Commentaire de Pierre JC Allard
sur Extra ! Extra ! La guerre est finie !
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Je crois qu’une divergence d’opinions entre personnes intelligentes et de bonne foi les amène toujours au constat que les mots utilisés n’ont pas pour elles la même connotation. Quand elles font ce constat, elles découvrent que leurs vues sont complémentaires et en sortent avec une vision plus large.
1. Ainsi, je pense que vous comme moi sommes d’accord sur la réalité de ce qui s’est passé au Sud-Liban. Le choix de décrire cette réalité comme une guerre conventionnelle dépend uniquement de la définition qu’on veut donner et ces définitions ne sont pas mutuellement exclusive.
Voyant les opération sur le terrain, les avances, la résistance organisée pour défendre certaines positions, vous pouvez parler à juste titre d’une une guerre conventionnelle. Voyant ces opérations se dérouler sur le territoire d’un État souverain avec lequel on prétend ne pas avoir de querelle, en détruisant les infrastructures par des bombardements massifs de cibles non-stratégiques loin des zones de combats, pourchassant des adversaires qui ne constituent pas une entité stable, mais qui émergent de la population civile et y retournent après le combat sans laisser de traces - où étaient les prisonniers ? - cette guerre me semble s’écarter des schèmes habituels. Quand je vois ensuite une armée victorieuse sur le terrain qui se replie sans avoir atteint aucun de ses objectifs, je trouve cette guerre non conventionnelle.
Ma thèse est justement que l’on ne PEUT PAS atteindre les objectifs traditionnels d’une guerre par des opérations militaires traditionnelles et l’opération d’Israel au Liban m’en semble une excellente démonstration, mais ceci ne contredit en rien la vôtre. On s’est vraiment battu et tué au Liban, avec tous les moyens de la guerre conventionnelle. Au bout de ma thèse,cependant, il y a une conclusion : Israel ne recommencera pas, parce que le gagnant n’y trouve pas son profit.
2. En Yougoslavie, on a eu entre Serbes et Croates des opérations conventionnelles, mais sans que s’établisse un front continu. En Bosnie, il s’est créé cette situation que j’évoque ou il n’y a plus deux protagonistes, mais plusieurs. Le conflit a vite l’allure de massacres, les forces militaires de part et d’autres cherchant moins à s’affronter qu’à décimer leurs populations civiles respectives, comprenant que celles-ci représentaient à terme le vrai danger.
L’objectif raisonnable traditionnel, qui aurait été le rattachement d’une partie de la Bosnie à la Serbie, n’a pas été atteint. Au Kosovo, l’intervention russe a rétabli une forme d’équilibre qui a rendu impossible une véritable opération militaire. Je vous parie que le Kosovo ne sera pas conquis... mais acheté !
http://nouvellesociete.org/5080.html
3. A Chypre - que je connais - l’intervention turque tant décriée a finalement créé un partage raisonnable, avec un strict minimum d’effets négatifs. Ici, comme au Kosovo, on évitera bien des larmes si on donne des compensations aux victimes lieu de jouer du clairon.
4. J’ai été une dizaine de fois en Russie, entre 1992 et l’an dernier. Peu de gens sont aussi russophiles que moi. Oui, je connais un peu l’histoire russe et donc le rôle de Kiev - je descends en droite ligne des Vikings
Je m’attends bien à ce que, tôt ou tard, l’Ukraine et le Belarus rétablissent avec la Russie des liens, disons, privilégiés. Quand je parle de Russie dans l’Europe, je prends pour acquis ces rattachements, mais je ne m’attends pas à ce qu’il en découle de violence de ce type d’anschluss. (Peut-être, aussi, tout ou partie du Kazhakstan, mais je ne me prononce pas)
5. Pour les frontières d’Afrique, ne sommes nous pas bien d’accord que ce ne sont pas des guerres traditionnelles qui vont éclater, mais simplement l’anarchie qui va s’étendre partout, avec des clans et des bandes de pillards imposant leur autorité précaire, au mieux, sur quelques centaines de kilomètres carrés ? Simplement comme la Somalie, en fait, mais à la grandeur de l’Afrique subsaharienne, avec quelques îlots urbains où le pouvoir « légitime » sera maintenu, mais servant surtout d’arbitre entre des gangs de rue qui feront la loi au quotidien, quartier par quartier ?
6. Les seuls zones où des conflits seraient possibles en Europe sont celles où des population hétérogènes souhaiteraient récupérer leur indépendance. On ne réussira pas à empêcher par la force la sécession des territoires où une majorité effective de la population veut cette sécession. A bien y regarder on voit , d’ailleurs, que c’est une application du même principe qui fait que l’on ne pourrait plus les conquérir et en avoir le possession tranquille.
7. Quand je dis que les guerres conventionnelles n’ont plus d’avenir, je ne rêve pas à la fin de la violence ; je pense simplement qu’il n’y aura plus d’intérêts a faire marcher de grandes armées contre des pays dont la population est hostile et dont le conquérant ne sortira que des ennuis. Il vaut mieux soudoyer.
PJCA
