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Commentaire de Sylvain Reboul sur Ecoles de commerce et fuite des consciences - AgoraVox le média citoyen

Commentaire de Sylvain Reboul
sur Ecoles de commerce et fuite des consciences


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Sylvain Reboul Sylvain Reboul 4 juillet 2007 17:06

Que les entreprises capitalistes, sur fond de despotisme financier anonyme, soient faites pour faire du profit, le plus souvent aux dépens de l’intérêt dit général, et ne sont pas des oeuvres philanthropiques, est une lapalissade. Mais il est bon de la rappeler au moment où on nous rabat le oreilles sur la croissance pour la croissance et le « travailler plus pour gagner plus »

Que celui qui joue un rôle de responsable dans une telle entreprise doive renoncer à tout ou partie à ses motivations sociétales et politiques, voire simplement humaines en est la conséquence incontestable. Mais le conséquence de cette conséquence est paradoxal : un tel abandon a un prix et ce prix est la démotivation, voire le dégoût de jouer un rôle aussi peu motivant, voire aussi inhumain, sauf à confondre le désir avec celui de s’enrichir toujours plus pour ne rien gagner de ce qui fait sens dans les relations de reconnaissance mutuelle : la coopération et de la solidarité ; ce que certains chantres de l’entreprise appelle, à l’exemple des sports collectifs, l’esprit d’équipe, qu’ils posent comme indispensable à la réussite de l’entreprise, y compris dans sa finalité de création de richesses.

C’est pourquoi les entreprises les plus prédatrices tentent de surmonter ce paradoxe en se donnant un image citoyenne et en se présentant comme soucieuse des équilibres écologiques, au point que nous assistons à un véritable mode verte que la pub amplifie à l’extrême (BP et sa fleur verte, Shell !) et que des entrepreneurs les plus malins versent dans l’humanitaire pour relégitimer les sur-profits qu’ils ont su accumuler...

Mais, à mon sens cette image est un hommage que le vice rend à la vertu et cela vaut mieux que rien car cet hommage compte dans le stratégie de l’entreprise : elle introduit dans la logique du profit des considérations humanistes ou écologiques qui ne sont pas seulement des effets de masquages mais aussi des contraintes et donc fait intervenir des logiques d’intérêt général dans la logique du profit elle-même ; et cela d’autant plus que les consommateurs s’organisent et font pression en ce sens (Commerce équitable, normes de santé et écologiques).

Cette pression ne peut atteindre son but que si, dans la vie politique, sont clairement distinguées les finalités de la politique et celles de l’économie, si donc l’économie est fortement régulée par des impératifs politiques ou sociétaux, au sens grec du terme (ce qui concerne la cité toute entière) et cela, aujourd’hui, sur le plan mondial (les désastres écologiques ne connaissent pas les frontières et l’économie est mondialisée).

Cette contradiction que vous analysez est aussi celle qui procède d’une confusion entre la politique, la société et l’économie prétendument libérale (mais réellement despotique). Confusion entretenue par un pseudo-libéralisme qui oublie, ce que ne faisait justement pas A. Smith, que l’économie libérale ne peut fonctionner que si les individus s’estiment les uns les autres dans le durée et sont capables de sympathie, c’est à dire non pas de bienveillance, mais de compréhension et de reconnaissance de leurs droits et intérêts légitimes dans un cadre concurrentiel qui les renforce en les rendant nécessaires. (Pour A. Smith l’économie implique nécessairement une morale de l’engagement mutuel à ne pas escroquer l’autre et à prendre en compte ses intérêt pour pouvoir tirer profit soi-même de la transaction).

Ce que l’on découvre donc dans cette contradiction entre l’intérêt privé et l’intérêt général ou mutuel c’est tout simplement la vraie philosophie économique d’A. Smith, déformée ou tronquée par ses épigones incultes.

Toute relation humaine est indissociablement morale et politique et ce qui peut être en effet reproché à un pseudo-libéralisme c’est d’oublier qu’il n’y a pas de liberté sans loi, ni considération d’intérêt général et donc sans une puissance publique autonome de la puissance économique pour les faire respecter, voire les imposer, pas plus qu’il n’ y a de sécurité sans justice et police non corrompues. Cela vaut non seulement dans l’intérêt de la politique, mais aussi de l’économie elle-même, car elle vit cette contradiction en elle-même ;

Ce qui veut dire qu’en refusant la politique, l’économie s’auto-détruit dans la prévarication et la violence sauvage.


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