contre le terrorisme et légitimer les actions terroristes de ces mêmes services secrets qui étant secret, n’ont de compte à rendre qu’au secret d’Etat. L’état d"urgence, c’est aussi sinon surtout, le renforcement du secret d’Etat et des services secrets. L’état d’urgence permanent, voilà le mythe que je dénoncerait en deuxième.

      Secret des affaires économiques, sous couvert de concurrence, mais qui n’ont d’autres but que de garantir l’impunité des affaires douteuses. La concurrence, voilà le troisième mythe que je dénoncerait. Secret des tribunaux pour juger des affaires touchant le public. Et pour que le peuple adhère, quoi de mieux que de lui parler du droit à la vie privé. Secret de son compte en banque, secret de sa vie privé sur facebook ! Etc... La tactique des élites d’aujourd’hui est de justifier leur droits en disant que c’est le même que ceux qu’ils gouvernent et exploitent. La propriété d’usage justifie la propriété économique. Absurde.

      Un exemple par l’absurde pour finir, la dernière fois que je suis allé voter, j’ai pris le bulletin qui m’intéressais et suis allé directement vers l’urne sans passer par l’isoloir. Et le gars de me dire que je devais prendre au moins deux bulletins et passer par l’isoloir selon les règles.

      Or, si tant est qu’on soit en démocratie, donc, que nul ne peut être inquiété pour ses opinions politiques, qu’est ce qui justifie qu’il faille se cacher pour voter ? Et si je me contrefous de savoir si je peux être inquiété, comment se fait t’il que la démocratie m’oblige à m’isoler ? Absurde !

      Rien, absolument aucun argument tient la route, c’est juste pour entretenir ce putain de mythe du secret alors même que c’est ce putain de mythe qui permet le plus à une minorité de manipuler la majorité. Et tant que cette dernière continuera à croire à ce putain de mythe, elle se laissera manipuler par le bout du nez.. Saint Just, qui fut traité de monstre, le savait très bien et avait prévu que le conseil des ministres puisse se faire à huis clos et soit toujours placé sous la surveillance d’un comité composés de citoyens, résultat ? Saint Just et Robespierre ont été guillotinés et l’histoire officielle d’en faire des monstres, des coupeurs de têtes et l’idée surveiller ces comités secrets jetés aux oubliettes.


    • Legestr glaz Ar zen 29 juin 2017 17:48

      @Hervé Hum

      Mais, dans cet essai, Voltaire fait-il un « constat » ou émet-il une « opinion » ?


      « En général, l’esprit d’ordre, de modération, le goût des sciences, la culture de tous les arts utiles à la vie, un nombre prodigieux d’inventions qui rendaient ces arts plus faciles, composaient la sagesse chinoise. Cette sagesse avait poli les conquérants tartares, et les avait incorporés à la nation : c’est un avantage que les Grecs n’ont pu avoir sur les Turcs. Enfin les Chinois avaient chassé leurs maîtres, et les Grecs n’ont pas imaginé de secouer le joug de leurs vainqueurs.

      Quand nous parlons de la sagesse qui a présidé quatre mille ans à la constitution de la Chine, nous ne prétendons pas parler de la populace ; elle est en tout pays uniquement occupée du travail des mains[4] : l’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre, qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne. Certainement cet esprit de la nation chinoise est le plus ancien monument de la raison qui soit sur la terre ».


      https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_les_mœurs/Chapitre_155


    • Hervé Hum Hervé Hum 29 juin 2017 21:20

      @Ar zen

      Cette question, vous me l’avez déjà posé sous l’article « un non conspirationniste, c’est quoi ? »

      et voilà ce que j’ai répondu

      "Si on s’en tient uniquement au titre « essai sur les moeurs et l’esprit des nations », alors, il exprime clairement une opinion.

      Et c’est ce qu’il fait !

      Le fait qu’il présente comme un constat l’’esprit d’une nation comme celle du petit nombre qui domine le grand nombre, lui permet surtout de prétendre lui donner un caractère « normal », éthique, et justifier sa propre propension à profiter du travail de cette majorité. Voltaire a simplement soutenu que la minorité bourgeoise devait sinon remplacer, du moins être associé à la minorité nobiliaire.

