Commentaire de Tristan Valmour
sur Différences hommes-femmes - 2e partie


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Tristan Valmour 26 mars 2011 17:06

Bonsoir. Billet intéressant et qui dit en effet, qu’en matière de différences entre H/F sur le plan neuroscientifique, nous savons que peu de choses.

Permettez-moi quelques remarques :

Aujourd’hui, et spécialement dans le monde anglo-saxon, la carrière d’un enseignant-chercheur est tributaire du nombre de publications, préférence étant donnée aux revues à comité de lecture, comme, pour le thème qui nous intéresse, International review of Neurobiology. Cela signifie qu’on publie tout et n’importe quoi, et surtout trop tôt. Prestige du chercheur, et de l’université qui l’emploie. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que dans les universités anglo-saxonnes, l’étudiant est un client. Il y a donc, de la part des universités, une stratégie marketing. Les publications en font partie. Or, la fausse publicité, ça existe.

Mener des recherches dans les neurosciences coûte très cher et demande énormément de temps. L’échantillon testé est souvent trop faible pour valider les résultats, mais on les sort quand même. Pour des raisons éthiques, on fait des expériences sur les animaux, mais le lecteur lambda (et bien souvent les journalistes de revues grand public comme celle que vous citez) confondent homme/animal.

D’autre part, si grâce à la tomographie notamment, on observe mieux le fonctionnement du cerveau qu’avant, l’imagerie médicale ne permet que d’observer. Les conclusions qu’on tire de ces observations sont souvent empruntes d’erreurs et d’approximations. Pourquoi ? Parce que le nombre de connections entre neurones est de l’ordre de 10 puissance 800, et même peut-être beaucoup plus. Aujourd’hui, nous savons seulement observer avec précision les connexions entre 3 neurones quand nous en avons (pour un adulte) entre 40 et 100 milliards. Même sur le nombre de neurones, on ne peut être précis, parce que ce ne sont que des estimations obtenues grâce à la stéréologie, méthode statistique qui permet de mesurer des quantités géométriques à partir d’un échantillonnage aléatoire. Personne n’a compté les neurones un par un !

En reprenant le magazine que vous citez, vous parlez de latéralisation. Saviez-vous que vraisemblablement (donc on n’en est pas certain), chacun de nous est plus cerveau gauche/cerveau droit selon un cycle de 100 minutes environ ? Cela signifie que nos performances synthétiques et analytiques alternent selon ce cycle. Sous réserve d’études complémentaires sur une population conséquente. On en est très loin ! Cependant, j’ai pu constater cela lors de mes expériences en soumettant des étudiants à des activités synthétiques et analytiques sur une période assez longue. Pas de différences entre hommes et femmes.

Dire qu’on est cerveau gauche ou cerveau droit, c’est de la foutaise. On sait aujourd’hui que les localisationistes ont en grande partie tort. Il y a une différence entre localiser les tendances d’une fonction (on parle bien de tendance), et la performance observable (on parle bien de ce qui est observable) d’une fonction. Bref, quand on fait quelque chose, c’est tout le cerveau qui travaille.

Enfin, les personnes dont un hémisphère est endommagé peuvent récupérer les fonctions de cet hémisphère grâce à des exercices idoines. Ce sont les neurones de l’hémisphère épargné qui vont remplir les fonctions de l’hémisphère endommagé.

Tout cela, et on en est maintenant sûr au bout de 120 ans environ de recherches (depuis Ramon y Cajal), est dû à la plasticité du cerveau. C’est l’essentiel à retenir, pour le moment. Dans une interaction continue avec notre environnement, nos comportements observables (on parle toujours de ce qui est d’observable, alors qu’il se produit des phénomènes non observables) se modifient et changent à leur tour notre environnement.

Je vais vous donner un exemple précis pour bien comprendre qu’il est difficile de relier la localisation d’une fonction à la fonction elle-même (désolé d’être plus précis dans la formulation, parce que quand je pense aux neurosciences, je pense en anglais). Il y a des aires du cerveau dédiées spécifiquement à la vue et d’autres à l’ouïe. Pourtant, lorsque des aveugles « lisent » le braille avec leurs doigts, ce sont les aires visuelles qui sont activées, et lorsque les sourds « lisent » la langue des signes, ce sont les aires auditives qui sont activées. Vous voyez maintenant pourquoi on ne peut dire : tel hémisphère fait ceci, telle zone du cerveau fait cela. C’est très compliqué.

Un dernier truc avant d’aller me coucher (j’ai 8h de +), sur la différence homme/femme. De nombreuses études ont « démontré » que les femmes étaient capables d’exercer plusieurs tâches en même temps (multitasking), pas les hommes. C’est un neuromythe dû au fait qu’il n’y a pas eu assez d’études sur la question. Heureusement que Merrill Hiscok de l’université de Houston a conduit 120 expériences sur la question. Seules 4 expériences ont démontré des différences entre H/F : moitié à l’avantage des H, moitié à l’avantage des F. Il y a certes une différence de taille et de densité entre le corpus callosum (ce qui relie les 2 hémisphères) masculin et féminin, mais comme on vient de le voir, cela ne signifie nullement qu’en terme de performance observable, il n’y ait de différence. Pour vulgariser, ce n’est pas parce qu’il y a des différences entre l’architecture de deux bâtiments, qu’il y a des différences entre leurs fonctions.


Voir ce commentaire dans son contexte
https://middlepassage.dei.uc.pt/https://privacycolab.dei.uc.pt/https://cmd.dei.uc.pt/https://henrique.dei.uc.pt/
https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/
https://simseam.ft.uns.ac.id/https://sipil.ft.uns.ac.id/slot gacorhttps://aku.ac.id/https://jpl.staiku.ac.id/https://jist.publikasiindonesia.id/slot gacorhttps://akperstg.ac.id/https://fisip.uisu.ac.id/https://web.pn-sidrap.go.id/
https://hormon-osteoporosezentrum.de/judi bolahttps://saopaulodeolivenca.am.gov.br/slot gacor