Commentaire de Christophe
sur A quand une simplification du paysage syndical français ?
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
@Albert Ricchi,
Beaucoup de confusions me semble-t-il, mais tentons un peu d’analyser la teneur de votre article.
Un sondage récent réalisé par la TNS Sofres montre que les salariés estiment qu’il y a « trop de syndicats » (53%) et « trop de concurrence » entre ces derniers (67%) qui pourtant se ressemblent « à tel point qu’on « ne voit pas ce qui les distingue » (60%). Cette confusion explique en grande partie la réticence des salariés à adhérer à une organisation. Et pour 79% d’entre eux, l’idéal serait d’avoir un ou deux syndicats nationaux, comme souvent ailleurs en Europe.
Et,
Le nombre de syndiqués actifs serait de 1,7 million sur 22,5 millions de salariés, soit un taux de syndicalisation de 7,2 %, loin des 12 à 14 % revendiqués par les syndicats.
Première question : Qui sont les sondés ? Uniquement des syndiqués ! Bien sûr que non. Premier principe fondateur de toute organisation syndicale : une organisation syndicale défend les intérêts de ses adhérents.
Toujours la même confusion. Que les salariés ne soient pas en ligne avec telle ou telle organisation syndicale cela peut se comprendre. Que les salariés ne soient en ligne avec aucune pose sans doute un problème qui est d’une autre ampleur que le simple pluralisme.
Vous exposez vous mêmes que la plupart des salariés ne connaissent pas de différences entre les diverses organisations, autant dire que c’est un sujet qui ne les intéresse pas excepté, je vous l’accorde, lorsqu’ils sont dans la difficulté et qu’ils cherchent un point d’appui pour préserver leurs intérêts particuliers par le biais de structures pourtant à tendance plus collective qu’individuelle.
Compte tenu de la pluralité syndicale, vous n’êtes pas sans savoir que les règles sur la représentativité ne s’appliquent pas aux syndicats patronaux ; ils disparaitraient tous. Si nous appliquions cette même règle aux structures politiques, aux partis, combien en resterait-il ?
Lorsque nous parlons de représentativité, il faut faire très attention !
D’autre part, et l’histoire du syndicalisme en France est parlante en ce domaine, la plupart des accords signés l’ont été par des organisations qui, dans le total de leur représentativité aux regard des règles d’aujourd’hui, étaient minoritaires.
Quand nous nous intéressons un tant soit peu au monde syndical, aussi bien français que mondial, l’hypothèse sur laquelle repose votre propos est battue en brêche. Ce n’est pas plus ou moins de pluralité qui pose souci, mais les méthodes, voir les législations, qui poussent à la syndicalisation (Allemagne, Grande-Bretagne, ...).
La France est un cas totalement atypique, cela je vous l’accorde. Mais la différence française ne repose pas sur le nombre d’organisations syndicales, mais sur le fait que les non syndiqués puissent profiter des mesures prises par les engagements syndicaux tout en ne s’engageant pas ; et dans le monde du travail d’aujourd’hui, il est plus sécurisant de ne pas s’engager sachant que l’engagement peut coûter alors que les gains sont assurés.
Cette législation n’a pas pour vocation de développer le syndicalisme, au pire, cela tendra à lui donner encore moins de poids ; d’ailleurs, vous soulignez très bien que les plus en difficulté sont la CFE-CGC et la CFTC qui, avec la CGT-FO, sont les porteurs d’un syndicalisme réformiste (voir pour cela la classification faite dans l’ouvrage collectif du CNRS le syndicalisme dans le monde) ; et sur le terrain syndical, les ententes CFE-CGC et CGT-FO et parfois CFTC sont courantes.
Et vous devriez savoir, si vous cotoyez des syndicalistes de terrain, pas ceux qui ont voiture de fonction et permanents à leur disposition, que même dans le camps des signataire de l’accord sur la représentativité, ça grince sérieusement des dents.
La volonté la plus marquante quant à cet accord signé est dans la recherche de politisation des organisations syndicales. Pas étonnant que les organisations politisées, pour les besoins d’appareils, et non pour l’intérêt de ses adhérents, abondent dans ce sens. Cela rejoint tout à fait l’approche britannique où les syndicats de salariés (trade unions) possèdent aussi leur bras politique ; le parti travailliste est né des organisations syndicales britanniques.
