Commentaire de Tristan Valmour
sur Comment les cerveaux se représentent-ils le monde ?
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Excellent article, comme d’hab.
« Elle postule qu’il est illusoire de considérer, comme le font encore la plupart des chercheurs dans ces différentes sciences, que les « entités » isolées par nos sens biologiques, nos appareils et nos conceptualisations, pourraient être décrites comme « existant vraiment », indépendamment de l’observateur, de sorte que la science pourrait nous en donner des descriptions « vraies » en soi ou dans l’absolu, débarrassées de toute influence des sens et de la raison humaine. »
C’est particulièrement vrai, et là se trouve l’un des nœuds du problème.
D’abord, au niveau de la perception. On ne perçoit pas un objet, mais des bits, des impulsions électriques, des signaux individuels. Ces bits sont ensuite assemblés (intégrés) dans des zones spécialisées du cerveau. Leur somme crée des patterns qui font sens, essentiellement des images et des signaux linguistiques (pour ne pas employer le mot langage).
Par exemple : perception d’une droite. Chaque pointillé symbolise un signal individuel.
- + - + - + - + - + - + - = -----------
On reconstruit donc individuellement le monde qui est unique pour chacun de nous.
Ensuite, au niveau de la compréhension.
Les patterns qui ont pris sens sont de nouveau intégrés dans des structures plus grandes (et qui sollicitent davantage de zones du cerveau, et la complexité accroît les dysfonctionnements) : c’est ce qui donne les concepts, idées, pensées, etc.
Ce pensées (concepts, etc.) font des va et vient via entre les zones arrières du cerveau spécifiquement dévolus au passé (assemblage des informations nouvelles + intégration aux informations existantes), et les zones avant spécialement dévolues au futur (émission d’hypothèses, planification, action dans l’environnement…), reliés entre autre par les fasciculi.
Enfin, tout cela est monitoré en permanence par les amygdales qui nous donnent « le sentiment d’avoir raison », qui est bien un sentiment. Nous sommes des êtres de sentiment avant d’être des êtres de sens et de raison. En plus, très dépendants des messagers chimiques (action de l’hypothalamus) qui sont moins précis que les signaux électriques, mais ont un effet plus important. L’amygdale est directement connecté au cortex temporal et au cingulate frontal et antérieur, ce qui laisse supposer qu’il est au cœur du processus de mémorisation, planification, conception, jugement. Et ça, on ne peut pas l’évacuer, à l’inverse d’un ordinateur.
Enfin 2, ne pas oublier le rôle de l’hippocampe qui ne conserve pas les informations bien longtemps mais les dispatche à travers tout le cerveau. Celles-ci sont réassemblées plus tard.
Donc, nous avons plusieurs problèmes :
- au niveau de la perception : reconstruction, pas copie
- au niveau de la compréhension : intégration de nouveaux éléments aux éléments déjà existants : do they fit or not ?
- au niveau de la réflexion : une sorte de circuit fermé isolé du monde physique et qui utilise les données existantes, fruits d’une reconstruction
- au niveau de leur soumission au sentiment
- au niveau de leur mémorisation et de leur rappel, qui sont des reconstruction.
Bref, on est dans la mouise.
Bon, pour terminer, il y a des êtres exceptionnels qui ont à mon avis la clef de tout cela, et qui raisonnent d’une façon complètement unique : les synesthètes complexes (qui combinent plus de deux sens et ont des facultés de raisonnement extraordinaires).
Ne pas non plus oublier la mémoire de travail sans laquelle rien n’est possible.
Au plaisir de relire d’autres articles.
