Commentaire de Jean-Michel Lemonnier
sur Le prestige de l'agrégation...
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Ce que je lis c’est que vous invoquez la raison contre la religion alors que vous êtes incapable de proposer un raisonnement en dehors de votre grille d’analyse marxiste-léniniste, incapable de la dépasser disons de l« actualiser ». Les marxistes comprennent la religion comme un besoin. Un phénomène social-> positivisme. Le fait de considérer qu’il existe un « principe supérieur » comme la raison peut être vu de toute façon comme une attitude religieuse.
En outre, rien n’a jamais été prouvé quant aux raisons de l’existence du sentiment religieux existant à travers la conscience humaine. Reich affirme que les enfants ne croient pas naturellement en Dieu, ça ne les empêche d’être dans la « pensée magique », dans le « surnaturel ». Pour certains historiens des religions, « la croyance » ne fait pas irruption à un moment donnée de l’évolution des sociétés historiques, mais est bien une composante, de toutes époques, de l’esprit humain.Les positivistes affirment uniquement que tout ce qui ne relève pas du monde sensible et donc échappe à l’expérience scientifique ne les intéresse pas.
Les matérialistes (sens marxiste/positiviste) supposent mais jamais ne démontrent que la matière est autonome...D’un côté ou de l’autre, nous sommes dans la construction intellectuelle, voire le positionnement purement idéologique...
Mais peu importe, le plus important à vous lire est votre absence de renouvellement, de critique même a minima à l’égard d’une pensée émergeant au XIXe siècle dans un contexte historique bien particulier, inspirée en outre par la philosophie bourgeoise des Lumières. Et en cela, vous êtes un CROYANT, un bigot...
Vos positions doctrinaires mais surtout procédés assez malhonnêtes (accuser l’interlocuteur de prosélytisme avec insistance/répétition quand il ne fait qu’exposer des faits ) sont assez similaires à ceux des gauchistes petits-bourgeois qui n’ont que les mots fascistes et nazis à opposer à toute « pensée » qui s’écarte de la leur (pensée, un bien grand mot pour décrire leur piaillements)... Comportements comparables à ceux des droitiers évoquant la "menace rouge« , les »100 millions de morts..." quand il s’agit de critiquer un discours de gauche (oubliant qu’il existe aussi un anti-communisme dit de gauche)
En outre, un marxiste attaché au mouvement réel de l’histoire devrait prendre en compte, l’actualité du phénomène religieux. De nos jours, en « Occident », le christianisme en tant que croyance et institution a largement reculé. La démocratie bourgeoise, la société libérale axiologiquement neutre a fait ce travail. Aussi, ce n’est pas parce que Marx a dit que... qu’un marxiste doit être d’accord avec ce qu’il a dit. Un marxiste « actuel » s’intéresse au réel, à la réalité sociale, aux rapports capital-travail-production-consommation, il n’appartient pas à une Église qui se nommerait marxisme. Il est critique. Vouloir contredire son interlocuteur sur chaque point de son discours parce que encore une fois « Marx (ou Lénine) a dit que... » c’est uniquement du « religieux ».
Enfin, prenons l’exemple des sociétés traditionnelles amazoniennes (on exclut donc la société incaïque) qui sont des "expériences communistes" bien plus réussies que celles s’étant imposées au sein des sociétés eurasiatiques. Ces sociétés, selon Pierre Clastres ont empêché l’apparition de l’Etat, des « chefs » (d’un pouvoir permanent et coercitif dans tous les cas/ le chef est « prestigieux » mais sans autorité et révocable) sans que s’impose la nécessité de faire disparaître le « brouillard du surnaturel » -> existence de chamanes, place fondamentale réservée au sacré, conservatisme ..."Expériences communistes" faisant la preuve de l’application possibles des théories marxistes tout en en montrant les limites de ces dernières. Ces sociétés montrent la possibilité de l’existence d’une « société communiste » (ou qui s’en approche fortement), qui à l’épreuve du réel contredisent , de par leur existence et fonctionnement/organisation, certaines propositions marxistes dont l’application a justement pour but l’avènement d’une société communiste...
Quant à votre persistance à faire des Indo-Européens des barbares (sans guillemets), je laisse tomber. Vous ne faites que mépriser totalement les travaux de Dumézil et continuateurs. Vous vous référez à des travaux dépassés datant de la fin du XIXe siècle et à des thèses très critiquées dans les « milieux académiques ». En outre, il existe d’autres thèses prenant le contrepied de vos thèses non fondées, soupçonnant que la civilisation égyptienne antique et sumérienne seraient d’origine indo-européenne... Qui dit mieux ?
Je reviens pour finir sur votre regard sur l’ École vous dites qu’elle sert à "promouvoir la culture bourgeoise, la culture de l’exploitation de l’homme par l’homme". On ne doit peut-être pas s’entendre sur ce qu’est la culture bourgeoise. Si c’est celle des libéraux libertaires, de cette nouvelle bourgeoisie inculte et cynique composée des animateurs de télévision, sportifs, acteurs et chanteurs millionnaires, écrivaillons cooptés par le système, alors effectivement, je vous suis sur la nécessité de sa disparition.
Ou bien, alors, parlez-vous de cette culture bourgeoise incluant Platon, Montaigne, Stendhal, Balzac, Céline, Balzac, Zola (!) etc.,(ou encore l’enseignement des langues anciennes) celle qui développe l’esprit critique telle que désignée comme cible à abattre par les inénarrables BOURDIEU et autres pédagogues à la Mérieu ? (La bourgeoisie dominante ante-68 avait au moins quelque chose à transmettre)
En attendant, des précisions éventuelles, vous n’êtes pas sans ignorer que depuis le milieu des années 70, la culture littéraire est donc considérée comme « bourgeoise » grâce entre autres au « remarquable » travail de sape des deux derniers sus-cités. Autrement dit, l’enseignement du français (on évite le mot lettres) s’oriente depuis lors vers « l’utilitarisme ». En résumé, la lecture sert à s’informer, à se documenter. Si c’est cette culture bourgeoise des « grands textes » que vous voulez évacuer des programmes, l’entreprise est passablement avancée... et dans ce cas vous continuez à assigner à l’ École un rôle d’aliénation.
En éructant le mot « BOURGEOIS » sans aucune précision, vous ne tenez (encore une fois) pas compte du« mouvement », de l’évolution des « catégories ».... Vous raisonnez sur des catégories obsolètes et vous devenez (au mieux) une caricature de marxiste.
