Commentaire de Christian Delarue
sur Les résistances au modèle de l'entreprise dans l'Administration


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Christian Delarue Christian Delarue 15 février 2010 01:55

Le réformisme radical pour le travail.

Cette orientation dite réformiste radicale vaut pour les très grandes entreprises qui mettent en place une forte division technique et socio-professionnelle des postes et des fonctions. Cette orientation s’oppose à la fois aux anarchistes qui plébiscitent l’organisation horizontale du travail (positive mais qui n’est applicable que dans les petites unités de production) et le management moderne qui lui milite pour le mérite et la compétence appréciée par le patron en interne, dans l’entreprise, selon des critères variables qui échappent assez peu à l’arbitraire et donc qui délégitime l’autorité.

*Une nouvelle configuration productive.


Elle suppose de nouvelles normes pour démarchandiser le travail, pour desserrer l’emprise de l’exploitation de la force de travail.

Ce management s’appuie en plus sur les logiques marchandes et financières pour élargir considérablement les écarts de revenus ce qui abouti à avoir en-haut des très riches mais aussi en-bas des très pauvres. Un écart de revenus moindre fondé sur la distribution méritocratique républicaine donne des moins pauvres et des moins riches et donc une société plus en cohésion. Lorsque l’on ne prend pas pour base le système méritocratique républicain fondé sur la légitimité rationnelle-légale pour l’attribution des individus qualifiés sur les postes de la division technico-sociale du travail on en vient à défendre le mérite arbitraire et la compétence arbitraire. La question des revenus étant laissée aux marchés.

Les bases du réformisme radical du travail sont la norme selon laquelle nul n’est exempt - sauf jeunes à scolariser et les handicapés - de *participer à la production de l’existence sociale.* Tous et toutes, hommes et femmes doivent y participer. Cela signifie engager une campagne nationale et européenne de RTT pour donner du travail à chacun et à tous. Cela va évidemment à l’encontre de la dualité capitaliste du travail qui met d’un côté des chômeurs et de l’autre des travailleurs en surcharge de travail. Parler de dualité simplifie la réalité du travail aujourd’hui qui montre l’existence d’un troisième catégorie avec le précariat sous toutes ses formes. Le système capitaliste pousse en même temps vers le chômage et vers les bas salaires généralisés.

Il faut sans doute rompre avec l’institution de la *polyvalence généralisée *qui a visé à faire des économies d’embauche plus qu’à enrichir le travail. Il s’agit alors de faire en sorte que des postes soient dégagés dans chaque unité pour recevoir les travailleurs les moins qualifiés. En ce sens l’abandon de la catégorie D et celle programmée de la C dans les administrations n’est pas une bonne idée. Il faut aussi revaloriser le SMIC et l’indexer sur l’évolution des prix . Une grille de carrière devrait être négociée dans chaque branche pour permettre aux travailleur(se)s de décoller du SMIC. Par ailleurs la RTT doit etre plus forte vers les 28 heures au lieu des 32 heures là ou le travail est intensif ou pénible (travail de nuit, travail dehors, travail monotone et répétitif).


Cette ensemble de mesures vise à abattre *la « théorie » du travailleur « fainéant »* trop bien présente chez les managers et les petits patrons. Les hypothèses implicites sur la nature humaine par les dirigeants sont selon Douglas Mc Grégor :
- L’individu moyen éprouve une aversion innée pour le travail, qu’il fera tout pour éviter.
- A cause de cette aversion caractéristique à l’égard du travail, les individus doivent être contraints, contrôlés, dirigés, menacés de sanction, si l’on veut qu’ils fournissent les efforts nécessaires à la réalisation des objectifs organisationnels.
- L’individu moyen préfère être dirigé, désire éviter les responsabilités, a relativement peu d’ambition, recherche la sécurité avant tout.
Ces lignes sont rapportées par Philippe Bernoux in La sociologie des organisations qui signale que cette théorie justifie l’autoritarisme patronal qui sévit encore dans les entreprises privées orientées vers la recherche maximale du profit mais aussi sous l’influence du néolibéralisme dans les entreprises publiques et les administrations privées.

La politique réformiste radicale du travail ci-dessus dessinée n’est pas soutenue par les syndicats qui parlent peu de la RTT car ils la voit comme contraire à l’augmentation des salaires. Pour cela il faut défendre massivement la baisse des revenus des hauts revenus et l’augmentation des revenus des moins de 3000 euros par mois.

* Au-dela de cette politique.

Contre le néolibéralisme un rééquilibrage vers plus de service public et moins de secteur privé marchand est à promouvoir. Cela signifie valoriser le *travail pour la production de valeur d’usage* face au travail producteur de valeur d’échange. Il s’agit donc via l’impôt de construire une économie non marchande. Les besoins sont réels pour satisfaire sans passer par le prisme de la rentabilité et de la solvabilité les besoins sociaux en matière de logement, de scolarité, de santé, d’énergie, de transport, d’eau, de communication,etc.

Toute cette poltique est fondée sur le partage des richesses et donc sur la ponction par l’impôts des riches à commencer par les financiers qui sont les plus gros prédateurs. On ne saurait parler de cohésion sociale avec de tels écarts de revenus et des travailleurs aussi fragilisés aux fins d’accroissement des profits. Profit qui partent vers la bulle financière et l’oligarchie financière mais pas vers les investissements productifs utiles ni vers les salaires qui ne cessent de baisser depuis 20 ans dans quasiment tous les pays (lire ici Michel Husson site hussonnet).

CD


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