Commentaire de Tristan Valmour
sur Différenciation pédagogique : l'apport du jeu vidéo à l'Ecole


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Tristan Valmour 3 octobre 2012 13:43

Voilà l’exemple d’un neuroarticle pour neuroneuneus.

Il est normal que « les résultats ne [soient] pas à la hauteur des attentes » puisque justement les élèves sont tous différents. Pour que les résultats soient à la hauteur des attentes, il faudrait un prof par élève, et parmi les profs, un certain nombre avec bac +75. Impossible en enseignement de masse. Et même si tu investis 1 million par élève, le résultat ne pourra jamais être à la hauteur des attentes… pour 1 million dépensé par élève !

« Par exemple, un enfant qui s’avère être plus lent à écrire que le reste de la classe (pour des raisons qui peuvent d’ailleurs être médicales) pourra se voir dispensé d’écrire les consignes des exercices afin de conserver son « énergie cognitive » pour la résolution de la tâche principale demandée (celle qui fait l’objet de la compétence en cours d’apprentissage) »

Pas du tout : un enfant qui n’écrit pas n’écrira pas mieux s’il n’écrit pas. C’est de la connerie en barres. Comme le fait de faire taper des textes au traitement de texte. Le cerveau est plastique, le savez-vous ? Cela signifie qu’il faut plus d’entraînement, mais après avoir compris la nature du problème. Savoir écrire est quand même important non ? En plus, il y a une différence fondamentale entre écrire avec un traitement de texte, et écrire à la main : le second est infiniment plus stimulant que le premier. Tu écris comme un traitement de texte, tu penses comme un traitement de texte !

Excusez-moi, mais « énergie cognitive » je ne connais pas. Magie, magie, explique-moi les mystères de l’énergie cognitive qui vient du lointain cosmos où se perdent d’impétrants adorateurs de la contemplation du vide sidéral.

« Cela lui permettra de mobiliser ses efforts sur la seule technique opératoire sans risquer d’être parasité (conflit cognitif) par un élément externe (le fait, dans le cas évoqué, qu’il ne sache pas encore ses tables). Il pourra donc acquérir la procédure de la technique opératoire puis remédier à son retard de mémorisation des tables de multiplication parallèlement à cela (à un autre moment de la journée). Ces deux exemples montrent bien l’apport de la différenciation pédagogique dans l’enseignement. »

Ouhah, du verbiage imprécis qui sent la maîtrise du sujet ! Ca, c’est sûr que ce n’est pas du Stanislas Dehaene. Après l’énergie cognitive, on a le conflit cognitif (1-0 pour qui ?). Il fait mal ce conflit ? Et puis pas du tout. Il faut avoir le sens de la technique opératoire, puis enseigner la technique opératoire, puis la contextualiser en variant les contextes. Et si l’enfant ne réussit pas, il faut évaluer ses empans, parce que le problème vient très souvent de là. Puis lui faire faire des exercices pour augmenter ses empans. Point final. Si tu as la technique et pas le sens de la technique, eh bien, tu resteras un neuroneuneu qui appliquera bêtement ce que tu ne comprends pas et que t’as lu dans Pif Gadget. Tu pourras ainsi travailler dans l’assistance SAV et demander à ton client : votre télé est-elle branchée ? Si oui, est-elle allumée ? Si non, allumez-la !

Et honnêtement, votre truc sur les intelligences multiples, vous avez piqué ça à Bruno Hourst, ou à quelqu’un qui a piqué cela à Bruno Hourst, ou vous avez vraiment lu et compris les travaux de Gardner ? Il m’est avis qu’en la matière, vous n’êtes pas allé plus loin que le bout de la rue. Pas de quoi écrire un neuroarticle. Vous n’avez même pas cité la source de votre graphe : memletics ?

Sachant que le cerveau est un organe aux fonctions très spécialisées (la latéralisation hémisphérique fonctionnelle en est la preuve), si vous vous entraînez à une tâche sur ordinateur, vous serez meilleur à force d’entraînement, à la réalisation de cette tâche sur ordinateur ; il n’y a pas de transfert automatique du gain de performance à une autre tâche. Et en la matière, il y a des centaines de publications dans des journaux à comité de lecture (et non pas pif gadget) qui le prouvent.

Je me souviens d’une expérience qui a été faite dans une université US. Le groupe de contrôle apprenait de manière classique, et le groupe test apprenait avec des jeux. Quelques jours après les cours, une épreuve a été administrée. Le groupe test avait de meilleurs résultats que le groupe de contrôle. Mais quelques semaines après, on a de nouveau administré une épreuve, et là les résultats ont été édifiants : le groupe test avait de moins bons résultats que le groupe de contrôle ; le groupe de contrôle a surtout retenu le côté ludique, les règles du jeu, que le contenu !

Cela ne signifie pas que le jeu ne soit pas une bonne façon d’apprendre. Au contraire, c’est très bien. Mais comme teaser, pas plus. Serious game est un terme marketing pour vendre plus cher ce qui existe déjà.

Et puis, franchement, l’ordinateur ça n’est pas top pour apprendre. Trop peu d’interactions. Ca va enseigner à raisonner binairement : 1 0 1 0 0 0 1 1 …


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