      Sauf que ce constat n’est vrai que sous certaines conditions et non de manière absolu. La seule chose qui soit absolue, c’est le principe du mérite personnel, mais ce dernier n’implique pas du tout qu’une minorité aristocratique domine le reste de la population !

      En fait, en société dites démocratique, ce qui domine, c’est uniquement le principe d’équité au dessus de tous et donc, interdit formellement l’établissement d’un système aristocratique au sens où ces derniers établissent les lois.

      Sauf que vivant dans un système établit pour permettre l’iniquité qu’est l’exploitation d’autrui à son profit via l’impôt privatif, cela implique que seule la minorité exploiteuse peut faire les lois et donc, incarner l’esprit d’une nation. Pour preuve, suffit de se référencer à la constitution iroquoise.

      C’est déduit du principe de relation de causalité !

      Bon, je peux développer beaucoup plus, mais j’en vois pas l’intérêt ici.« 

      Bref, mon commentaire dénonce comme M Niango le mythe du gouvernement des plus sages et compétents, que soutient Voltaire, et pour cause. Voltaire était fasciné par le pouvoir, ne rêvait que de grandeur et de richesse et méprisait plus que tout le peuple, cette masse vile bonne qu’à travailler et obéir.

       »Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourrit par lui et le gouverne."

      Voilà toute la morale de Voltaire qui bien avant les hommes politiques modernes, avait compris qu’il fallait faire croire en sa propre vertu pour faire gober n’importe quoi au bas peuple. Leur vendre une éthique frelaté pour mieux les abuser. Etc...


    • Legestr glaz Ar zen 30 juin 2017 17:24

      @Hervé Hum

      Nous sommes d’accord, c’est bien l’impression que me donnait la lecture de ce passage. D’aucuns ont contesté que Voltaire tenait ce genre de pensée d’un petit nombre faisant travailler le plus grand. 

      En ce qui me concerne, après cet exposé, sa formule terminale ne laisse planer aucun doute, et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : le plus ancien monument de la raison qui soit sur terre ! 

      "Certainement cet esprit de la nation chinoise est le plus ancien monument de la raison qui soit sur la terre ».

  • soi même 29 juin 2017 00:48
    Un livre tonifiant et subversif : La démocratie sans maîtres

    bof encore un hyper intellectuel qui joue au con.


  • soi même 29 juin 2017 00:51
    Un livre tonifiant et subversif : La démocratie sans maîtres encore un hyper intellectuel qui joue au con.

  • Doume65 29 juin 2017 00:55

    « la première drogue venue : alcool, hachich, Hanouna, séries télévisées, travail, famille, patrie »
    L’Hanouna me parait être la plus dangereuse de toutes pour la santé des neurones.


    • Enabomber Enabomber 29 juin 2017 15:06

      @Doume65
      L’alcool, ça brûle ; le hascich, ça brûle ; pour Hanouna il faut tester.


    • Legestr glaz Ar zen 29 juin 2017 17:55

      @Doume65


      TV lobotomie livre de Michel Desmurget.

      http://www.acrimed.org/Lire-TV-lobotomie-La-verite-scientifique-sur-les-effets-de-la-television-de

      https://www.youtube.com/watch?v=NvMNf0Po1wY

      Ne comptez ni sur les journalistes ni sur les politiques pour faire la promotion de ce livre. Pourtant, l’auteur est fréquentable et, sans crier au complot, il soulève un réel problème de santé publique, à savoir : quel impact a la télévision sur notre cerveau ? Il en résulte cet ouvrage de scientifique, truffé de références (1193 au total) et étayé d’expériences précieuses que l’on ne pourra jamais répéter, pour la simple raison qu’elles furent menées au moment de l’implantation de la télévision. Côté style, on ne peut pas dire que ce soit bien écrit, mais de fréquentes touches d’humour allègent la lecture.

