Commentaire de Gazi BORAT
sur Face à des mythologies conquérantes, la laïcité peut-elle être autre chose qu'un combat incessant ?
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Fanny Truchelut a été condamnée pour un délit de « refus de vente », motivé selon elle par une défense de ce qu’elle comprend comme « la laîcité » en une démarche qui lui semble sanctifiée par cette noble cause.
Un autre, de toute bonne foi, aurait pu prendre exemple sur Mme Truchelut et reproduire la même action, par exemple à l’égard d’un « étranger », justifiant sa démarche par une défense de sa culture menacée d’étouffement par une invasion incontrôlée..
Cela s’appelle une dérive et il est juste, que l’on prête ou non des intentions ou une volonté de provocation de la plaignante que le délit ait été sanctionné.
On pourra toujours arguer que des lois injustes par le passé aient été promulguées, que l’Histoire - a posteriori - aie donné raison à ceux qui avaient pris le parti de dire « NON ».. il faut savoir que celui qui prend cette posture en assume les risques et ne doit pas se plaindre ensuite de la rigueur de la Loi qu’il a défié..
Fanny Truchelut n’est pas une victime, même si le verdict aurait pu lui être plus clément car, comme par exemple un citoyen qui prêterait assistance à un résident clandestin, il ne faut pas oublier que les attitude de « résistance » se paient..
On pourra alors dire, en se focalisant sur l’identité religieuse favorise les intégrismes et, dans ce cas précis, je ne peux que reconnaitre que c’est exact.
Mais Caroline Fourest (que je m’étonne de citer) que l’on ne peut qualifier de bienveillante vis-à-vis de l’intégrisme religieux a eu raison de dire qu’il faut accepter la démocratie et ses imperfections..
Faut-il pour cela, et pour une cause qui peut sembler juste (la défense de la laïcité) remettre en cause le fonctionnement démocratique de nos sociétés ?
Je ne le pense pas, même face à un ennemi que l’on peut juger (en toute bonne foi) haïssable pas plus que je ne pense (comme on le fait outre-Atlantique) que la torture soit appliquable à certaines catégories de prévenus sans que cela soit jugé incompatible avec le fonctionnement démocratique d’une société.
La fin ne justifie pas les moyens..
On assiste aujourd’hui, et on le constate sur ce forum, à une radicalisation du camps des « Ultras » de la laïcité qui semblent estimer que, dans certains cas, la démocratie puisse être mise en parenthèse.
Cette posture « jusqu’au boutiste » rencontre alors d’autres logiques, d’autres alliés, et qui eux, ne se distinguent pas vraiment par leur défense de la démocratie.
Le concept de laïcité devrait, en principe, mettre sur un pied d’égalité les différentes forme du fait religieux, dans un souci de neutraliser celui-ci et le circonscrire à la sphère privée.
Le problème est qu’aujourd’hui dans cette démarche, une religion en particulier est ciblée, et que la sphère « privée » tend à se réduire au domicile de l’individu toutes fenêtres fermées.
La neutralité que l’on pourrait attendre de défenseurs intransigeants de la laïcité est démentie par les alliances que l’on voit aujourd’hui se conclure avec le camp de ceux qui usent de ce prétexte pour faire émerger leur vision du monde en tant que champ de bataille des religions.
C’est ainsi que Mme Truchelut s’est fait défendre par un avocat mis à sa disposition par Philippe de Villier, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il ne soit pas, lui, pour une vision laïque de la société.
C’est ainsi que, sur le site « Riposte Laïque » (v.lien plus haut) on peut trouver à la fois une apologie de la réclusion (volontaire ?) des religieuses catholique mais aussi un dénigrement de la réclusion vestimentaire (forcée ?) des croyantes musulmanes.
C’est ainsi que, celle qui fut un temps étendard de l’émancipation des jeunes musulmanes (Fadela Amara), se trouve aujourd’hui directement associée au membre du gouvernement (Christine Boutin) le plus proche des courants intégristes chrétiens et qui ne brille pas par le modernisme de sa vision de la condition féminine.
Liaisons dangereuses ? Dérives ?
J’en suis maintenant persuadé..
Je ne pense pas que le féminisme soit la préoccupation réelle des « Ultras » mais plutôt une sorte de rejet de l’Autre. L’auteur a, a plusieurs reprises, exprimé sa focalisation sur la visibilité du voile.
Il semblerait donc que, si celles qui le portent restaient confinées étroitement dans leur sphère strictement privées, c’est à dire cloitrée en leur intérieur, le problème ne se poserait pas..
D’autres intervenants (et ils sont nombreux), pensent eux que, si ces femmes étaient confinées de l’autre côté d’une ligne que l’on appelle « frontière », le problème ne se poserait pas non plus..
Martine Aubry (je l’ai appris sur ce fil) a justifié l’ouverture de plages horaires séparées à destinations des femmes musulmanes et juives dans un souci d’émancipation..
D’autres trouvent tout à fait normal que ces femmes n’accèdent pas aux divertissements aquatiques et que leur place est plus dans leurs foyers, rejoignant ici paradoxalement la vision des intégristes mâles..
D’autres trouvent aussi tout à fait normal que des jeunes filles soient exclues de l’enseignement public et rejoignent ainsi l’enfermement communautariste des structures confessionnelles d’enseignement.
Le problème central semble ici plus la visibilité de « l’Autre » musulman que l’émancipation féminine.. et rejoint ceux qui, eux, s’inscrivent plus dans une guerre de religion (je parle ici des intégristes catholiques dont De Villiers se présente comme la façade la plus acceptable).. créant ici des liaisons dangereuses qui, à la longue, finissent par vider de son sens ce combat démarré sous le signe de la défense de la laïcité..
gAZi bORAt
