samedi 3 novembre 2012 - par walden

valeur (1) avec mes excuses aux agoraphiles

eh bien oui, j'étais absent au moment où mon article sur les coûts a été publié - battu par les embruns de la côte d'Opale en famille, je n'ai pu me connecter et répondre à toutes les questions intéressantes que soulevaient les réactions à l'article.

Une première réaction autour des réactions, c'est le problème de la valeur. On confond le mérite et la rémunération mais, si vous mettez le feu à votre maison en toute discrétion après avoir contracté une assurance-maison vous serez rémunéré alors que vous avez commis un acte délictueux, illégal, répréhensible, dangereux et, du point de vue économique, vous aurez détruit de la valeur. D'où la question de la valeur : ce que l'on utilise a de la valeur au sens où l'on en a besoin. L'air a énormément de valeur, de même, l'affection, la reconnaissance sociale ou la santé sont généralement appréciées. Pour autant, ces biens d'usage ne sont pas nécessairement monnayés - on en monnaie les signes mais, une seconde, sinon, je n'y arriverai jamais.

Bref, on monnaie certaines choses et on utilise, on valorise certaines choses. J'ai cité la santé, l'affection ou la reconnaissance sociale, ces valeurs sont issues de travail non rémunéré, de travail de société. Le travail qui produit ce type de "bien" est impossible à comptabiliser, à quantifier ou à hiérarchiser. Le travailleur, la travailleuse qui effectue les tâches utiles-et-non-monnayables s'enrichit en travaillant : son entourage valorisé va se sentir bien ce qui influera en retour sur le type d'interaction sociale qu'il pourra mener à bien.

Ce type de travail - absolument non rémunéré per se pourrait-on dire - devient le devenir, il permet à la vie de s'étaler, il lui est essentiel, consubstantiel.

Par contre, le travail rémunéré est à la base de la construction de la valeur d'échange. Le référent ultime de la valeur d'échange, c'est toujours le temps de travail. Mais le travail rémunéré ne produit pas toujours de la valeur d'usage :

- il peut en supprimer (comme notre assuré sans foi ni loi)

- il peut en détruire indirectement (dans le cas d'une usine qui dégrade les capacités agricoles, sylvicole ou aquifère d'une région donnée)

- il peut en créer

Certains jobs très bien rémunérés n'ont absolument aucune utilité sociale (qu'on pense à la publicité - d'aucuns diront qu'elle est même nuisible), certains sont franchement perçus comme nuisibles (qu'on pense aux traders, aux commentateurs, au président de la Fed ou de la BCE), d'autres encore sont extrêmement utiles (je ne sais pas moi, les infirmières ou les éboueurs multiplient l'espérance de vie par trois, il me semble).

Les gens ne sont donc pas payés pour faire quelque chose d'utile, de courageux, de méritoire ou de bénéfique : ils sont payés parce que, une fois les coûts déduits, cela rapporte à l'investisseur. Point barre. Ce faisant, ils peuvent se montrer courageux, travailler de manière méritoire parce qu'ils sont malades ou parce qu'ils (elles) ont une charge de famille. Mais ce qui est fait dans le cadre de la rémunération est producteur de plus-value, pas d'intérêt social.

La valeur d'échange se crée aussi en accaparant une valeur d'usage. Si une chaussée publique est accaparée par les voitures, les piétons (gratuits) n'y auront plus de place ; si l'eau de distribution est privatisée, elle est facturée plus chère (ce qui crée de la valeur d'échange sans créer de la valeur d'usage) ; si on transforme les gens en travailleurs sans temps libre, le temps libre aussi se paie ; si le travail rémunéré ne permet plus de valorisation sociale, la valorisation sociale - enfin son signe - se monnaiera au prix fort sans créer la moindre valeur d'usage.

Ce travail payé a besoin de force de travail et de ressources naturelles (on peut d'ailleurs voir la force de travail comme une ressource naturelle). La force de travail est composée d'êtres humains dont les besoins sont de l'ordre de l'usage. Cette force de travail ne survit que parce que les besoins non monétisés sont remplis par des gens non rémunérés.

En un mot, le travail payé a besoin du travail non payé pour pouvoir fonctionner alors que le travail non payé n'a pas besoin du travail payé pour pouvoir fonctionner. Mais nous devons tous payer des factures... les ressources ne sont plus disponibles hors du marchand.



1 réactions


  • alinea Alinea 3 novembre 2012 15:10

    Eh oui ! on sait très bien qu’une grosse catastrophe augmente le PIB, tandis que si j’aide ma vieille mère, gratuitement, je ne suis pas « positive » parce que j’empêche de créer un emploi !!
    Tout est complétement artificiel dans notre joli monde, n’empêche, à force d’enfumage et de propagande : tout le monde le sait(!) : TINA !


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