Commentaire de Christian Labrune
sur Compétition ou coopération : une distinction hommes-femmes ?


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Christian Labrune Christian Labrune 13 août 2012 09:41

@nemotyrannus

Sur la naissance de l’idée de nature au XVIIIe siècle, on a écrit des quantités de bouquins, et vous pourrez en avoir une idée en tapant dans Google « idée de nature au XVIIIe siècle ». C’est une époque où, sous l’influence du courant de pensée libertin, Dieu cesse d’être la seule instance légitimante. Il faut trouver une solution de remplacement et ce sera l’idée Nature. Il y aurait donc une nature humaine, par conséquent une nature masculine et une nature féminine, lesquelles se trouvent définies à partir de ce qui peut s’observer dans la société du temps. De fait, les hommes sont plus costauds, il font la guerre, ils n’ont peur de rien, ils entreprennent, risquent leur peau sur les mers et dans toute sorte d’aventures, multiplient les conquêtes amoureuses, pendant que les femmes restent à la maison, gardent les enfants, tombent en syncope à la moindre émotion, ont peur des souris et de leur ombre, prient Dieu, restent chastes et pures (enfin, en principe !) et se comportent en toutes circonstances comme de vraies Sainte-Nitouche. Il y aurait donc, et c’est très évident si on observe la réalité des comportements à l’époque de Rousseau, un sexe fort et un sexe faible.

Les femmes, aujourd’hui, ont cessé de se comporter ainsi parce que depuis près d’un siècle elles ont accès aux études et à la culture. La preuve, c’est que vous les trouvez désormais trop conquérantes et d’une « virilité » qui mettrait en péril celle des mâles. L’article que nous sommes en train de commenter aussi bien que votre intervention, nous disent que le sexe fort, c’est désormais les femmes, et que celles-ci exercent une véritable tyrannie sur leurs compagnons. Mais les manières de se comporter des sexes au XVIIIe siècle et au XXIe résultent de l’éducation et non pas d’une quelconque nature. Si c’était la « nature » qui commandait où serait la possibilité d’une variation ? Or, cette variation, vous ne pouvez pas la nier puisque c’est précisément la chose dont vous vous plaignez et qui vous horrifie.

Il n’y a pas de « prédisposition ». Il n’y a que des conditionnements que nous subissons tous et dont il est assez difficile de s’affranchir pour accéder à une vraie liberté. L’être humain est extrêmement malléable. Qu’on donne aux filles dès l’âge de trois ans des kalachnikov en plastique et elles deviendront des garçons. Qu’on donne des poupées aux garçons et ils deviendront des filles. Je ne pense évidemment pas que cela soit plus souhaitable, l’idéal étant qu’on ne fasse aucune différence entre les rôles dévolus aux sexes puisque ceux-ci peuvent aisément être échangés, et la réalité le prouve.

J’entendais ce matin aux informations qu’en Tunisie où on est en train de refaire une constitution, l’égalité disparaît entre les sexes, les femmes seraient « complémentaires de l’homme » et cesseraient par conséquent d’être des citoyens à part entière. Je suppose que cela fera des vagues, parce que les Tunisiennes ont appris depuis des dizaines d’années à être libres, mais si ces dispositions étaient maintenues de force, on aurait dans vingt ans en Tunisie des femmes sous burqa et sans éducation qui seraient redevenues à peu ce qu’étaient les femmes en France au XVIIIe siècle. La situation serait même bien pire : la plupart des historiens s’accordent à considérer que ce qui a toujours frappé les voyageurs étrangers dans les siècles passés, c’était la place très importante que tenaient les femmes en France. Cela variait évidemment selon les conditions sociales, mais quand on lit Madame de Sévigné ou Madame de La Fayette, quand on considère la vie de Ninon de Lenclos, on n’a évidemment pas l’impression d’avoir affaire à des idiotes du « sexe faible ».

Si je comprends bien le sens de plusieurs interventions, je suis obligé de les traduire ainsi : les vraies femmes, vraiment conformes à leur nature, c’étaient les femmes d’autrefois, celles qui subissaient, qu’on engrossait, qui crevaient en couche, qui travaillaient comme des bêtes en attendant le retour du guerrier et, en toutes circonstances, fermaient leur gueule et nous foutaient la paix. Outre que cette vision des choses est un peu caricaturale comme je le disais à la fin du précédent paragraphe, elle est odieuse parce qu’elle fait le lit de l’islamofascisme dont sont en train de souffrir, en France même, tant de femmes que je vois désormais circuler dans les rues de l’Est parisien empaquetées des pieds à la tête et réduites à la condition d’objets sexuels. Le racisme est tel que la plupart se disent : on s’en bat l’oeil, c’est des musulmanes. Pour moi, chrétienne, musulmane ou athée, une femme est d’abord un être humain et un citoyen. Au lit, elle peut bien user comme elle l’entend et comme vous et moi des particularités de son anatomie, mais on s’en fout, si j’ose dire : cela ne regarde qu’elle. Partout ailleurs, elle est un citoyen. Point final.


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