      Parmi ce que je tâcherai de retenir, il y a ceci :

      Il ne faut pas chercher à fuir l’ennui à tout prix. L’ennui fonde le désir et la créativité. Lorsque l’esprit vagabonde, il existe une forte activation des aires cérébrales impliquées dans les processus de raisonnement projectif et de résolution de problèmes. Cioran parlait de l’ennui comme d’un « vide nourricier ».

      L’arrivée d’internet n’a pas affaibli la télévision. En semaine, un adolescent français de 15 ans la regarde en moyenne 2h par jour. De plus, 75% des enfants de 8 ans regardent la télévision sans un contrôle parental du contenu. Les annonceurs publicitaires considèrent les enfants comme prescripteurs (donc comme cibles) à partir de... 4 ans.

      En mars 2009, les députés français ont rejeté un texte visant à interdire les publicités pour les produits gras et sucrés avant et après les émissions destinées à la jeunesse. Cette proposition était pourtant soutenue par l’Inserm, l’Afssa, des associations de cardiologues, de pédiatres et de parents d’élèves.

      La télévision, c’est sa nature, produit majoritairement de la médiocrité puisqu’elle s’adresse à un public parfaitement hétérogène. Il faut que tout le monde comprenne et se sente concerné par ce qui y sera montré. On ne peut en attendre un quelconque effet éducatif. Une télévision allumée dans une pièce où joue un bébé perturbera son développement cérébral. Il est de plus préférable de ne pas exposer un enfant de moins de 6 ans à la télévision, quel que soit le programme. Les DVD éducatifs sont une fraude et n’ont aucune efficacité sur le développement du vocabulaire.

      Lorsqu’on a présenté les mêmes épreuves de calcul, lecture et orthographe à des élèves de 1987 et de 2007, le bilan est qu’un élève de 5ème en 2007 a le niveau d’un CM2 en 1987. L’élève multi-tâche, capable de surfer sur le net en écoutant une vidéo et en faisant ses devoirs est un mythe : le cerveau ne peut traiter qu’une tâche à la fois, c’est valable pour tout le monde. Prenons deux enfants de conditions identiques dont l’un a une télé dans sa chambre et pas l’autre. Celui qui n’a pas de télé aura des compétences supérieures à l’autre de 21% en lecture, 26% en compétence verbale et 34% en mathématiques. Un enfant chez qui la télé est allumée en permanence (c’est le cas pour 40 % des foyers) multiplie par 3 ses chances de ne pas savoir lire en quittant le CP.

      Les programmes violents rendent les gens violents. Il n’y a aucun effet de défouloir, c’est le contraire et en plus, leur accumulation entraîne une accoutumance, une insensibilisation qui a des conséquences dans la vie de tous les jours. Sinon, la télévision et le cinéma ont un impact plus décisif concernant la tabagie que le fait que des proches fument. De même, la télévision a une influence négative sur les désordres alimentaires (anorexie, boulimie), sur l’alcoolisme et les relations sexuelles précoces.

      Heureusement, la solution à tous ces problèmes est simple : il suffit d’allumer la télévision le moins souvent possible. On peut aussi choisir de ne pas croire à la réalité des études racontées dans le livre, ou juger que ce n’est pas si grave. Contre l’aveuglement volontaire, il n’y a pas de remède !

  • demissionaire bonalors 29 juin 2017 06:32

    Bonjour
    JE vous cite :
    Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a des liens étroits entre les combats politiques et les luttes sociales

    TRes bon point la liberte est indissociable et indissoluble, voir meme dans le cadre de la vie professionel, qui est un univers en quelque sorte carceral, ou militaire si l on prefere, mais cela est un mythe aussi que travailler en enreprise permet de s epanouir, c est plutot totalement alienant, mais il faut etre extremeent intelligent comme moi pour le constater et dire ...


