Commentaire de Philippe Vassé
sur Russie : réalités, apparences, tensions et contradictions
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Cambronne,
Merci de votre commentaire.
Juste deux remarques :
- sur Boris Eltsine : en Russie, il est vu, certes, comme un alcoolique, mais aussi comme l’instigateur du désastre socio-économique des années 1990, le promoteur de la corruption mafieuse que tous dénoncent aujourd’hui et celui qui a laissé le pays être humilié et rabaissé. Quant à la démocratie et la fin du stalinisme, une telle affirmation peut sembler à ce jour fort optimiste...
- sur la psycgo-rigidité : je ne visais pas les peuples tchèques et polonais qui sont dans l’affaire des installations militaires américaines des « otages » de puissances extérieures, mais les dirigeants de l’UE.
A l’évidence, la population souhaiterait ne pas voir se créer des problèmes inutiles avec la Russie, comme les dirigeants d’ailleurs, pour de très matérielles raisons économiques (investissements du puissant voisin, gaz, pétrole, matières premières et énergie électrique). Mais aussi parce que leur indépendance récente est chère au coeur des populations en question, vis à vis des Etats-Unis comme de la Russie.
Je suis d’accord avec vous sur les souvenirs « ennuyeux » que la génération plus âgée possède sur la nazisme et les interventions soviétiques. Mais, depuis, les deux peuples ont affronté d’autres problèmes plus concrets qui retiennent plus leur attention quotidienne, notamment les difficultés graves que pose l’entrée dans l’UE, notamment pour les paysans et les populations ouvrières.
Quant à dire que les citoyens tchèques et polonais aimeraient plus les Etats-Unis que le frère slave russe, c’est une assertion qui se discute largement.
Dans la génération âgée, on se souvient certes des méfaits du régime d’avant 1989, mais on n’oublie pas que le « grand frère » slave est venu en 1944- 1945 chasser les occupants nazis, et au prix de lourdes pertes humaines.
En fait, les citoyens ne confondent pas régime politique russe et peuple russe. Ils font la distinction très nettement.
Par ailleurs, ce sont des peuples qui ont des sentiments nationaux assez forts : de ce point de vue, que ce soit des troupes américaines ou russes qui viennent loger chez eux, elles ne sont pas les bienvenues a priori.
Seule, en Europe centrale et orientale, la population albanaise a montré de vrais sentiments d’affection envers les Etats-Unis, et dans une mesure moindre, les Kosovars.
D’où d’ailleurs la prudence américaine sur ce sujet, en Pologne et Tchéquie, car la « communication » poutinienne sur ce thème très « chaud » est très efficace.
Bien cordialement,
