mardi 2 avril - par Michel J. Cuny

Une Europe sous la férule de l’intraitable bourgeoisie allemande…

 

La vidéo publiée le 20 février 2012 sur le site de Xerfi Canal (https://www.xerficanal.com/) par Alexandre Mirlicourtois commence de façon plutôt tonitruante :
« L’année 2012 est celle de tous les dangers pour la zone euro. Une zone euro passée sous leadership allemand. Et la position allemande sur la politique économique à mener tient en un mot un seul : orthodoxie.  »

Pour celles et ceux qui ne sont pas particulièrement au courant du fond des grandes questions économiques qui animent les relations entre les pays de la belle Europe, il y a une certaine surprise à entendre parler aussi directement d’un « leadership allemand ». Et alors, la Seconde Guerre mondiale, qui c’est qui l’avait perdue ?…

Certes, personne ne songe à être revanchard. Le terrain économique, ce n’est tout de même pas l’Alsace-Lorraine… Il peut bien y avoir un léger mou. D’ailleurs, comme les Allemands ont tout de même un peu bu la tasse en 1945, pourquoi ne pas leur faire une petite concession sur le terrain des gros sous… Surtout si, avec leurs Mercedes, leurs BMW et tout le reste, ils nous aident à tenir notre rang sur la scène du monde. Et dans ce contexte-là, l’euro, c’est tout de même du solide.

Oui mais, cela a un prix ! s’écrie Alexandre Mirlicourtois que toute cette affaire commence à faire un peu ruer dans les brancards… Essayons de regarder cela avec lui… L’orthodoxie allemande, comment ça marche ? Comme cela, tout simplement…
« 1- impossibilité pour la Banque centrale européenne de monétiser directement la dette publique ;
2 – généralisation de la règle d’or par les Etats membres, quitte même à l’inscrire dans les constitutions ;
3 – alignement sur le modèle mercantiliste sophistiqué. »

Ce n’est certes pas du chinois, mais tout de même… Allons-y doucement…

Le premier intitulé renvoie à l’interdiction, pour la Banque centrale européenne, de faire ce que, naguère, les Banques nationales des différents pays pouvaient faire sous certaines conditions : prêter de l’argent à leur Etat.

Ayant la responsabilité de la qualité de la monnaie nationale, elles devaient éviter d’abuser de cette liqueur un peu dangereuse pour le pays au risque de déclencher des attaques de la finance internationale (et surtout US, britannique et allemande) sur la monnaie elle-même, tout en ayant à faire face à une inflation possiblement galopante sitôt cette monnaie perçue comme plus ou moins fondante…

Restait encore la possibilité de la dévaluation : tout ce qui était produit, en France par exemple, perdait une part de sa valeur sur les marchés étrangers, y compris le travail incorporé dans les produits en question, mais aussi la part correspondant au profit… On voit le tableau. Et la crise passait jusqu’à la prochaine occasion… Souvent, c’était tout de même l’occasion d’une belle frousse, car, on comprend très bien que sitôt que l’instrument de mesure de l’activité économique d’un pays se trouve occupé à dériver, chaque intervenant de celle-ci, producteur ou consommateur, peut avoir l’impression qu’il va y perdre une partie de sa chemise…

Avec l’euro, difficile de perdre sa chemise sur ce terrain de la monnaie… Mais, à l’inverse, difficile désormais de la gagner…

Surtout si, par ailleurs et au-delà du fait de ne plus pouvoir s’endetter à bon compte, il faut mettre la main à la poche pour rembourser les… vieilles dettes, ou, tout au moins, pour les ramener à un niveau raisonnable. C’est le sens de la seconde règle de l’orthodoxie impulsée par Berlin. Voici d’ailleurs ce qu’Alexandre Mirlicourtois nous en dit :
« […] l’Allemagne a obtenu que ses principaux partenaires s’engagent à ramener leur taux d’endettement public à 60% du PIB. Seule condition ? Appliquer la fameuse règle d’or. La règle d’or c’est quoi ? C’est simplement interdire les déficits publics structurels. »

Avec un peu d’humour (agacé), voici le graphique qui nous est alors proposé… Un verre, pas plus ! Mais entrons dans le détail de la médication :
« L’Espagne prévoit de passer de 9% à 3% entre 2010 et 2013. 3% c’est la cible du gouvernement français alors que l’Italie ambitionne quasiment d’être à l’équilibre. En période de conjoncture dégradée, il ne faut pas se voiler la face, cela revient à sabrer dans les dépenses publiques et à durcir la fiscalité. »

