vendredi 14 décembre 2018 - par Martin de Wallon

Une condamnation à huit mois avec sursis dans l’affaire Penelope Fillon

Le propriétaire de La Revue des deux mondes, Marc Ladreit de Lacharrière, accusé d'avoir accordé dans ce média un emploi de complaisance à Penelope Fillon, a été condamné à huit mois avec sursis et 375.000 euros d’amende pour abus de biens sociaux.

Nul n'a été surpris à l'annonce de cette condamnation, puisque Marc Ladreit de Lacharrière avait déjà plaidé coupable lors de la clôture de l'enquête. C'est donc logiquement que l'homme d'affaires, mis en examen le 12 mai 2017 pour abus de biens sociaux, a été condamné mardi dernier, lors d'une audience publique, à huit mois de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende dans le cadre de l'affaire dite du « Penelopegate ». Il s'agit de la première condamnation dans cet affaire d'emplois fictifs dont auraient bénéficié la femme et les enfants de François Fillon et qui a largement contribué à l'échec du candidat de la droite à la dernière élection présidentielle.

Lors d’une « comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité » à Paris, le tribunal de grande instance a entériné la sanction proposée par le Parquet national financier et acceptée par l’entrepreneur dans le cadre d’une procédure de « plaider coupable ». La peine infligée à Marc Ladreit de Lacharrière ne figurera cependant pas au bulletin numéro 2 de son casier judiciaire. Encore une fois, des faits de « délinquance en col blanc », dont l'abus de biens sociaux est un cas particulier, conduisent donc à une sanction mineure.

Les soupçons d’emplois fictifs dont auraient profité Mme Fillon, mais aussi les enfants de François Fillon lorsqu'ils étaient les assistants parlementaires de celui-ci, ont précipité la chute dans les sondages du candidat de la droite, qui faisait pourtant figure de favori dans la course à l’élection présidentielle de 2017. Mais les investigations de la justice, achevées depuis mi-octobre, portaient également sur le salaire perçu par son épouse (3.500 euros net par mois) de mai 2012 à décembre 2013 en tant que lectrice à la Revue des deux mondes. Le but de ces investigations étant d'établir si la rémunération accordée par Marc Ladreit de Lacharrière à Mme Fillon était excessive au vu du travail fourni.

Penelope Fillon a-t-elle effectivement bénéficié d’un emploi de complaisance ? Il semble que, à défaut de complaisance, elle ait en tout cas bénéficié de bienveillance puisque Penelope Fillon n’a, dans la Revue des deux Mondes, publié sur la période concernée que deux notes de lecture. Penelope a également indiqué au JDD avoir remis aux enquêteurs dix notes de lecture. Elle n'aurait cependant, selon elle, reçu de la rédaction aucun retour sur ces notes, ce qui expliquerait pourquoi seulement deux ont été publiées. Considérant « ce silence comme une certain hostilité à (s)on égard », elle aurait alors choisi de démissionner. Elle a assuré par ailleurs avoir joué un rôle de conseiller éditorial auprès de Marc Ladreit de Lacharrière : « J'ai eu des discussions régulières au début, moins régulières ensuite, avec Marc Ladreit de Lacharrière, car il voulait changer la politique éditoriale de la Revue. Il pensait qu'avec mon background anglo-saxon, je pourrais l'aider », a déclaré la femme d'origine galloise.

Marc Ladreit de Lacharrière a reconnu avoir rémunéré « de manière excessive » Penelope Fillon en 2012, puis pour des prestations « fictives » en 2013, pour un total de 135.000 euros environ. « Je regrette beaucoup, pendant cette période, de n’avoir pas suivi suffisamment bien les travaux de Penelope Fillon », a-t-il déclaré. Le mobile de l'abus tient sans doute aux relations étroites qu'entretient Marc Ladreit de Lacharrière avec François Fillon, avec lequel il partage aussi des opinions politiques proches. Le patron de la société Fimalac, est en effet un ami de l'ancien Premier ministre, mais aussi un de ses soutiens actifs. L'entrepreneur a d'ailleurs fait en 2013 un prêt de 50.000 euros à l'élu, que ce dernier n'a pas fait figurer dans sa déclaration de patrimoine réalisée avant son entrée officielle en campagne, le 30 janvier 2017.

Le « plaider-coupable » de l'homme d'affaires vient contredire la défense du couple Fillon. Ce dernier a toujours nié le caractère fictif des emplois de Penelope Fillon à l’Assemblée nationale et dans la Revue des deux mondes. Mis en examen pour « détournement de fonds publics » et « complicité et recel d’abus de bien sociaux », François Fillon attend désormais les réquisitions du parquet et la décision des juges de le renvoyer ou non devant le tribunal correctionnel, au côté de son épouse et de son ancien suppléant parlementaire.



14 réactions


  • Esprit Critique 14 décembre 2018 18:39

    « ....« Je regrette beaucoup, pendant cette période, de n’avoir pas suivi suffisamment bien les travaux de Penelope Fillon », ….. »

    Marc Ladreit de Lacharrière, si j’ai bien compris a seulement reconnu qu’il avait été négligeant, trop confiant, en regardant pas assez au dessus de l’épaule de Pénélope pour voir si elle faisait bien son travail. A partir de la Il n’y a plus d’affaire Penelope concernant cet aspect de l’affaire Fillon. Ce n’était qu’une fainéante ….

    L’aspect « Costumes » a été revendiqué comme une manipulation volontaire et manichéenne par le truand représentant en armes. Fillon est donc une sorte de victime naïve et abusée …..

