Commentaire de chapoutier
sur Comment l'oligarchie vous pense
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bonjour
en tout état de cause voilà ce qu’ils pensent de nous !
"26/07/2011 - Une solution à la crise : faire mourir les gens plus tôt...
Dans un article d’opinion publié
vendredi, le chroniqueur au New York Times David Brooks a révélé la
pensée véritable de l’aristocratie financière américaine quant aux
dépenses publiques consacrées à la santé. Dans des termes à vous glacer
le sang il donne libre cours à son amertume sur le « gaspillage » des
ressources pour le prolongement de la vie chez les vilains et sur sa
détermination à y mettre fin.
La rubrique est apparue en pleine discussion
entre la Maison Blanche et les Démocrates et Républicains du Congrès au
sujet d’un plan consensuel pour retirer des milliers de milliards de
dollars aux programmes de santé et de retraite des personnes âgées et
des pauvres dont les programmes Medicare, Medicaid et la Sécurité
sociale. Le gouvernement Obama a pris la tête de cette attaque sans
précédent contre des réformes sociales fondamentales qui remontent aux
années 1930, insistant pour dire que toute décision de relever le
plafond de la dette doit être liée à de massives coupes sociales.
Le message essentiel de la rubrique de
Brooks est résumé dans le titre, « La mort et le budget. » Il affirme
que, dans le but de résoudre le déficit budgétaire, les gens auront à
mourir plus tôt.
« Cette crise fiscale concerne beaucoup de
choses, » écrit-il, « mais l’une d’entre elles est notre incapacité à
affronter la mort – notre volonté à dépenser pour prolonger la vie de
quelques mois de maladie de plus au point de pousser notre pays dans la
banqueroute. » C’est le souhait égoïste et ignorant du peuple américain à
vivre plus longtemps, et non la cupidité stupide et la richesse
extravagante de l’élite dirigeante ou les milliers de milliards dépensés
en guerre et dans des plans de sauvetage des banques, qui acculent le
pays à la faillite, affirme-t-il.
A la manière typique d’un sophiste, Brooks
présente le cas d’un patient souffrant d’une maladie terriblement
débilitante et incurable pour plaider contre des traitements « inutiles »
concernant des millions d’autres. Brooks cite Dudley Clendinen, un
ancien éditorialiste du Times qui souffre de la sclérose latérale
amyotropique (ALS), ou bien la maladie de Lou Gehrig, qui a choisi de
renoncer à tout traitement supplémentaire.
Parlant de l’état de santé de ceux chez qui
l’ALS a été diagnostiqué, Brooks déclare, « La vie ne consiste pas
seulement à respirer et à végéter dans une enveloppe de peau. » Là, le
ton venimeux est tout aussi évocateur que les mots. Combien de personnes
aujourd’hui malades et âgées Brooks et ses pairs relègueraient-ils dans
la catégorie de ceux qui « végètent dans une enveloppe de peau ? »
Il y a plus que des relents de fascisme dans
ceci. Brooks ne propose pas la solution des nazis pour résoudre le «
problème » des personnes physiquement ou mentalement handicapées –
l’extermination de masse – mais l’on peut facilement s’imaginer les
architectes de telles horreurs recourir à un langage identique pour
décrire leurs victimes.
Le genre d’« analyse coûts-bénéfices »
appliquée à la vie humaine que préconise Brooks a été poussée à sa
conclusion logique sur une affiche de propagande nazie des années 1930
en faveur de l’euthanasie qui dit que des individus « atteints de
maladies héréditaires coûtent 60.000 reichsmark à la collectivité…
Camarade du peuple allemand, c’est aussi votre argent. »
Brooks suggère que toute personne chez qui
on a diagnostiqué l’ALS devrait accepter de mettre fin prématurément à
sa vie. Il méprise les sentiments humains et ignore la contribution que
même des personnes gravement malades peuvent faire à la société. Le cas
du scientifique Stephen Hawking nous vient immédiatement à l’esprit, un
brillant intellectuel qui, grâce aux progrès faits dans le domaine de la
médecine moderne pour prolonger la durée de vie, a apporté certaines de
ses plus importantes contributions tout en étant gravement handicapé
par l’ALS.
Le cas de Clendinen est cyniquement cité par
Brooks afin de plaider en faveur du rationnement des soins de santé. «
Nous nourrissons l’illusion qu’en dépensant beaucoup en frais de santé
nous améliorons drastiquement la qualité de nos vies, » a-t-il déclaré.
Il n’a pas précisé pourquoi ceci est une « illusion ». C’est toutefois
un fait que depuis l’introduction en 1965 de Medicare – le programme de
sécurité médicale du gouvernement pour les personnes âgées – la pauvreté
parmi les personnes âgées en Amérique a nettement diminué et
l’espérance de vie a grimpé.
Ce à quoi Brooks veut vraiment en venir – il
traduit là le consensus existant au sein de l’élite fortunée aux
Etats-Unis – c’est que ces tendances sont malfaisantes et doivent être
renversées.
Il émet un jugement hâtif selon quoi nous «
sommes loin d’un traitement » pour le cancer et qu’« il n’y a pas de
traitement à l’horizon pour les maladies cardiaques. » Ce faisant, il
rejette purement et simplement la signification des progrès
spectaculaires faits dans le traitement à la fois d’une grande variété
de cancers – entre autres du poumon, du sein et de la prostate – et des
maladies cardiaques.
