mardi 12 mai 2015 - par roman_garev

Un nouveau monde à l’avis de Pékin

Le résumé du rapport ouvrant la conférence scientifique et pratique sino-russe « La Chine et la Russie dans le monde en train de changer », Pékin, le 4 mai 2015

Traduit du russe pas roman_garev

Tendances fondamentales du développement global : la fin du marché

Nous vivons dans une époque délicieuse et incroyablement intéressante, quand toutes les normes et règles habituelles s’écroulent et se construisent de nouveau, et les possibilités d’une création historique sont illimitées, quoi qu'elles coûtent cher.

La crise économique globale masque la transition de l’humanité à un état qualitativement nouveau. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) changent la nature du développement : si auparavant nous changions l’ambiance, à présent nous changeons de plus en plus notre perception de cette ambiance (car le modèle le plus rentable des types du business à la portée de tous, c’est à présent la formation de la conscience). Si la biotechnologie commence à être appliquée en masse, nous changerons nous-mêmes.

La motivation de la société a changé : les gens ont commencé à sacrifier délibérément leurs intérêts en faveur de leurs émotions. Une fois les besoins matériels primaires satisfaits, la faim sensorielle est devenue le problème essentiel de la société : ce n’est plus le manque de biens matériels ou spirituels qui motive, mais celui d’émotions.

Les états ont pris une position subordonnée par rapport au business global et à la classe dirigeante globale exprimant ses intérêts et devenue la puissance mondiale la plus influente.

Le haut degré de la productivité des TIC diminue de plus en plus la quantité des gens nécessaire à la production des biens matériels. Qui plus est, l’élévation du business global au-dessus des états a déjà fait dominer la logique de l’efficacité du point de vue d’une compagnie à part, et pas de la société. C’est pourquoi le problème de « gens de trop », dégagés à cause des technologies superproductives, a cessé d’être pris en considération, étant considéré en tant que problème par la société, et pas par cette compagnie.

Le résultat en est la déshumanisation (car l’humain est devenu de trop, il a cessé d’être un instrument à tirer un bénéfice, donc a cessé d’être nécessaire aux puissances mondiales les plus influentes) et le recyclage social de la classe moyenne (chez laquelle le déséquilibre entre son produit et sa consommation est maximum et qui n’est pas dotée d’influence pour se défendre), même dans les pays développés.

Cela détruit la démocratie traditionnelle (qui existe en nom et au nom de la classe moyenne) en la remplaçant par la dictature de l’information dans les intérêts du business global.

La liquidation de la classe moyenne détruit l’économie du marché, car c’est cette classe-ci qui présente la demande la plus considérable, et le marché sans demande n’est plus un marché.

Les relations du marché vidées de manifestent dans le fait que le bénéfice a cessé d’être même un mauvais succédané de la raison de vivre. Une seule alternative en est l’autodéveloppement de la personnalité, mais c’est une voie trop compliquée et qui nie en surplus la motivation commerciale. C’est pourquoi l’Occident a trouvé une voie provisoire de recyclage de la population « de trop ». Mais justement à cause de son inhumanité cette voie ne peut être que provisoire. Ce n’est pas une voie à nous, ni aux Chinois ni aux Russes.

L’argent perd son importance en cédant sa place aux technologies, non seulement en tant qu’un symbole et un instrument du succès social, mais aussi en tant qu’un porteur immédiat et un interprète du rapport social le plus important.

Les technologies embrassent et absorbent le capital, tout comme le capital avait jadis absorbé l’or en tant qu’un interprète des rapports sociaux. La première place, du point de vue de l’importance, est peu à peu prise par les technologies de gestion des sentiments des masses humaines, tandis que l’importance des techniques de production qui nous sont familières diminue implacablement.

Le monde en dépression globale : deux pôles, trois devises

La crise économique est provoquée par la formation du marché global, par l’apparition au sein de ce marché des monopoles globaux et par leur putréfaction se manifestant en réduction de la demande commerciale. Afin de prévenir un piqué vers la dépression les grandes économies se voient obligées de remplacer la demande commerciale baissante par celle de l’état, laquelle est croissante (pour le compte de l’émission de l’argent).

Les pays développés sont privés de la possibilité des investissements en masse en production, donc la croissance de la demande de l’état n’est pas un investissement, mais une dispensation de l’argent qui se traduit en croissance des dettes.

