Commentaire de maharadh
sur Libérez mon esprit apache !
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@armand,
Vous avez raison de dire que les analogies sont périlleuses mais elles ont le "mérite" d’exister ainsi ne faut il pas les dénier ni les détourner.
En tant que minorité ethnique et culturelle, les Amérindiens se trouvent toujours dans la situation d’un peuple colonisé, et ceci est particulièrement évident dans le Grand Nord canadien. L’écocide, l’ethnocide et le génocide demeurent les grands principes du "développement" capitaliste face auquel les premiers habitants de l’Amérique opposent une philosophie écologique, une éthique de la survie.
Le cimetière des Indiens du lac Babine, à Burns Lako, bourgade des montagnes Rocheuses canadiennes, en Colombie britannique, est situé le long d’une ligne de chemin de fer, aujourd’hui désaffectée, qui reliait Prince George à la côte pacifique. Les tombes sont couvertes de "toits" en bois ou on verre elles sont ornées de fleurs artificielles, et sur les plaques est parfois gravé l’animal-totem du défunt. Les Indiens, ici, sont très pratiquants ; les missionnaires, surtout catholiques, sont venus assez tôt dans la région. Une grande partie de l’histoire de la communauté est lisible sur ce lopin de terre qui n’est pas la propriété des Indiens. On leur vole même leurs morts disent-ils.
Dans cette réserve vivent sept cent cinquante Indiens Porteurs. Voici une vingtaine d’années, ils résidaient plus au nord, au bord du lac Babine, chassant et pêchant dans un pays d’eau et de bois. Ils se sont déracinés et agglutinés, aux limites de la ville, sur une terre qu’une pluie fine et froide transforme souvent en boue. Sont-ils venus de leur gré ou les a-t-on incités ? Aujourd’hui, ils sont là, dans des logements construits à la va-vite, désœuvrés.
Car on peut ainsi aligner les chiffres, tous situent la population autochtone du bas des différentes échelles d’évaluation du bien-être" : l’espérance de vie d’un Amérindien canadien est de vingt ans inférieure à celle de la moyenne nationale ; le taux de mortalité néo-natale est de 60% supérieur à cette moyenne et de six fois celle-ci pour la mortalité post-natale[1],
Lorsqu’on parcourt d’est en ouest le territoire canadien, de Toronto à Vancouver par exemple, suivant l’inévitable route trans-canadienne, on passe, de temps à autre, un panneau indiquant que l’on traverse une réserve indienne : Spanish River, Garden River, Pays Plat Indian Reserve, etc. Certes, le décor change quelque part entre Kenora, dans l’Ontario, et Winnipeg, capitale du Manitoba, la forêt dense laisse progressivement place à la prairie, et, au-delà de Calgary, dans l’Alberta, on atteint les contreforts vallonnés des montagnes Rocheuses, mais, d’un bout à l’autre, les réserves Indiennes - là où vivent environ les deux tiers des
Amérindiens du Canada - présentent un même spectacle auquel tout observateur de bonne foi sera enclin à associer les idées de misère, de pauvreté, de sous-développement, etc.
ÉCOCIDE ET ETHNOCIDE
A Dryden, dans l’ouest de l’Ontario, les usines de pâte à papier de la compagnie Reed évacuent leurs excréments en un petit ruisseau jaunâtre qui se déverse dans la rivière Wabigoon, un mot algonquin qui, ironiquement, signifie quelque chose comme "la rivière des fleurs". L’odeur est épouvantable. En aval, dans la réserve indienne de Grassy Narrows, les gens mangent le poisson qu’ils continuent de pêcher dans les eaux
polluées par la compagnie Reed. Ces eaux contiennent du mercure, un poison lent qui s’accumule dans l’organisme de ceux qui l’absorbent, les poissons, puis les hommes[2]. Il y a déjà assez de mercure dans la rivière pour l’empoisonner cent ans et plus. Des tests effectués en 1976 sur les Indiens de Grassy Narrows et de Whitedog, deux réserves ojibwas, ont montré que trente et un des quatre-vingt-sept cas examinés présentaient des symptômes qui pouvaient être ceux de la maladie de Minamata. Contre l’avis de spécialistes japonais venus sur place, les docteurs canadiens déclaraient que "les symptômes pouvaient être dus à d’autres troubles neurologiques, alcoolisme ou malnutrition, aussi bien qu’à l’empoisonnement par le mercure". Une façon de rejeter sur les
victimes la responsabilité du crime...
L’existence de la maladie est aujourd’hui attestée dans de nombreuses régions du Canada et, tandis que les touristes américains continuent leurs "exploits" à la recherche de la "grosse pièce" qui viendra orner leur salon, c’est un mode de vie tout entier qui est menacé. Le mercure, bien sûr n’est pas la seule cause de pollution. Les Ojibwas de Serpent River, au nord du lac Huron près de la ville minière d’Elliot Lake où l’on extrait l’uranium, se sont vu interdire de boire l’eau de la rivière et l’eau de puits à cause du taux anormal de radioactivité. En de nombreux endroits, au Canada, la pêche a été interdite parce que les eaux contiennent des déchets chimiques dangereux pour l’organisme humain, "produits de la civilisation occidentale en marche vers le progrès et une vie meilleure" (citation d’un journal autochtone).
Cette "marche vers le progrès" se traduit toujours par la dépossession des terres indiennes considérant que des "chasseurs-pêcheurs" ne peuvent pas ou ne savent pas "mettre la terre en valeur". Le dernier grand rapt des terres autochtones au Canada remonte à 1975, date à laquelle les quelque six mille Indiens Cri et quatre mille six cents Inuit du Nouveau-Québec ont abandonné leurs droits sur trois cent mille kilomètres carrés dans la région de la baie James pour permettre la réalisation d’un gigantesque programme d’aménagements hydroélectriques. Outre une indemnité financière importante, les autochtones devaient participer aux bénéfices futurs de I’exploitation des ressources hydroélectriques - une façon de les intégrer, malgré eux, au système capitaliste - et on leur promettait le développement et l’amélioration des conditions de vie dans leurs communautés. Comment cela s’est-il traduit ?
Partout où ils le peuvent encore, les Amérindiens continuent de pratiquer un mode de vie qui leur convient, vivant dans le bush (la forêt) une grande partie de l’année, chassant et trappant. Mais la construction de barrages et l’inondation des territoires tendent à fixer les résidents dans des villages construits à la hâte où les conditions d’hygiène sont souvent déplorables : pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout et parfois... pas d’électricité ! L’eau des puits est contaminée et impropre à la consommation dans les communautés, les cas de gastro-entérites chez les enfants se multiplient. En 1980, huit enfants de moins de deux ans en sont morts. La tuberculose dans les villages autochtones du Nord atteint des chiffres qui ne peuvent être comparés qu’avec ceux des pays "sous-développés"
