vendredi 15 mai 2015 - par roman_garev

Un nouveau monde à l’avis de Pékin (II) : « On va le créer avec la Russie »

Le résumé du rapport ouvrant la conférence scientifique et pratique sino-russe « La Chine et la Russie dans le monde en train de changer » (fin), Pékin, le 4 mai 2015

Traduit du russe pas roman_garev

Lire la 1ère partie de l’article sur Agoravox

Coopération Russie-Chine : tâches et directions (suite)

La réunion des BRICS est en train de se former sur la base des aspirations individuelles des pays participants vers le Consensus de Pékin. Les traits essentiels des BRICS sont les suivants :

  1. La dirigeabilité dans les intérêts de la société, sacrifiant le particulier en faveur de l’entier et les intérêts tactiques en faveur des stratégiques (traitée dans la tradition occidentale en tant que « l’autoritarisme ») ;
  2. La gradation des transformations assurant l’adaptation psychologique et culturelle de la société ;
  3. Des innovations flexibles et des expériences avec le retour permanent de l’information permettant d’y apporter des ajustements ;
  4. Le soutien scientifique de la gestion de la société ;
  5. Le développement du marché dans les intérêts de la société sous le contrôle de l’État et, le cas échéant, avec sa participation directe (dans la tradition occidentale « le capitalisme d’État comme contrepoids à la planification centralisée socialiste comme à l’économie libérale du marché ») ;
  6. L’État assumant les fonctions indispensables à la société, mais ne pouvant pas être remplies par la société elle-même ;
  7. Le compte rendu maximum possible, à chaque moment donné, des opinions et des intérêts de la société (« la démocratie de la société traditionnelle », orientée non vers les institutions en soi, qui se mettent à poursuivre leurs propres intérêts, mais vers la satisfaction du besoin social ;
  8. Le développement maximum possible, à chaque moment donné, du potentiel humain.

La transformation du Consensus de Pékin en nouvelle norme de la politique d’État pour un nombre croissant des pays ouvre des nouvelles perspectives pour, entre autre, la collaboration bilatérale russo-chinoise.

Les directions les plus importantes de cette collaboration, à notre avis, sont les suivantes :

  1. La reprise du projet envisageant la création de la voie marchande terrestre – la composante économique de la Grande route de la soie – avec l’institution dans la Crimée d’un dépôt commercial de distribution vers la Grèce, les Balkans, l’Europe de l’Est et centrale. La route marchande maritime en soi peut être coupée à n’importe quel moment par les États-Unis, mais la présence de son double terrestre rendra des telles tentatives dénuées de sens, donc peu probables.
  2. L’institution d’une structure financière unie non-occidentale à tous les niveaux (en commençant par un réseau interbancaire qui serait une analogie du réseau SWIFT et en finissant par tout un système de nos propres agences d’évaluation financière, qui seraient reconnues dans le monde entier.
  3. La transformation du yuan en monnaie de réserve mondiale sur la base de l’introduction de sa couverture-or. Cela haussera la demande de yuans et affermira notre monnaie, tout en élargissant et en approfondissant d’une façon décisive l’influence de la Chine, mais tout cela devra être payé par l’abaissement de la compétitivité. De sorte que pour résoudre cette tâche il faut réduire la dépendance de la Chine de la part de l’exportation. La transformation du yuan en monnaie de réserve mondiale qui détruira l’hégémonie des États-Unis, c’est, à notre avis, le seul moyen d’éviter une 3ème guerre mondiale déclenchée par les États-Unis afin de retrancher leurs dettes notoirement irrévocables.
  4. La création de l’infrastructure des consultations permanentes aux niveaux d’experts, de savants, de la gestion corporative et d’État qui assurerait l’élaboration et le maintien de la compréhension mutuelle, de l’ordre du jour commun et servirait de base institutionnelle pour la collaboration étroite.
  5. Les échanges culturels, qui atténueront la barrière entre les civilisations et hausseront la qualité de la collaboration quotidienne.

C’est à nous deux, à la Chine et à la Russie, d’arrêter les activités de toute sorte du business global tendues vers le but de sauver les États-Unis et conserver leur hégémonie pour le compte de la destruction du reste du monde.

Il n’y a qu’un seul moyen de le faire, celui de créer une nouvelle réalité, une réalité juste, un nouveau monde au lieu de celui qui est en train de s’effondrer sous nos yeux.

Qui nous empêche ?