Au début de ce siècle les États-Unis poussaient les capitaux du monde dans leurs obligations par « l’exportation du chaos », mais après la crise des ans 2008-2009 cette stratégie a cessé de fonctionner (la part essentielle de l’accroissement de la dette a commencé à être financée par la Réserve Fédérale, FRS). La stratégie des E.U. envers « l’État islamique » et l’Ukraine permet de supposer la transition de la stratégie du financement de la dette à celle de son inscription au compte des pertes au moyen d’allumer la 3ème guerre mondiale. C’est le danger essentiel du temps présent.

Mais même sans cela la putréfaction des monopoles globaux transforme la demande en valeur essentielle, et les états se mettent à la défendre en renforçant les barrières protectionnistes, ce qui mène objectivement à la désintégration du marché global en macro-régions.

Ce processus finira lors de la piquée du monde vers la dépression globale. Pourtant ses résultats, une sorte « d’équilibre intermédiaire », émergent déjà. Dans la politique c’est la restitution de l’opposition bipolaire, cette fois-ci à titre d’une concurrence entre les E.U. et la Chine devant la Russie, l’U.E., le Japon, l’Inde en tant que « puissances du 2ème niveau » modérant cette opposition et ne lui permettant pas de devenir subversive. Sur le niveau global cela s’exprimera en opposition des capitaux chinois, y compris ceux de l’état, aux capitaux occidentaux dans le cadre de la classe dirigeante globale.

Dans l’économie, le partage du marché global financier en trois zones, celles du dollar, de l’euro et du yuan, s’ébauche et devient évident. Ce sera un monde extrêmement tendu et instable.

La Chine, en raison de tout un ensemble de ses processus internes, ralentira peu à peu sa croissance, ce qui deviendra un catalyseur d'un plongeon mondial vers la dépression et forcera sa désintégration en macro-régions. Cela frappera la Chine même en limitant son accès aux marchés de l’Occident.

Ce scénario exige l’élaboration d’une réaction préventive, fondée, entre autre, sur l’approfondissement et la rationalisation de la coopération complexe avec la Russie.

Coopération Russie-Chine : tâches et directions

Le gage de notre coopération, c’est que nos potentiels font la paire. À nous deux, nous avons à élaborer une vision globale commune des problèmes du développement de l’humanité et des méthodes de leur résolution.

Le monde plonge dans un nouveau moyen âge, donc notre tâche stratégique est de protéger nos peuples des trois processus fondamentaux de l’époque actuelle, étroitement liés et conditionnés mutuellement :

  1. La cessation du progrès technologique véritable (la commercialisation des principes techniques, découverts lors de la guerre froide, continue et apporte des résultats fantastiques, quoiqu’au cercle des gens de plus en plus restreint, mais la découverte de ces principes en soi a cessé) ;
  2. L’archaïsation de la culture de la vie quotidienne : la dégradation de l’instruction, de la santé publique, de la pensée logique, du ciblage et du comportement rationnels, l’atomisation de la société et sa transformation en castes nouvelles, privées de solidarité ainsi que de concurrence ;
  3. La déshumanisation de la société.

La tâche-clef, c’est une jonction harmonieuse de la puissance chinoise en production et en technologie et de l’aptitude de la culture russe à réunir en soi l’humanisme et le progrès technique et à trouver des solutions insolites. Nos deux pays peuvent entrer en symbiose de solidarité et de concurrence, difficile à percevoir du point de vue de la logique formelle occidentale, mais formant un tout organique en vertu de sa dialectique pour la culture russe (au moins).

La tendance principale du développement politique contemporain de l’humanité, c’est, à notre avis, la lutte de libération nationale des peuples contre le business global et la classe dirigeante globale exprimant ses intérêts. Ces derniers possèdent un pouvoir énorme, sont libres de toute responsabilité devant ceux qui subissent l’influence de leurs actions et sont agressivement hostiles à toute forme d’isolement, y compris à titre d’états.