  • lloreen 29 juin 2017 10:03

    Pour ceux qui ne le savent pas : la France dispose d’un conseil national de transition crée par un collectif le 18 juin 2015, lequel est un outil juridique reconnu par le droit international.
    Toutes les solutions existent, il suffit de les mettre en oeuvre.
    https://www.conseilnational.fr/

    Tout le monde (ou presque) a bien conscience de la tyrannie de ces imposteurs qui prétendent être nos « représentants » alors qu’ils sont que préoccupés par l’appât du gain et la poursuite de leurs intérêts particuliers.
    Pour ceux qui en douteraient encore, il suffit de considérer le degré d’aliénation des dirigeants, soumis à la caste oligarchique composée par les 13 familles satanistes dont les plus connues sont celles des Rothschild et des Rockefeller.
    Ils défendent le sionisme, une théorie criminelle et hégémonique à l’origine de tous les crimes contre l’humanité dont le représentant,un Rothschild avoue sa manipulation pour la création de sa corporation criminelle du nom d’ Israël établie sur le territoire palestinien et à l’origine de toutes les guerres depuis 1945.
    https://www.youtube.com/watch?v=ejX43bxXYYE


    • Allexandre 2 juillet 2017 17:06

      @lloreen
      Je suis d’accord avec vous à 1000%. Mais hélas, combien ont conscience que le vrai cancer de l’Occident est le sionisme ? Mais le simple fait de le dire fait de vous un partisans de la théorie du complot, donc un antisémite notoire. Il est là le problème. Les dirigeants français après de Gaulle, ont laissé le champ libre et un boulevard aux sionistes pour imposer leurs visions mondialistes, en se cachant derrière la shoah, la LICRA et le CRIF. Ils ont même réussi à faire voter une loi qui punit quiconque aurait une velléité de remise en question des événements des camps de la Seconde Guerre mondiale !! C’est dire à quel point ils dirigent le pays. Un historien a le droit de faire des recherches et de rétablir des vérités sur tous les sujets, sauf un. Pourquoi ? Y aurait-il des choses à cacher ? Le rôle du sionisme dans le génocide par exemple ? Ou l’exactitude des chiffres ? Quoi qu’il en soit, Les juifs sionistes nous balancent dans la gueule en permanence notre culpabilité de collaboration avec les nazis. Quant à la mémoire qu’on Nous ressasse en permanence, elle est Une et Indivisible. La Seconde Guerre mondiale n’est plus enseignée, si ce n’est dans sa dimension génocidaire, surtout des juifs, et particulièrement d’Auschwitz. Vous me suivez ?....


  • Enabomber Enabomber 29 juin 2017 14:49

    Bonne idée, discutons du sexe des anges, ça va terroriser les oligarques.


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 29 juin 2017 20:12

    Comment peut-on parler de « gouvernance » et de « démocratie », en faisant abstraction de l’ Union européenne ??? Les intellectuels français ont une manière particulière d’aborder les sujets : on part des idées, pas de la réalité, puis on essaye en vain de faire entrer la réalité dans les idées...


    Il vaudrait mieux d’abord partir de l’analyse politique de la réalité, non ?
    Parler de démocratie, c’est parler du pouvoir, ce qui va bien au delà des procédures de désignation !

    Qui détient le pouvoir en dernier ressort ?
    Qui décide de faire tourner la planche à billet ?
    Qui gère la monnaie ?
    Qui fait les lois ?
    Qui décide de la politique économique et sociale ?
    Qui décide des guerres au Moyen orient ?
    Qui décide d’autoriser les pesticides dans le bio ? etc

    Normalement, c’est le peuple. C’est écrit dans la Constitution. Rêve !!

    Dans la vraie vie, dans la réalité vraie, quand on est dans l’ UE, ce sont les Traités qui décident.
    Et des Institutions peuplées de Mamamouchis élus par personne : la BCE, le FMI, l’OTAN et la Commission européenne. Plus des milliers de lobbies qui grenouillent à Bruxelles, et qui préparent les lois, qu’ils fourguent à la Commission européenne. (80% de nos lois sont d’origine européenne )

    Quand des non élus décident à la place des peuples, cela s’appelle une dictature.
    « UPR - L’Europe, la mise en place d’une dictature ».

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