L’adversaire le plus évident de notre collaboration, c’est l’Occident, et en premier lieu les États-Unis. Rien n’a changé depuis l’époque, quand ils estimaient la rupture de notre partenariat stratégique en tant qu’un seul contenu d’un « redémarrage » proposé à la Russie.

Pourtant les bureaucraties nationales de l’Occident, y compris celle des E.U., dans son ensemble ne sont que des marionnettes du business global. Il est hétérogène, mais sa partie qui vise à la conservation du marché global et de l’architecture financière en état actuel, ainsi que son autre partie qui vise à la destruction du monde afin de conserver la prospérité des États-Unis, sont des adversaires irréconciliables de la Russie comme de la Chine et comme de notre partenariat.

Il va de soi que le business global va saper notre coopération non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur, en premier lieu par l’intermédiaire du clan libéral de la Russie qui effectue le contrôle total de la politique socio-économique du pays. Certains de ses représentants font des avances à la Chine, mais ce sont eux qui présentent le problème majeur pour le développement de nos relations.

En dehors d’adversaires globaux, les locaux vont aussi empêcher notre collaboration, quoique au moindre degré.

Primo, ce sont des patriotes sincères, mais à courte vue, de la Russie comme de la Chine, concentrés sur des problèmes locaux sans avoir une vision stratégique. Cela les pousse à insister sur des contradictions, pourtant naturelles, du développement bilatéral, lesquelles, sans ce gonflement artificiel, seraient résolues d’une façon routinière, lors des pourparlers quotidiens.

Ce problème est à résoudre par voie du développement du système d’obligations mutuelles en vigueur qui aurait neutralisé des craintes comme des espoirs excessifs, ainsi que par voie du travail préventif avec des porteurs de telles vues qui couperait court à leur diffusion et enracinement. Comme ces vues reflètent la faiblesse et la basse efficacité de la Russie, la normalisation de l’état et la transition du pillage de l’héritage soviétique à la modernisation et au développement du pays les neutraliseraient automatiquement et lèveraient les inconvénients existants.

Un autre problème local, ce sont des voisins régionaux (du Vietnam aux pays baltes) qui craignent tout affermissement de leur voisin tout simplement en vertu de son échelle, ainsi que des pays tels que l’Inde qui craignent un changement même de l’équilibre global. Pour résoudre ce problème avec des voisins consciencieux, il faut leur expliquer le sens et les suites de chacun de nos pas en leur proposant chaque fois de se joindre à tout projet leur présentant l’intérêt. Quant aux voisins peu consciencieux, il ne reste qu’à les retenir, car ils sont des représentants du business global.

Un gros problème, c’est Taïwan. Ses jeunes gens sont indisposés contre la Chine, l’année dernière ses représentants se sont emparés de l’édifice du parlement et le retenaient pendant trois mois. Les élections de 2017 amèneront au pouvoir des nationalistes qui pourraient proclamer l’indépendance, ce qui d’après les lois de la Chine la contraindrait à commencer la guerre. Les États-Unis sont intéressés à une telle tournure, d’autant plus qu’en 2018 on s’attend à l’entrée en service de trois porte-avions chinois, ce qui changera le bilan des forces d’une façon cardinale et de ce fait est inadmissible pour les États-Unis.

L’aggravation de la crise de Taïwan rapprochera la Chine et la Russie d’une façon objective (de même que la catastrophe ukrainienne l’a fait), mais le prix d’un tel rapprochement est inadmissible.

Un adversaire à part de la coopération russo-chinoise, c’est le Japon, mais on lui a ôté la possibilité de mener une politique active. Le Japon voudrait activer sa collaboration avec la Russie afin d’un affaiblissement potentiel de la Chine, mais ne peut pas le faire, car cela contredit les intérêts globaux des États-Unis à réprimer la Russie. En même temps le Japon ne peut pas hausser le niveau de son indépendance envers les États-Unis de peur de perdre une partie du marché états-unien qui lui est nécessaire.

Qui nous aidera ?

Un allié important au renforcement de la coopération entre nos deux pays, c’est la partie du business global qui vise à la division du monde en macro-régions, ce qui lui permettrait de gagner de l’argent et en influence en organisant leur interaction. Il nous faut révéler telles structures et les renforcer.

Un autre aillé, c’est l’intérêt commercial des pays de l’Occident qui devient de plus en plus aigu dans la mesure de croissance de la crise globale et de rétrécissement de la demande. Les sanctions de l’U.E. contre la Russie démontrent que cet intérêt ne se manifestera point sans une stimulation politique de notre part. Mais le soutien par la Grande-Bretagne, et ensuite par l’Allemagne et par la France de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures montre que grâce à une certaine habileté on peut se servir des intérêts commerciaux de l’Occident contre ses intérêts stratégiques.

