Commentaire de Layly Victor
sur La triste démonstration grecque
Voir l'intégralité des commentaires de cet article
Jean-Marie
Ton article est bien écrit et très intéressant. Avant de parler de Syriza, j’aimerais faire une mise au point au sujet de l’histoire. Tu parles de la merveilleuse pensée grecque, prolongée par les arabes, « malgré le côté pesant de l’Eglise », et ceci me paraît très tendancieux, ou pour le moins partiel. Les Arabes, notamment les califes de Bagdad, en tant que grande puissance de l’époque, ont eu l’immense mérite de faire ressortir la pensée grecque (mathématiques, astronomie, littérature) et le monde leur en est débiteur. Exactement comme les Chinois, future (et déjà) grande puissance du 21ème siècle, sont en train de sauver et de s’approprier la culture et la pensée européennes abandonnées par les pays européens (principalement dans les domaines sinistrés comme les mathématiques, la musique, les arts classiques, la littérature-cf le beau film « Balzac et la petite tailleuse chinoise »).
Il est vrai que l ’Eglise du moyen âge a eu une attitude réactionnaire face au développement des connaissances. Il ne faut cependant pas sous-estimer le moyen-âge et tout ce qu’il a apporté, notamment en architecture (par exemple, dans notre région, l’abbaye de Silvacane qui, par sa beauté simple et limpide, rejoint l’idéal Grecq).
Cependant, l’Eglise a eu une attitude très intelligente, pour une fois dans son histoire. Après l’échec des guerres de religion, elle a eu l’idée de la contre-réforme. Au lieu de prétendre lutter contre la réforme par le feu et par le sang, elle a eu l’idée de concurrencer la réforme en produisant ce qu’il y avait de meilleur, dans tous les domaines. Ce fut l’éclosion de l’art, des sciences expérimentales et théoriques, et surtout du mouvement universitaire qui est à l’origine de l’essor technique, scientifique, et littéraire prodigieux de l’Europe. Même si quelques princes de l’Eglise récalcitrants ont tenté de s’opposer à l’essor des connaissances (affaires Galilée, Copernic, Giordano Bruno), le mouvement était lancé, qui ne devait se terminer que de nos jours, avec l’effondrement moral actuel. Comme les réformés ne voulaient pas être de reste, ils ont aussi produit des merveilles.
Mais nous sommes dans un pays où il est bien vu de cracher sur notre histoire et sur nos racines (je sais que ce n’est pas ton cas).
Dans la littérature hellénique, le thème qui revient souvent, c’est le héros confronté aux caprices et à la vanité des dieux, qui lui coûtent cher. Un peu comme Syriza : un héros confronté à une puissance contre laquelle il n’a aucun pouvoir. Seuls le christianisme, et ensuite l’Islam, ont introduit la notion d’un Dieu bienveillant pour l’être humain (ou pourvoyeur d’opium, si on est marxiste).
Donc, Syriza n’a pas d’atout, puisque l’argent appartient aux banques, et n’appartient plus aux peuples. Comment veux tu qu’il ne soit pas condamné à reculer ?
Ton argent, mon argent, notre argent, appartiennent aux banques, qui nous le prêtent pour qu’on puisse consommer, à condition de fermer notre gueule et d’être à jour sur les paiements. Et pour nous donner l’illusion que nous avons notre mot à dire sur l’organisation de la société, elles ont inventé les élections, les députés, les hommes politiques, tout ce cirque que les journalistes appellent « la démocratie ».
Ce qui ne m’empêche pas d’avoir une grande sympathie pour Syriza et la Grèce, notre mère à tous.
