Commentaire de easy
sur Le dynamythe de la croissance ne fait pas encore exploser la crise morale en Occident
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Je pense que la croissance n’est pas un mythe mais une réalité, qui monte, qui descend, qui stagne, mais qui se mesure et se traduit par des choses tangibles. Si dans cette réalité il y a quelque aspect de mythe c’est dans le sens qu’on en donne, dans le sens « bien » qu’on lui accorde parfois.
Par exemple la lecture de livres par la population est un fait, qui monte, qui descend, qui stagne et là-dessus se greffe un sens, ce sens étant « bien ». C’est dans cette qualification que résiderait le mythe tant qu’il ne sera pas établi scientifiquement que BHL ou PPDA, d’avoir tant lu, seront devenus des gens de « bien ». Tant il ne sera pas établi en contremesure qu’un Massaï qui ne lit jamais de livre est un homme de« mal ».
La croissance n’est pas mythe, elle est trop proche d’une problématique de gestion économique pour cela.
Par exemple, si dans l’Egypte des Ptolémée, il était constaté une croissance de la population, il fallait forcément vérifier si la production agricole progressait d’autant. Faute de quoi, famine. La préoccupation des cultures, des stocks, était alors cristallisante d’angoisses ou de soucis. Ca prenait une allure de dieu tant c’était central des préoccupations mais ce n’était ni un dieu ni un mythe.
Le mythe c’est par exemple lorsqu’à l’étranger, il se dit que l’Egypte trouve toujours de quoi nourrir ses habitants ou au contraire lorsqu’il se dit que les Egyptiens crèvent toujous de faim. Le mythe est une constante qui sert à déterminer ce qui est bien et ce qui est mal. Le mythe sert le sens dont celui restrictif et binaire du manichéisme.
Une mesure physique, objective, d’une situation économique, même si elle concerne un facteur vital, peut être un cristal d’hystérisations (très fondé parfois) mais ne peut pas être un mythe.
A mon sens, cher Bernard, vous avez confondu notre cristallisation-focalisation sur la croissance pour croire que c’est un mythe alors que vous avez négligé de considérer le véritable mythe de la France qui est le progrès.
Ramener un bison à la maison pour en nourrir son clan, ne peut pas constituer un mythe (sauf s’il apparaît par exemple un super chasseur)
Alors que diffuser sa religion soit à dos d’âne soit sur un cheval caparaçonné, est une entreprise qui a besoin d’être soutenue, pour se justifier tant auprès des siens qu’auprès de ceux qu’on contraint, par un mythe majeur : celui de progrès.
N’importe quel Anglais, constatant de visu ce qu’était un navire négrier, n’avait qu’une solution pour taire son indignation naturelle : croire au progrès.
Le creusement du canal de Suez a provoqué des millers de morts tant les conditions étaient dures. Ses promoteurs, ses spectateurs, ne pouvaient moralement accepter cette folie que s’ils croyaient par dessus tout au progrès.
Or le progrès est en réalité à ce point non mesurable que constamment, et particulièrement maintenant, tout ce qui aura été entrepris à la lumière de sa croyance peut s’invalider selon un regard incroyant.
En aucun cas Diogène de Sinope ne verrait de progrès dans quoi que ce soit que nous ayons entrepris depuis des siècles sous l’emprise de ce mythe. Même le volet de la santé peut ressortir invalide malgré les réussites objectivables des vaccins. Car le mythe du progrès ayant porté toutes nos actions, trop, beaucoup trop d’entre elles ont conduit à des morts violentes, à des ruines et des génocides.
Tant que le mythe du progrès ne sera pas analysé et remis en cause, nous continuerons à faire tout et n’importe quoi de la même manière aveugle que nos prédécesseurs.
Tant que toutes nos entreprises, y compris de cultiver des carottes ou d’implanter des antennes, sont susceptibles d’être habillées du mythe immaculé du progrès, il nous aveuglera.
Tant que la croissance elle-même, qui possède des vertus objectivables, peut être, en plus, nimbée du mythe donc du dogme du progrès, elle échappera à la critique scientifique.
