Commentaire de Cristophe
sur Le libre commerce des organes


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Cristophe Cristophe 24 février 2010 16:24

L’article est intéressant sur le fait qu’il pointe qu’il n’est pas éthique que des milliers de personnes meurent chaque année en attente de dons. Mais une ouverture complète au marché est un extrême qui au delà des problèmes éthiques ne solutionnerat pas du tout le problème. Il existe de nombreuses études sur les modèles économiques du don. Une des plus intéressantes est selon moi :


The effects of compensation on the supply of surrogate Mothers (Charlène Peabody Zyl)

http://claradoc.gpa.free.fr/doc/39.pdf

Le premier impact d’un marché sans aucune régulation va faire que ceux qui ont les moyens vont surrenchérir sur les offres d’achat pour ne pas attendre trop longtemps un organe. Donc les coûts vont s’envoler et de fait l’accès aux organes sera encore plus difficile pour la majorité des patients. Il deviendra beaucoup plus intéressant pour tous les intermédiaires de gérer la pénurie pour avoir des prix unitaires élevés que de jouer sur la quantité. Cette voie n’est pas donc la solution.

Le deuxième impact d’un marché sans aucune régulation est que des personnes qui n’auraient pas voulu faire de don au départ mais le font pour des motivations purement économique seront prêtes à mentir sur des éventuels problèmes de santé personnels. Ceci entraînera donc des risques pour eux-mêmes, mais aussi pour le receveur. Au final, le rapport bénéfice/risque est discutable.

Le troisième impact concerne la démarche du donneur altruiste. S’il n’existe aucune incentive même dans le remboursement des frais, cela freinera nombre de donneurs qui ne voudront pas ou ne pourront pas payer de leur poche. Ensuite, si on prévoit une compensation des frais raisonnable, cette partie des donneurs supplémentaires se mettra à donner et donc le nombre de donneurs va croître. Si l’on continue d’augmenter la compensation financière, on atteint rapidement un point d’équilibre où le nombre de donneurs attirés par la compensation financière augmente peu, mais où par contre le nombre de donneurs altruistes qui deviennent réticents à ce que leur don soit perçu comme une démarche financière augmente jusqu’au point où ils ne souhaitent plus donner. Si on continue d’augmenter la compensation financière, le nombre de donneurs diminue fortement et le deuxième impact que j’ai cité intervient.

En conclusion, un marché libre ne fonctionne pas du tout et il est très important de réguler les compensations économiques à un niveau suffisamment faible pour ne pas décourager les donneurs altruistes et d’un point de vue éthique rester dans le consentement libre et éclairé.

J’ajoute que la mention dans l’article de la comparaison avec la compensation des femmes qui « loueraient leur ventre » est fausse et insultante. Ces femmes ne louent pas leur ventre mais sont dans une démarche de don de leur personne (et pas seulement de leur ventre). C’est pourquoi j’ai choisi le document cité plus haut dans mon commentaire. Aux rares exceptions des pays qui n’ont aucune régulation dans le domaine comme l’Inde (pays connu aussi pour ses trafics d’organes...), tous les pays qui ont régulé la pratique de la gestation pour autrui constatent que les compensations restent très inférieures à la rénumération minimum du pays, et qu’elles ne sont pas au coeur des motivations de ces femmes. Une expliquation rationnelle est qu’il y a plus de donneuses de gestation que de couples infertiles, ce qui fait que ces derniers ne prendront pas le risque de faire un parcours de gestation pour autrui avec une personne dont le consentement ne serait pas libre ou éclairé. De même, ces femmes préfèrent se retrouver dans une relation d’altruisme qui entraîne de facto chez le couple receveur une obligation morale de gratitude et de respect, plutôt que d’être dans une relation de dépendance financière qui suppimerait les obligations morales du receveur.

En conclusion, c’est une utopie dangereuse de penser qu’il faille supprimer toute régulation pour solutionner le problème du don. Au contraire, il faut une régulation pointue qui s’assure du consentement libre et éclairé des donneurs tout en mettant en place une politique de défrayement contenue.


Voir ce commentaire dans son contexte