Et voici où se situe le juge de paix qui gère tout cela, selon Alexandre Mirlicourtois :
« Enfin, c’est aligner les modèles de croissance de l’ensemble des pays de la zone sur celui de l’Allemagne. Dans une logique de développement « mercantiliste sophistiqué », la croissance se gagne à l’export et en accumulant les excédents commerciaux. Il faut donc être compétitif. »

Sous la férule allemande, il n’y a donc pas à tergiverser :
« Et la voie est toute tracée. Il faut radicalement modifier le partage des revenus au détriment des salariés. »

Quant à l’Allemagne en question, ce n’est pas nécessairement celle du peuple allemand dans sa généralité. C’est celle d’une bourgeoisie centrée autour de quelques familles élargies qui savent ce que tenir une main-d’oeuvre à sa place veut dire. Ainsi, s’il s’agit d’appliquer le modèle d’Outre-Rhin…
« Il faut, comme en Allemagne, mettre les salariés au « régime sec », c’est-à-dire limiter la hausse du coût horaire par la modération salariale. »

Par conséquent, Si l’Allemagne a fini par gagner la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi que celle-ci a fini par prendre une tournure qui a exclu la question ouvrière – et plus généralement le questionnement autour de l’exploitation de l’être humain par l’être humain – du champ de ses préoccupations. Herr Kapital s’est assuré un triomphe apparemment à peu près total…

Il va donc falloir en payer le prix !

NB. Cet article est le onzième d'une série...
« L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? »
Pour revenir au document n° 1, cliquer ici



20 réactions


  • Matlemat Matlemat 2 avril 11:44

     L’Allemagne dépense beaucoup moins dans l’armée que la France, l’Allemagne a décidé la sortir du nucléaire, l’Allemagne fabrique des produits de qualités pratiquant certainement moins l’obsolescence programmée. 

     L’Allemagne a des autoroutes gratuites, les prix de la nourriture et du carburant sont moins chers qu’en France.

     Les Allemands sont travailleurs, écolos, pacifistes et ont le sens civique, on ferait mieux de prendre exemple sur eux.


    • foufouille foufouille 2 avril 11:58

      @Matlemat
      en allemagne, tu as aussi des boulots pour étrangers à 3.45€/h brut. le système hartz IV est bien aussi.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 12:58

      @foufouille
       Le Polonais qui travaille en France gagne la même chose que le Polonais qui travaille en Allemagne, cela s’appelle les travailleurs détachés.

       


    • Matlemat Matlemat 2 avril 13:04

      @foufouille
       Et pour les allocations chômages, je ne crois pas que le système français soit mieux avec des gens qui gagnent plus au chômage qu’en travaillant et d’autres qui touchent le RSA à vie alors qu’ils sont parfaitement aptes à travailler. 


    • foufouille foufouille 2 avril 14:06

      @Matlemat
      non en france, tu es censé avoir le smic. le polonais ne va plus bosser en allemagne, il est remplacé par le roumain moins cher.
      le chomedu est inférieur à ton ancien salaire.
      le RSA n’est pas à vie et personne ne t’interdit de remplacer les sans papiers, en bon libéral.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 14:23

      @foufouille
      chômage en Allemagne : 

       Il s’élève à 60 % du salaire net pour les bénéficiaires sans enfant, et à 67 % du même salaire pour les bénéficiaires ayant au moins 1 enfant à charge

      https://www.cleiss.fr/docs/regimes/regime_allemagne8.html


      chômage en France :


      40,4% du salaire journalier de référence + 11,92€ ou 57% du salaire journalier de référence

      https://www.unedic.org/indemnisation/vos-questions-sur-indemnisation-assurance-chomage/comment-est-calculee-mon-allocation-chomage





    • Matlemat Matlemat 2 avril 14:31

      @foufouille
       En France le Polonais touche son salaire polonais pendant 1 an il me semble, la vie est moins chère en Allemagne, c’est plus intéressant pour lui de travailler en Allemagne.

       En Pologne ce sont les Ukrainiens qui viennent travailler pour moins cher mais oui c’est bien possible que les Roumains sont encore moins cher.

       Oui le chomdu est inférieur à ton ancien salaire, par contre le pole emploi te propose des boulots souvent moins bien payés que ton allocation encore pire si tu compte le carburant.

