Commentaire de Céline Ertalif
sur Le complexe du larbin
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Cet article explique à lui tout seul très bien le succès de Besancenot : le parcours des reçus de l’ecole, collés de l’accès au sérail des cadres - dont le facteur est un modèle. C’est bien écrit, cela a la force et l’émotion du témoignage. Cela me plaît.
Monolecte, tu racontes une face vraie. Il est vrai aussi et par ailleurs que, malgré la crise à chaque flash info, j’ai vu encore plein de monde à l’hypermarché ce week-end, que la consommation marche à fond et que nos contemporains ont une grande passion pour les crédits. On m’a rapporté la semaine dernière qu’un gamin de 6ème s’était vu qualifié de "marginal" par ses copains parce qu’il n’avait pas de téléphone portable. Voilà une autre face vraie. Les commentaires néo-germinalistes que j’ai lu ici me paraissent faux, parce que le plus intéressant de l’article est derrière cette espèce de polysémie contemporaine de la seule chose qui compte : produire, consommer, vendre, acheter, marché, règles de la concurrence, économie et gaspillage.
Le vrai chagrin, c’est le manque de reconnaissance. Mais il faut savoir quel compromis on accepte et quelle indignité on refuse. Les enfants de prolo sont souvent intransigeants sur la dignité. Beaucoup de contemporains travaillent pour manger et s’investissent ailleurs : dans une association, dans leurs vacances, dans l’écriture sur Avox... Moi-même, j’avoue avoir trouvé une bonne raison de travailler 50 heures par semaine : ce n’est pas pour un patron, c’est pour le service public communal. L’espoir est peut être ce qui permet de nous exploiter, mais sans espoir pour faire vibrer nos affects nous serions des imbéciles rationnels, pas plus vivants que des morts. (j’espère avoir porté mon commentaire à la hauteur de l’article, mais c’est dur !).
