samedi 13 avril - par GéraldCursoux

Une ligne blanche dans le ciel

Pour voir le futur il faut se transporter dans le passé

Papachristou, disciple de Platon, assis sur l’Acropole alors qu’un soleil orangé descend sans faire de bruit derrière les collines gris-bleues, attend sous les yeux impassibles des Cariatides de l'Erechtéion la fugitive apparition du rayon vert. Passionné par l’astronomie et les techniques il a une connaissance approfondi de l’espace sublunaire, prédit les éclipses, nomme les étoiles et a expliqué au Lycée la formation des arcs en ciel. Avec Archimède il inventa le boulon, la vis sans fin et on dit qu’il lui aurait aussi soufflé la poussée qui porte son nom. Et bien d’autres choses qui se seront perdues dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie par César. On dit qu’il aurait dissuadé Icare de coller ses ailes avec de la cire car il savait qu’elles fondraient au soleil – mais ce point relève probablement de la mythologie dont les Grecs sont de grands consommateurs. Papachristou voue un culte à Athéna, la déesse aux yeux pers protectrice de l’inventif Ulysse, et à Homère qu’il considère comme un père.

Lorsque le rayon vert apparut aussi brièvement qu’un flash, il pensa que pour être en contact avec les dieux l’homme devait marquer les cieux de son empreinte en y traçant une longue ligne droite blanche qui suivrait la courbure que la terre. Les jours passant cela devint une obsession malgré les ricanements de ses collègues philosophes qui préféraient les discussions oiseuses lors des réunions de démocratie directe, servis sur l’Agora par des esclaves. « Tu en as pour dix ans… ou plus disaient ses amis… laisse béton ! Et pourquoi pas la lune !

–– Mais cela peut prendre mille ou deux mille ans… mais l’homme doit le faire… d’un horizon à l’autre !, répondait-il. Peut-être tracer jusqu’à la lune ! »

On l’évita, lui tourna le dos et l’on vit des enfants lui jeter des pierres. Il ruminait l’idée d’Icare et se demandait comme aller dans l’azur sans tomber ; mais il comprit, aidé par Athéna qui lui parlait pendant son sommeil, qu’il fallait commencer par le commencement et développer les briques sur lesquelles pourraient se développer les techniques. Il demanda des cartes de la terre et du ciel à Ptolémée ; et à Pythagore, qui comme lui se savait plus qu’homme mais pas tout à fait dieu, de développer les mathématiques à la suite de Thalès. Des techniques se développaient dans la construction, l’art militaire et notamment la marine, et ici et là ces petites inventions qui n’ont l’air de rien mais sont finalement les briques indispensables à tout vaste projet. Papachristou mourut en priant Athéna de poursuivre son œuvre en soutenant tous ceux qui pouvaient apporter quelque chose, soit dans le domaine des idées soit dans les techniques : « Platon n’a-t-il pas lui-même ouvert la voie au cinéma dans une caverne, et la recherche en cybernétique en voulant manœuvrer de façon automatique le gouvernail des navires en fonction du cap et des vents ! », dit-il en expirant. Athéna, avec la vision d’une déesse, pensa qu’il fallait aussi canaliser les forces des hommes à travers leurs âmes (« il n’y a rien de plus puissant que le thème de l’âme » écrit d’ailleurs Glucksmann fils), et pour cela en finir avec la multiplicité des dieux grecs et des pratiques magiques en imposant un Dieu unique (D majuscule) avec des règles de vie propices à la culture scientifique : des prophètes remplacèrent les magiciens et les fumistes, et un Fils de Dieu arriva pour fonder une Eglise avec les Monty Python. Cela prit plus de mille ans mais les structure sociales et politiques qui en découlèrent laissèrent à penser à Athéna, obsédée par ce projet, que c’était de bon augure pour la suite : la Déesse ne voulait rien lâcher et tout donner (comme disent les sportifs).

Mille ans après la mort de Papachristou on commençait à y voir plus clair : à Byzance on construisait le dôme de Sainte Sophie, belle prouesse technique. Athéna était confiante : yes we can ! disait-elle avec cette assurance jupitérienne que donne la divinité. Et rien ne fit peur aux Romains en matière de construction. Ils voyaient loin, pensaient à l’avenir, mais faisaient cependant peu d’inventions techniques, ne développaient ni les mathématiques ni les théories scientifiques. Athéna excédée décida de leur fin pour passer à la phase suivante.

Mille ans s’écoulèrent dans le carnage des guerres entres croyants qui croyaient et ceux qui ne croyaient pas la même chose, mais des savants qui travaillaient sur l’astronomie comme Galilée, Copernic trouvaient des choses épatantes… malgré le risque de se faire rôtir par des fanatiques religieux sur le bucher des vanités pour qui la mission de l’église était d’envoyer les âmes au ciel au lieu d’y tracer une belle ligne blanche comme en avait rêvé Papachristou ; et ce malgré les travail d’Athéna qui tint la plume à Machiavel pour éloigner le Prince de l’Eglise. A Florence on fit un dôme encore plus magnifique que celui de Sainte Sophie, et un certain Léonard dessina des projets de machines pour aller dans les airs : l’échec d’Icare ne fut plus un cauchemar pour les monte-en-l’air. A la suite des guerres incessantes que les hommes se livraient sur terre et sur mer pour conquérir la gloire, la fortune et l’amour, la métallurgie se développa de façon très favorables. Et à Londres, Newton, un type pas marrant, obsédé par la chute des pommes et le mouvement des astres, découvrit la gravitation… Comment faire voler le plus lourd que l’air ? La question était posée. Mais il y avait encore beaucoup à inventer et la matière grise était rare, et préférait la philo, la littérature voire la poésie : ex. : « faucille d’or dans le champ des étoiles », tu parles d’un truc !, dit Athéna.