       Le RSA c’est renouvellable n’empêche j’en connais un paquet qui le touche depuis 20 ans et qui sont parfaitement apte au travail.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 14:33

      @foufouille
      Le truc, foufouille, c’est que si tu me contredis systématiquement il y aura pas mal de fois ou tu te planteras. 


    • foufouille foufouille 2 avril 15:03

      @Matlemat
      si tu travailles, en france étranger ou pas, le minimum est le smic et pas 3.45 brut. le polonais est parti bosser en angleterre.
      je doute que paul emploi t’obliges à prendre un mi-temps au smic.
      pour ce qui est de 20 ans de RSA sans travailler du tout, j’y crois peu car étant invalide et malade, ils te font chier souvent.
      hartz IV est pire que le RSA, même si ça c’est améliorer. on ne te demande pas de vendre ta voiture en france.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 15:26

      @foufouille
       Bon t’avais raison apparemment c’est les cotisations qui sont pas payées en France, j’avais entendu qu’ils ne touchaient que 5 euros de l’heure en France.

       le pôle emploi t’oblige pas mais te pourtant aucune motivation à bosser autant rester au chomdu.

       Il te font chier une fois tous les six mois et encore...j’ai un ami il a un rendez vous tous les ans ca se passe très bien, il en parfaite santé, juste une grosse feignasse. 

      J’en connais d’autres pour diverses raisons ils ne veulent pas bosser.

       Hartz iv ça m’a l’air peut être moins permissif que le RSA, en tout cas si t as une maison c’est mort.
       
       


    • foufouille foufouille 2 avril 15:35

      @Matlemat
      le smic net est bien plus élevé que 5€. probablement un auto entrepreneur ou embauché par une entreprise dans son pays.
      c’est pas une question de motivation de travail te permettant de vivre.
      il n’y a tout simplement plus assez de travail avec les délocalisations et mécanisations. le travailleur roumain ne ramassera plus les asperges car le robot est moins cher.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 16:29

      @foufouille
       La robotisation permet déjà de supprimer certains travaux pénibles et répétitif, tu n’est pas le genre a vouloir revenir à l’âge de pierre, n’est ce pas ?

       Il y des technologies pour remplacer les chauffeurs routiers par exemple par des robots, mais pour le moment le chauffeur slovaque reste moins cher. 

       c’est un problème car il n’y aura bientôt plus grand monde pour consommer ce que les robots vont produire d’ou le RSA qui est une sorte de revenu universel qui ne dit pas son nom pour que les gens puissent survivre, mal bien sûr, mais avec un peu de black ou un peu de deal ça va plutôt bien, demande aux manouches et aux gars des cités...


    • foufouille foufouille 2 avril 16:38

      @Matlemat
      bosser dans les vignes était largement mieux que le RSA.


    • baldis30 2 avril 19:25

      « @Matlemat
       »Les Allemands sont travailleurs, écolos, pacifistes et ont le sens civique, on ferait mieux de prendre exemple sur eux."
      Exemples allemands en France et en Italie :
       Oradour sur Glane, Fosses ardéatines, Marzabotto , Vercors !
       
      Quelques autres à votre disposition si vous n’avez pas compris :
      Auschwitz , Dachau, Struthof 



  • MagicBuster 2 avril 11:57

    L’Allemagne est un pays fini !!

    Quand vous dites « Les allemands » , vous voulez dire « les turcs »  ?


  • lala rhetorique lala rhetorique 2 avril 12:18

    Les guerres ne sont faites que pour engraisser les fabricants d’armes. Nous avons maintenant une autre forme de guerre, qui engraisse les financiers et les financiers, comme les fabricants d’armes, n’ont pas l’âme nationale mais internationale.


    • Matlemat Matlemat 2 avril 13:09

      @lala rhetorique
       Oui nous dépensons trop dans les armes c’est sans doute pour cela que la France a des difficultés financières, quand on en vend, ca fait tourner un peu l’économie mais c’est le privé qui s’engraisse et ça nous oblige à soutenir des régimes dictatoriaux.

       L’armée nous sert à défendre nos intérêts coloniaux qui rapportent la aussi surtout au privé. 

       L’Italie et l’Espagne ont largement diminués leurs budgets militaires ces dernières années.


    • baldis30 2 avril 19:26

      @Matlemat

      Exemples allemands en France et en Italie :
       Oradour sur Glane, Fosses ardéatines, Marzabotto , Vercors !
       
      Quelques autres à votre disposition si vous n’avez pas compris :
      Auschwitz , Dachau, Struthof 


  • acab2 3 avril 07:22

    A sec, avec du gravier.


Réagir