Le business global exprimant l’économie du marché vidée impose aux peuples un niveau de concurrence qui leur est insupportable. Cette concurrence-ci détruit des pays et des régions tout entières, prive les peuples de leur futur, et dans les pays développés précipite la masse essentielle de la population dans la pauvreté (en E.U. en 2013 le salaire moyen réel égalait celui de 1958, et en Grande-Bretagne la plupart de la classe moyenne tend vers la pauvreté, « au niveau du pain » ce qui est devenu un terme sociologique reconnu).

Les peuples se révoltent contre cela, comme par exemple l’Amérique latine qui renonce au partenariat politique avec les E.U. (leur isolation a contraint Obama à reconnaître le Cuba) ou bien la croissance de l’influence des patriotes (peu importe, de la gauche ou de la droite) dans l’U.E. La création d’une nouvelle Internationale, Patriotique cette fois-ci, est à l’ordre du jour pour contrebalancer la classe dirigeante globale, car les contradictions entre certains pays et certains peuples s’avèrent futiles devant leur contradiction commune avec le business global déniant leur existence même.

La Chine, en tant qu’un participant-clef de la globalisation, est incorporée par son business (y compris celui de l’état) et par ses autres représentants dans la classe dirigeante globale. Pourtant en vertu de la proximité de l’élite chinoise à son peuple, cette élite n’a pas trahi les intérêts de la Chine et demeure sa partie intégrante sans devenir, pareillement aux élites de plusieurs autres pays, une partie de la classe globale gérant son pays dans les intérêts de cette classe.

La levée de la protection de brevets à l’impression 3D et sa diffusion est un indice de ce que l’élite chinoise n’est pas accueillie par la classe dirigeante globale et est condamnée par cette classe à l’extermination (au moins, en tant qu’une force de l’importance globale).

Le pouvoir politique de la Russie avec Poutine à la tête se trouve dans une situation similaire, pour des raisons semblables du point de vue des valeurs.

Les États-Unis ont réussi à faire sauter la réintégration de l’espace post-soviétique par la Russie au moyen d’un coup d’État en Ukraine et de la formation d’un état nazi sur son territoire.

La catastrophe ukrainienne a créé une nouvelle réalité, dans laquelle le projet d’intégration avancé par la Russie non seulement n’est pas en contradiction avec celui de la Chine ni en concurrence avec lui, mais en fait harmonieusement la paire.

C’est une cause objective non seulement de la nécessité, mais aussi de la possibilité de l’unification de nos efforts en concurrence globale. La base d’une telle unification, c’est le patriotisme, par lequel nous entendons la loyauté à son peuple comme contrepoids au libéralisme en tant que la loyauté au business global.

Dans le plan de la politique socio-économique le porte-parole de ce système des valeurs, c’est le Consensus de Pékin (comme contrepoids à celui de Washington), orienté vers le développement du pays, assuré par l’État, dans les intérêts du peuple, et pas dans les intérêts du business global.

(À suivre.)



3 réactions


  • Scual 12 mai 2015 11:03

    C’est une très bonne analyse même si en ce qui concerne la découverte de progrès technologiques, c’est tout simplement faux. Le jour où les intérêts économiques pousseront ceux qui possèdent ces technologies à les exploiter, et ces raisons arriveront même si elles pourraient se matérialiser sous forme de guerre, le monde changera de nature comme il a changé de nature en passant du charbon au pétrole ou avec l’arrivée de l’ère atomique.

    La quantité de technologies majeures en gestation ou en stand-by qui n’attendent que les financements qui n’arrivent pas à cause de leur incompatibilité avec la rente de situation du capital ou les intérêts stratégiques des grandes puissances scientifiques, tout ce qui volera en éclat lors de la fin du dollar, est supérieure à ce que l’humanité à connu jusqu’ici dans son histoire.

    Il est malheureusement impossible de deviner à quoi ressemblera le monde d’après s’il en reste un mais je doute fortement de l’avènement d’un nouveau moyen-age, ce qui ressemble à une grande contre-révolution mondiale depuis 20 ans subira comme un élastique un retournement de situation brutal quand l’immense majorité de l’humanité à savoir les pays émergeant verront leur niveau d’éducation couplé à leur démographie jeune atteindre le seuil critique.


  • Bergegoviers Bergegoviers 13 mai 2015 02:03

    En lisant un tel rapport on pourrait se poser des questions sur le niveau intellectuel des « élites » occidentales.

    Heureusement que nous évitons de le faire car la réponse serait effroyable.

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