Commentaire de ddacoudre
sur Rétention de sûreté : comment protéger préventivement les Français des délinquants potentiels ?
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Bonjour çà dérange.
Au de la des méandres réglementaires que tu précises et qui clarifient certaines déclarations, tu poses le problème des seuils de tolérances de toute société.
J’ai indiqué dans mon article de hier "la grande duperie sécuritaire" la réalité des chiffres liés aux crimes et délits. Au total 3,726 millions, dont 9993 de viols, 976 homicides et nous voilà avec une loi de rétention préventive indéterminée pour 32 cas.
Une loi qui pourra permettre toutes les dérives, il suffira qu’il soit estimé un ou des comportements à risques pour qu’avec une instrumentalisation médiatique l’on s’appuie sur l’opinion publique pour instituer des lois d’exceptions.
Vouloir se garantir préventivement de comportements déviants ce fait par l’apprentissage, ceux qui pour des raisons sociales n’ont pas pu convenablement les intégrer ou avec leurs raisons y ont dérogé, sont soumis à des sanctions punitives et aux compensations réparatrices.
Il n y a pas là de vengeance mais une mesure d’appréciation de situations qui contreviennent aux lois sur la réalité de faits.
Anticipé des comportements qui sans équivoques conduiront à une transgression est un autre problème que connaît la police et qui ne se résolvent pas sans « bavures » dans les deux sens.
Si les comportements ressortent de la pathologie, ils ne relèvent pas du règlement punitif mais des services médicaux.
A suprimer cette frontièrre apparaît très clairement la dichotomie vers laquelle nous sommes entraînés.
Des citoyens qui se désolidarisent de leurs semblables au non de leur intérêt individuel incapables de disposer d’une vision globale, suggestionnés en permanence dans la recherche d’un égoïsme par des illusions « sécuritaristes », et reconduisant à tour de rôle les mêmes hommes politiques qui ont démontré leur incapacité à apporter des solutions efficaces.
Les citoyens croyent qu’ils ont à faire à un phénomène exceptionnel, parce qu’ils nourrissent par leur voyeurisme les lignes des journaux et actualités télévisées qui repassent en boucle les mêmes informations et recherchent celles de même nature à partir du moment qu’il y a de l’audimat et de la vente.
Devant une telle boucle suicidaire, on ne peut que s’interroger sur l’aptitude citoyenne des français à disposer d’une capacité transgressive de jugement.
De plus, les sociétés modernes sont de plus en plus orientées vers la recherche du risque Zéro et du principe de précaution. Ceci est le résultat d’une désaccoutumance aux risques divers, due aux progrès techniques et sociaux, ainsi qu’à la prise en charge du règlement des conflits par l’État ; les seuils d’intolérance au risque et à l’anomalie sont grands, et l’application du principe de précaution devient le mode de gestion des problèmes qui banalise la criminalisation au lieu de lui conserver l’exception qui lui donne toute sa valeur.
Celui-ci permet aussi aux décideurs de s’exonérer des responsabilités, face à la judiciarisation de nos sociétés qui compensent leur absence de décisions politiques sur le fond.
Cette intolérance grandissante se manifeste encore plus pour les problèmes de délinquance. Et l’on se trouve en présence d’une société qui réclame un plus grand contrôle externe, tout en stigmatisant l’interventionnisme de l’État, cherchant à enrayer un phénomène qu’elle produit.
Dans cette affaire de rétention la caution scientifique est un prétexte facile pour pratiquer de la répression camouflée et donner bonne conscience à l’ensemble de la société.
Prévention scientifique des délinquants, identification de la population criminogène (mathématiciens qui parlent de modéliser les comportements humains) fichage généralisé, recherche d’enfants désocialisés conséquences de boucles de rétroactions sociales, comme s’il était en fait la cause initiale, au motif qu’il présente une cause potentielle future.
Il y a dans tout cela en germe l’émergence d’une espèce d’eugénisme moderne, incompatible avec les fondements de la démocratie et des libertés individuelles. On ne recherche pas à traiter un problème, mais on voudrait éliminer les conséquences en les désignant comme causes.
Nous rencontrons le même problème avec les accidents de la route où les protagonistes se fixent des seuils toujours inférieurs qui les mettent dans l’impossibilité d’admettre un seuil de tolérance, tout en sachant qu’ils n’atteindront jamais le taux zéro.
Je crois que l’évidence du délire de tel comportement ne peuvent rien nous apporter de bon quel que soit le champ où il s’exerce.
Cordialement.
.