La marine attendait la vapeur. Papin reprit les essais d’Archimède, le premier à avoir fait chauffer de l’eau pour soulever un couvercle (alors que les Anglais le faisaient pour faire du thé). Puis il y eut un cercle vertueux : Farcot l’homme aux 195 brevets fit des machines à vapeur pour l’industrie, et inventa le servomoteur (première machine cybernétique) pour manœuvrer le gouvernail des bateaux, répondant à la demande de Platon formulée 2.500 ans plus tôt (génial, n’est-il pas ?) ; un autre inventa le moteur à explosion alors que Rockefeller inondait le monde de pétrole ; une vingtaine de physiciens (Einstein et ses potes) reformulaient la physique ; et des petits bricoleurs commençaient à faire voler de drôle de machines avec des hélices en bois d’arbre : Wright, Adler, Blériot, Garros furent les premiers à respirer les vapeurs d’huile que crachaient des moteurs à explosion (le mot est bien choisi). Mais il n’y avait toujours pas dans l’azur lumineux de lignes blanches – que des nuages – malgré les gros avions engagés dans la deuxième guerre mondiale. Un saut technologique était nécessaire au développement de ces curieuses machines et les scientifiques et les ingénieurs, qui étaient les maîtres du monde, y travaillaient sans connaître le but de la déesse. Les politiques derrière leurs œillères suivaient le progrès tout en faisant croire qu’ils lisaient Marx, le dernier avatar de la philosophie allemande pesante comme du plomb, pour montrer la voie et satisfaire des demandes sociales qui annonçaient les gilets jaunes.

La seconde guerre mondiale, sur la fin, produisit des avions à réaction pour détruire avec plus d’efficacité. Mais ils étaient capables de voler assez haut et vite pour produire la ligne blanche que Papachristou avait imaginée dans un moment de trans. Bingo !

Des milliers d’avions tracent chaque jour de superbes lignes blanches qui suivent la courbure de la terre. Elles se diluent lentement comme nuages, rejointes par les âmes des hommes… Athéna après avoir permis à Ulysse de rejoindre Pénélope en son Ithaque, vit que le rêve de Papachristou était réalisé.

Frères humains, quand vous levez les yeux vers le ciel et que vous voyez ces belles lignes blanches derrière les réacteurs, ayez une pensée pour ces Grecs de l’Antiquité et leurs dieux, avec une spéciale pour Homère qui fit d’Athéna l’égale de Jupiter.

 



4 réactions


  • Chantecler relou 13 avril 11:31

    « avec une spéciale pour Homère qui fit d’Athéna l’égale de Jupiter.  »

    l’égale de Jupiter, c’est Brigitte, pas cette Aténa ... Aténa comment, d’abord ?


  • baldis30 15 avril 09:33

    bonjour,

     très bon , mais une petite remarque : il semblerait que l’idée de la vapeur et de la turbine idoine soit due plutôt à un autre grand de l’Antiquité : Héron d’Alexandrie ... Le grand connard de César a fait prendre mille ans de retard à l’humanité en brûlant la bibliothèque d’Alexandrie ! Sans omettre que bien de ses successeurs, inquisiteurs en chef de toutes les églises tentent depuis d’en faire autant et même pire ... sans oublier leurs élèves politiciens ( La relativité du juif Einstein ne sera pas enseignée dans les universités allemandes  la pensée ainsi exprimée dans les deux termes soulignés constitue un magnifique oxymore )


  • GéraldCursoux GéraldCursoux 15 avril 11:50

    Enfin quelqu’un qui m’a compris. Merci pour cette analyse fine !

    Je reprends mon Bonnard, et vous avez raison c’est bien cet Héron, ce disciple d’Archimède, qui a fait l’éolipile (Bonnard 10/18 214-215 D’Euripide à Alexandrie, page 266). Le cylindre tournait grâce à la vapeur, produite en chauffant un cratère plein de flotte, qui sortait par des tuyaux... 

    Mais je ne sais si le nom de Farcot a retenu votre attention... C’est le grand oublié de la technique de la vapeur et l’inventeur par son application dans le servo-moteur de la cybernétique ! Mais il n’a pas théorisé son invention (breveté à l’INPI).

    D’accord avec vous pour dire que César a fait une grosse connerie... Comme Louis XIV avec la révocation de l’Edit de Nantes (on a perdu 200 ans), et ce Napo Corse qui a réussi après 55 batailles à prendre une retraite à Sainte Hélène au lieu de faire la planche dans la baie d’Ajaccio... Et d’autres après ont continué la grande oeuvre... 

    Bien cordialement à vous.


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