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19 juin 2002 - Bernard de Souzy, peintre, sculpteur de renom, accuse son cardiologue d’empoisement
AU tribunal correctionnel de Créteil, se retrouveront face à face un artiste et un ponte en cardiologie. Bernard de Souzy, peintre sculpteur de renom, accuse son ex-médecin, le docteur Guy Fontaine, de lui avoir diagnostiqué une fausse maladie et de l’avoir empoisonné à petit feu pendant sept ans.
Au terme d’une instruction de deux ans et demi, le cardiologue Guy Fontaine a été mis en examen par le juge Halfen et renvoyé en correctionnelle pour « mise en danger » de la vie de son patient. Une première en la matière.
Une excellente réputation
En 1991, Bernard de Souzy apprend par la presse qu’un cardiologue français a découvert une maladie cardiaque, la DVDA. Selon le docteur Fontaine, n’importe qui peut souffrir de cette affection qui commence par des troubles imperceptibles du rythme cardiaque et s’achève par une mort brutale.
Le docteur Fontaine jouit d’une excellente réputation, dirige le centre de stimulation cardiaque de l’hôpital d’Ivry et annonce même avoir soigné des coureurs du Tour de France.
« J’ai consulté et le cauchemar a commencé, nous raconte Bernard de Souzy. Pour dépister la maladie, le docteur Fontaine a accéléré artificiellement mon rythme cardiaque à tel point que j’ai fait deux arrêts du coeur, devant témoins.
Après mon réveil, il m’a confirmé que je souffrais de cette terrible affection. J’étais mort d’angoisse. Pendant sept ans, il m’a prescrit de la Flécaïne, un médicament qui m’a mis sur le carreau, transformé en loque. »
Bernard de Souzy se prend d’amitié pour son sauveur et par ses nombreux contacts dans le milieu du show-business, l’aide à lui procurer de l’argent pour son association de malades : « Je lui ai versé 140 000 F. J’ai organisé une vente aux enchères pour lui à Monaco et je lui ai même fait son buste. »
En 1998, une amie est intriguée par l’état de santé catastrophique du sculpteur et lui conseille de consulter un cardiologue de réputation internationale, le docteur Mujica. « Je suis tombé des nues, je n’avais pas de DVDA et en plus il fallait que j’arrête au plus vite mon traitement sinon je risquais ma peau, se souvient Souzy. Quelque temps plus tard, j’ai développé un cancer de la gorge. »
L’artiste porte plainte. Le dossier est confié au juge Halphen qui perquisitionne dans le service du docteur Fontaine à l’hôpital d’Ivry et ordonne une expertise médicale dont les conclusions sont édifiantes : « On ne peut conclure que M. de Souzy présentait des signes de DVDA. S’il n’était pas atteint de cette affection, et s’il était traité par Flécaïne, il était exposé aux effets indésirables de ce médicament qui peuvent, de manière rare, être graves. »
Pourtant, le docteur Guy Fontaine nie les faits, affirme que la DVDA est une maladie rare que seul lui et les médecins qu’il a formés peuvent diagnostiquer et qu’il n’a jamais prescrit le médicament. L’affaire pourrait prendre encore plus d’ampleur. Le sculpteur, opéré, est sauvé de son cancer : « Je pense que je ne suis pas le seul à avoir été abusé, il faut que l’on retrouve les 300 autres clients du docteur Fontaine pour savoir s’ils ont subi le même calvaire. »
archives Le Parisien