=====

Jusqu’à présent les relations russo-chinoises se développaient plutôt spontanément, sous l’influence des intérêts commerciaux. D’où leur insuffisance et leur nature passive par rapport au monde qui nous entoure.

Mais il suffit de s’acquérir d’une façon de les interpréter dans le contexte du développement global, de toute la panoplie des problèmes s’imposant devant le monde, pour non seulement les intensifier et leur conférer le caractère vraiment complexe, mais aussi d’en faire un instrument d’une transformation profonde de toute l’humanité contemporaine dans les intérêts de nos peuples.

C’est pourquoi un allié objectif de la coopération russo-chinoise, c’est toute l’humanité, tous les peuples, auxquels nous, au-dessus des gouvernements et des corporations globales, nous devons proposer un nouveau modèle du développement socio-économique et tout simplement personnel.

Mais pour cela nous devons d’abord l’élaborer, ce modèle.

Collègues, on a à créer ensemble un nouveau monde, car l’ancien a pris fin.



6 réactions


  • Dom66 Dom66 15 mai 2015 18:13

    Merci Roman pour cet (Traduction) Article,

    C’est dommage que l’EU reste attaché et aux ordres des USA, avec un avenir incertain aussi bien économiquement (TAFTA OGM Gaz de Schiste)  que sur le plan de la guerre ou  de la paix.  

    L’avenir économique qu’on le veuille ou non est avec L’Est et en particulier avec la Russie et l’Inde.

    Mais, c’est bien mal barré avec nos dirigeants,  il n’y a qu’à voir le comportement de Flamby avec les Mistrals, c’est bien dommage puisque c’est notre pognon, mais j’espère que les Russes n’accepterons pas la proposition indécente d’hollandouille, à ce sujet.


  • Laurent 47 15 mai 2015 23:49

    Bilan de la nullité de nos gouvernements successifs sur le plan économique, et en particulier de celui que nous subissons actuellement :
    2.000.000.000 € à rembourser à la Russie ( non-respect du contrat des Mistral ).
    Seulement 34 Rafale vendus à l’Inde ( partenaire militaire de la Russie ), alors que 126 devaient être vendus ! ( cherchez où est l’erreur )
    Tous les marchés agricoles d’exportation vers la Russie perdus. ( embargo russe )
    Marché de construction du TGV Moscou-Pékin, qu’Alsthom avait remporté contre Siemens, perdu ( c’est une entreprise chinoise qui va s’en occuper ).
    Grosses incertitudes sur le sort des 650 entreprises françaises qui sont implantées en Russie, et qui peuvent être remplacées par des entreprises chinoises, si l’on continue à asticoter Poutine, ( alors qu’il est le seul à s’élever contre le nazisme en Ukraine, contrairement à Fabius qui est allé les encourager à Kiev )
    Nos forces aériennes engagées dans des conflits provoqués par les Etats-Unis, dont nous défendons les seuls intérêts, alors que avons à peine les moyens de défendre notre propre territoire.
    Les Etats-Unis s’imposent même pour le choix de nos véhicules militaires, alors que dans le même temps, Airbus qui avait signé le marché des avions ravitailleurs de l’ U.S. Air Force, s’est vu supplanté par Boeing.
    Et je ne parle pas de la merde ( je n’ai pas trouvé d’autre mot ) qu’ils vont nous obliger à avaler, avec leur TAFTA.
    Comme je n’ai rien à reprocher à la Russie, et tout aux Etats-Unis, ( quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi ils sont plus fréquentables que la Russie ), si notre gouvernement de guignols continue dans son attitude belliciste, et si nous restons dans cette Europe et cet OTAN qui nous ont été imposés, j’irai à la pêche !
    De tous temps, la Russie a été l’amie de la France, et un important partenaire économique, ce qui n’a jamais été le cas des Etats-Unis, qui font tout pour nous entraîner dans une guerre régionale rendant impossible une alliance Europe-Russie.
    Mais il n’y a pas au gouvernement un seul cerveau qui se soit rendu compte qu’on se faisait rouler dans la farine !
    Alors, quel intérêt y a-t-il à voter dans une dictature dirigée par des incapables ?


    • Dom66 Dom66 16 mai 2015 00:42

      @Laurent 47

      Bravo pour votre coup de gueule qui est aussi le mien. Je signe + 1000 à votre commentaire.

      Je pense que cette fois les socialistes vont morfler. Hollandouille fait honte à la France.

