Commentaire de Philippe Moreau
sur Le prix du livre a fait la fortune de la Fnac


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Philippe Moreau Philippe Moreau 18 janvier 2007 17:03

Etant éditeur, je connais assez bien le problème. Alors... La FNAC réalise une marge très faible sur les livres. Elle réalise ses plus gros bénéfices sur le high-tech, qui est quasiment le seul secteur en France où la consommation progresse de façon significative. L’INSEE a calculé récemment que les ménages n’hésitent pas à se priver même de de biens de première nécessité pour acquérir des lecteurs DVD, des téléphones portables (et le forfait qui va avec) ou des télés plasmas. Parce que leur valeur symbolique dépasse leur valeur d’utilité, un peu comme les livres à une époque.

La FNAC fait l’objet depuis quelque temps de rumeurs de cession par sa maison-mère, PPR, plusieurs fois démenties, mais persistantes. Ce qui indique que des changements stratégiques sont dans l’air. Donc, il faut rester prudent dans les analyses qu’on peut en faire.

Tirer sur le prix unique du livre, qui est à peu près la seule action publique d’envergure existant en France pour défendre le secteur du livre, au prétexte qu’il aurait enrichi la FNAC, est assez paradoxal...

Car, sans prix unique du livre, on obtient la situation américaine : des librairies de type ED pour la décoration et l’accueil, où sont entassées des piles de best-sellers, avec une rotation de quelques jours...

La FNAC s’en sortira très bien, parce qu’elle aura la capacité de s’adapter et que, encore une fois, elle fait ses plus grosses marges d’autres produits. A ceci près qu’il y a, actuellement, un fond important à la FNAC. Des milliers de références. Et que ça, ça sera terminé sans le prix unique. Vous aurez intérêt à aimer Marc Lévy...

Vous pourrez aussi dire adieu à tous les libraires indépendants, qui sont déjà en difficulté, mais qui n’auront plus qu’à mettre la clé sous la porte. Parce que si Auchan baisse ses prix de 20 %, je ne vois pas comment un libraire indépendant, qui a déjà difficilement les moyens de se verser le SMIC, peut espérer s’en sortir ! Donc, exit la librairie de quartier.

Et je ne vous parle pas des éditeurs, qui seront encore plus concentrés et encore moins nombreux qu’auparavant, avec l’obligation de ne faire que des best-sellers. Ce qui va changer votre quotidien, croyez-moi. Parce que les livres, ce ne sont pas que les livres... Ce sont aussi tout ce qu’ils inspirent : conversations, débats à la télé, débats dans les journaux, conversations, films, téléfilms...

Enfin, ceux qui souffriront le plus de cette mesure, en dehors des libraires et des éditeurs, ce sont les auteurs. Un fossé se creuse déjà entre les auteurs les plus riches, et les autres, faute d’une politique publique digne de ce nom en faveur du livre. Alors, si on baisse encore le prix des livres... On préfère ne pas imaginer...


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