Commentaire de Christian Labrune
sur Décrets de dernière minute... en matière d'éducation
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
« @Christian : Nous semblons être de la même »promotion " vous et moi. Entre les parents d’élèves qui prennent les profs pour des « feignants » et les ex-collègues qui comme d’hab (excusez les libertés) sont « out » (ex-prof d’anglais, faut me pardonner) , c’est un combat d’arrière-garde. Nous avons toujours cette (mauvaise) habitude de vouloir « expliquer ». «
Lamouet,
C’est la méthode Coué ! Quand les forums du SNES existaient encore - et je ne suis pas pour rien dans leur fermeture, parce qu’avec deux ou trois copains, il y a dix ans, nous les avons complètement subvertis - je ne sais pas combien de fois, pour commenter ce que je lisais et pour emmerder le monde, j’ai pu recopier la petite chanson bien connue : »Tout va très bien, Madame la Marquise« . A la même époque, j’ai dû subir souvent, dans des lycées bien différents, des collègues qui me disaient à peu près la chose suivante : ce n’est pas que nos élèves soient ignorants, c’est qu’ils ne savent pas les mêmes choses que nous. Et immédiatement après venait la tarte à la crème de l’informatique : voyez comme ils se débrouillent, immédiatement, avec les ordinateurs et l’Internet ! Je rigolais : je me souvenais que quelques années auparavant, dans l’académie de Rouen, le rectorat avait résolu de récupérer les notes d’oral au moyen du minitel. Il y avait eu une journée de formation à Rouen, dont je m’étais évidemment dispensé, pour expliquer aux profs les deux ou trois manipulations qui permettaient d’entrer dans le serveur. La formatrice que j’avais rencontrée par hasard quelques temps plus tard m’avait confié que la plupart étaient verts de trouille devant la petite machine. Bref, ces pauvres bougres étaient tellement tétanisés à l’époque par les nouvelles technologies (depuis, les choses ont quand même dû changer) qu’ils percevaient cela comme une forme de »culture", sans voir que ce rapport effectivement très facile des jeunes à ces objets est purement mécanique et magique. J’ai connu dans les années 70 des élèves curieux de ces nouveautés à qui on pouvait utilement enseigner les langages de bas niveau assez difficiles de type assembleur, mais je suppose qu’il y en a très peu aujourd’hui qui sachent même programmer seulement en basic. Bref, tout est devenu culture, aujourd’hui, mais on confond communément la consommation culturelle et la compréhension des choses. On emmène les élèves au théâtre, mais on n’est jamais sûr qu’ils aient compris la pièce ; les profs eux-mêmes la comprennent-ils ? Et souvent la mise en scène des auteurs les plus classiques, de Molière par exemple, révèle de monstrueux contresens. Dans les dernières années de ma sinistre carrière, il y a même des textes sur lesquels j’avais renoncé à interroger au bac, trop certain de devoir entendre des interprétations totalement fantaisistes que les élèves avaient subies et dont il ne serait pas possible de les tenir pour responsables.