    Quand aux salaires d’assistante déclarés a Pénélope, strictement rien ne permet de poursuivre, aucun texte n’interdisait a l’époque cette pratique courante.

    Il est temps de trainer devant les tribunaux celui qui a manigancé le sabotage de l’expression démocratique dans ce pays. je ne vois que Macron ministre des finances et ou Hollande pou avoir commis ces faits.


    • Martin de Wallon Martin de Wallon 15 décembre 2018 01:27

      @Esprit Critique Lacharrière a plaidé coupable et reconnu l’abus de bien sociaux, ajoutant ainsi foi à l’accusation d’emploi fictif. L’affaire Penelope est loin d’être close.


    • Fergus Fergus 15 décembre 2018 11:05

      Bonjour, Esprit Critique

      « 
      Ce n’était qu’une fainéante »

      Non, c’était bel et bien un emploi fictif très grassement rémunéré que 2 petites notes de lecture ont tenté de camoufler dans un premier temps. 

      Le plaider-coupable de Ladreit de Lacharrière et sa condamnation par les magistrats valident cette vérité judiciaire !

      « Quand aux salaires d’assistante déclarés a Pénélope, strictement rien ne permet de poursuivre, aucun texte n’interdisait a l’époque cette pratique courante »

      N’importe quoi ! Ce qui était courant était d’employer un membre de sa famille, pas de le rémunérer ou le faire rémunérer  pour un emploi totalement fictif là aussi : pas la moindre trace de travail n’a été trouvée par les enquêteurs, que ce soit à Paris ou dans la Sarthe. Et Penelope n’a jamais eu de compte professionnel d’assistante ni même de carte professionnelle !!!

      « celui qui a manigancé le sabotage de l’expression démocratique dans ce pays »

      Je parlerais plutôt de celui qui a sauvé notre pays du scandale qu’aurait été la révélation de ces pitoyables magouilles après l’élection de Fillon. Et le responsable de la fuite est sans doute à chercher dans son propre camp !


    • troletbuse troletbuse 15 décembre 2018 11:31

      @Fergus
      Pour vous il n’y a que d’affaires que lorsqu’elles passent en justice. Mais le procureurs nommés par le PR et à leur solde décident ce qui doit être classé ou non. Donc les pires truands sont des gens honnêtes si leurs casier est vierge. Jolie, notre démocratie.


    • Esprit Critique 15 décembre 2018 18:17

      @Fergus
      Vous n’avez pas compris que l’habileté de la Défense de Ladreit de Lacharrière excuse et blanchi Penelope, ce que je trouve assez remarquable, ce n’est pas bien grave, relisez plusieurs fois …
      Pouvez vous me préciser quel texte prévoit qu’ne personne rémunérée comme faisant du secrétariat pour un élu aurait une carte, de quoi ?
       Ces épouses employées sans compter les maitresses( j’ai connu des exemples), se comptent par centaines sur 25 ans, en fonction de quoi décidez vous que Fillon serait seul coupable, les sommes versées ont été déclarées au fisc.
      Quand a votre dernière remarque et votre conception de la Démocratie, vous êtes limite dangereux, La disparition du patrimoine de Macron ça ne vous pose pas de problème ?


  • vesjem vesjem 14 décembre 2018 19:04

    juste une petite réprimande pour lui permettre de rebondir en politique (en renonçant toutefois à faire des bisous à poutine), au cas ou manu serait viré par ses mentors


    • Martin de Wallon Martin de Wallon 15 décembre 2018 01:29

      @vesjem Les ennuis judiciaires ne sont pas finis pour François Fillon. La condamnation de Lacharrière devrait plutôt inciter les juger à renvoyer l’ancien politicien en correctionnelle.


  • troletbuse troletbuse 14 décembre 2018 19:33

    Le but était l’éviction de Fillon aux présidentielles. Aujourd’hui l’intérêt de cette affaire a totalement disparu. Parce que s’il fallait s’attaquer aux emplois fictifs et autre malversations, on n’aurait plus grand monde à l’AN ni au Sénat. Enfin, il en resterait à peu près autant que lorsque les lois sont votées, c.a.d. une cinquantaine


    • Martin de Wallon Martin de Wallon 15 décembre 2018 01:31

      @troletbuse Les affaires concernant des emplois fictifs. François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Marine Le Pen sont concernées. Il faut s’attaquer à ces abus et c’est ce que fait la justice.


  • zygzornifle zygzornifle 15 décembre 2018 11:00

    Cette affaire a fait un pet nélope ....


  • zygzornifle zygzornifle 15 décembre 2018 11:04

    Les soupçons d’emplois fictifs dont auraient profité Mme Fillon, mais aussi les enfants de François Fillon

    C’est ce que l’on appelle communément un nid de vipères ....

    Par contre rien sur Macron qui aurait bouffé un SMIC par mois pendant 3 ans histoire de vider ses comptes en banque avant d’aller chez Hollan-nouille ...

    https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/250217/macron-bien-claque-un-smic-par-jour-pendant-3-ans-20-questions-lui-poser-sur


  • lloreen 15 décembre 2018 11:59

    Appel d’Eric Fiorile, le porte-parole du conseil national de transition pour l’organisation d’une conférence de la dissidence.

    "Tout mouvement doit avoir une fin. Pour une fois, nous pourrions faire en sorte que la fin des gilets jaunes ne soit pas celle souhaitée par les politiciens..."

    https://www.youtube.com/watch?v=sfCPBFIezME&feature=youtu.be


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