Selon le Centre pour le contrôle et la
prévention des maladies, le nombre de personnes qui sont actuellement
décrites comme des « survivants du cancer » est passé de 3 millions en
1971 à 11,7 millions en 2007 – un bond de 290 pour cent. Un dépistage
précoce et un traitement offensif ont été à l’origine d’une amélioration
considérable.
De la même manière, selon des études
relatées dans la revue Archives of Internal Medicine, le taux de
mortalité à l’hôpital après un infarctus a extrêmement diminué en partie
en raison de nouveaux médicaments et de traitements chirurgicaux. Entre
1994 et 2006, le taux de ce genre de décès a chuté de 53.9 pour cent
chez les femmes de moins de 55 ans et de 33,3 pour cent chez les hommes
du même groupe d’âge.
La partie la plus sinistre probablement de
la rubrique de Brooks concerne le traitement de la maladie d’Alzheimer
et ses malades. Brooks déplore le fait qu’une « grande part de nos
dépenses de santé est consacrée aux patients malades dans la dernière
phase de leur vie. Cette sorte de dépense croît rapidement. »
Pour les annales, Brooks a aussi ajouté, «
Bien sûr, nous ne traiterons jamais les malades d’Alzheimer comme des
exclus en les laissant à flanc de coteau. Nous ne laisserons jamais
tomber les vieux et les souffrants de façon contraignante. » Ces
affirmations du contraire sont étonnamment vagues – et ce, on l’imagine,
de façon voulue.
Que veut-il dire par « de façon
contraignante ? » Si, comme beaucoup le proposent dans le camp de Brooks,
les sociétés d’assurance, Medicare et Medicaid ne prennent plus en
charge les médicaments, les types de traitement et les examens les plus
chers, et que des millions de gens découvrent subitement qu’ils ne
peuvent plus se payer les médicaments et les traitements dont ils
dépendent, cela est-il « contraignant ? » Après tout, ils peuvent bien
décider de ne plus payer leur loyer ou de manger moins et, s’ils sont
riches, ils peuvent continuer à recevoir le meilleur traitement médical
possible pour de l’argent.
« Il est difficile de s’imaginer que nous
puissions réduire sérieusement l’inflation des soins de santé sans que
les gens et leurs familles suivent l’exemple de Clendinen – affronter la
mort en honorant leurs obligations vis-à-vis des vivants, » conclut
Brooks.
Dans sa rubrique, Brook s se réfère, en
l’approuvant, à un récent article paru dans le journal de sensibilité
démocrate, le New Republic. Les auteurs, Daniel Callahan et Sherwin
Nuland, sont encore plus explicites. Ils citent une étude qui affirme
que « les coûts additionnels d’une année supplémentaire de vie » ont
atteint 145.000 dollars. « Si cette tendance se poursuit chez les
personnes âgées, le rapport coût-rentabilité des soins médicaux
continuera de baisser avec la vieillesse, » concluent les auteurs.
Dans l’heureuse éventualité où cette
tendance serait inversée, ils écrivent, « Certaines personnes mourront
plus tôt que ce n’est le cas maintenant, mais ils auront une meilleure
mort. » Ils poursuivent en affirmant que « l’opinion publique doit être
persuadée de modérer ses attentes » quant aux soins de santé en partie
en « ramenant les paiements directs des frais de soins et les frais
déductibles à un niveau suffisamment douloureux pour décourager les gens
» de demander des soins médicaux visant à prolonger la vie.
Toutes les sections de l’establishment
politique exigent des réductions drastiques des programmes de santé. On
doit cependant et en particulier faire remarquer le rôle de premier plan
joué dans cette attaque par l’establishment libéral et le Parti
démocrate.
Le New York Times a joué un rôle de premier
plan dans la campagne de réforme du système de santé du gouvernement
Obama. Interminable est la liste des articles et des tribunes parus dans
ce journal et qui ont vivement critiqué des dépenses trop élevées pour
le dépistage du cancer, les stimulateurs cardiaques, des thérapies aux
statines et beaucoup d’autres traitements vitaux importants. En se
demandant dans sa rubrique s’il y a une valeur intrinsèque à prolonger
la vie des Américains ordinaires, Brooks ne fait qu’exposer
explicitement les prémisses qui sont implicites aux arguments visant à
rationner le système de santé.
Lorsque la réforme du système de santé
d’Obama avait été débattue en 2009, au milieu d’un concert
d’affirmations qu’elle était motivée par le désir de fournir une
couverture maladie « universelle », le World Socialist Web Site avait
insisté pour dire qu’il ne s’agissait pas d’une réforme progressiste
mais bien plutôt d’une « attaque sans précédent contre les soins de
santé des travailleurs… un effort pour détruire les acquis sociaux liés à
l’introduction de Medicare en 1965. »
Au cours de ces deux dernières années, cette
évaluation a été pleinement confirmée. Et le fait même qu’une rubrique
telle que celle de Brooks puisse être publiée dans un grand quotidien
témoigne de la brutalité de l’assaut qui est en train d’être lancé par
l’élite patronale et financière américaine.
Wsws"