      Normandie niemen, la France t’a oubliée smiley

       

       


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 16 mai 2015 07:02

    Bonjour,
    Les méthodes utilisées par les USA montrent leurs limites : ils utilisent les mêmes méthodes depuis le Vietnam, coups d’états, ingérence, diviser pour mieux régner, on tire d’abord, on réfléchit après ...


    Pendant ce temps, en Russie et en Chine, on pratique l’art de la guerre de Sun Tzu :
    Ne jamais être où l’ennemi vous attend, et jamais deux fois la même tactique. Applications de la méthode pour la Crimée :
    - « Gagner la guerre sans combattre » partie 1
    - « Gagner la guerre sans combattre » partie 2
    C’est autrement plus efficace que les jeux vidéos des cowboys yankees.

    D’autant que la Russie dispose d’armes de défense sans parades connues. La Russie est même capable de déconnecter toute l’électronique d’un navire.
    La messe est dite.

    Pendant que Hollande continue son cirque avec les Mistrals, John Kerry semble avoir pris la mesure des réalités :
    1- La Russie ne reculera pas.
    2- La Russie est prête à la guerre.
    3- L’Ukraine occupée par les nazis s’effondre
    4- La Russie n’est pas isolée, elle est soutenue par la plupart des pays du monde
    5- L’ensemble de la politique américaine envers la Russie a échoué.

  • TSS 16 mai 2015 20:14

    L’avenir de la France c’est les BRICS (Chine,Russie,Inde) et non pas les USA qui

    ont mis le grappin sur nos dirigeants depuis le plan Marshall !! Le seul à avoir resisté :

    De Gaulle ... !!


  • lloreen 17 mai 2015 09:07

    « Comment arriver à mettre sous camisole de force ces prédateurs actuels ? »

    De la même façon que ces prédateurs traitent leurs opposants : en les mettant en prison ou dans les centres psychiatriques. Il est temps de comprendre que ce qui vaut pour les uns vaut aussi pour les autres.
    Celui qui cause du tort même minime prend le chemin du pénitencier donc à plus forte raison, le processus doit être le même pour ceux qui causent du tort à des centaines, des milliers ou des millions d’ individus.
    Des théories fumeuses comme le « to big to fail » n’ existe que dans des cerveaux dérangés. Il faut appliquer la brillante idée des prédateurs eux-mêmes, celle de la « tolérance zéro », qu’ ils savent si bien appliquer aux autres.

    Plus le crime est gros et plus il doit être pris à bras le corps pour faire émerger un nouveau paradigme. C’ est ce que les dirigeants des BRICS ont compris en s’ alliant pour contrer les visées hégémoniques et donner les chances d’aboutissement à une nouvelle vision.

    Nous sommes dans une période charnière où les populations signalent lors des élections en s’ abstenant de façon de plus en plus marquée qu’ elles veulent prendre part au processus décisionnel car dans aucun pays (à part peut-être la Grèce antique...) la réelle démocratie a été appliquée.

    Beaucoup commencent à comprendre à quel point l’ opinion publique est trompée depuis plusieurs siècles.
    Pour l’ instant, la politique menée par Monsieur Poutine et ses alliés (BRICS) fait apparaître de façon évidente à quel point les populations européennes sont malmenées depuis des siècles.Durement éprouvées directement par trois conflits (1870-71,1914-18,1939-45), elles le sont tout autant de façon plus insidieuse par le biais de crises incessantes (précarité, chômage, endettement).
    L’ épisode des pseudo-sanctions « contre la Russie » fait apparaître clairement qu’ elles visent essentiellement l’ économie des pays européens, puisque ce sont eux qui trinquent...l’ épisode tragi-comique des frégates françaises, ou le gel des contrats de l’ Allemagne en étant la preuve.

    Pour l’ instant, l’ alliance des BRICS concerne un changement au niveau financier puisqu’ ils envisagent l’ alternative à la suprématie du dollar, dont chacun sait qu’ il est devenu de la monnaie de singe (comme l’ euro aussi, d’ ailleurs...) depuis 1971 et la fin de la parité avec l’ or.
    L ’entreprise des BRICS est louable mais rien ne changera pour la population européenne si elle ne prend pas elle-même son avenir en mains.

    On voit les « lois » (dictats) restrictives se mettre en place à pas feutrés et cela n’ est pas anodin dans le contexte que l’ on connaît.
    En tous les cas, le but est clairement identifié : mettre les populations sous contrôle en bonne et due forme et cela n’ est jamais bon signe.


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