Commentaire de Courouve
sur Religion, piège à ... ?
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Nietzsche, notes de lectures :
Le Voyageur et son ombre, § 2 : Que le monde ne soit pas la quintessence d’une rationalité éternelle, on peut le démontrer définitivement par ceci que ce morceau de monde que nous connaissons - j’entends notre raison humaine - n’est pas trop raisonnable.
Aurore, I, § 95 : Autrefois, on cherchait à prouver qu’il n’y avait pas de dieu, - aujourd’hui on montre comment la croyance qu’il y en a un a pu s’établir.
Fragments posthumes, M III 1, printemps-automne 1881 : [175] : Avec quelle vilenie le christianisme ne s’est-il pas comporté à l’égard de l’Antiquité en la diabolisant dans sa totalité ! Comble de la perfidie calomnieuse !
Gai Savoir, III, § 108 : Dieu est mort : mais telle est la nature des hommes que, des millénaires durant peut-être, il y aura des cavernes où l’on montrera encore son ombre. V, § 344 : Que dire si Dieu même se révélait comme notre plus durable mensonge ? § 357 : Schopenhauer fut en tant que philosophe le premier athée avoué et inflexible qui se soit trouvé parmi nous autres Allemands : c’était là le vrai motif de son hostilité envers Hegel. [...] discipline doublement millénaire de l’esprit de vérité qui finit par s’interdire le mensonge de la croyance en Dieu. ...
Fragments posthumes, N V 7, automne 1881 : [53] : Pour les irréfléchis il est besoin d’une philosophie et d’une morale abrégées : Dieu. Notamment lorsque le malheur arrive ! [81] : Il faut que les insatisfaits aient quelque chose à quoi pouvoir accrocher leur cœur : par exemple Dieu.
Fragments posthumes, W I 1, printemps 1884 : [270] : Premier principe : il n’y a pas de Dieu. Il est aussi bien réfuté qu’une chose peut l’être. Il faut se réfugier dans l’ « incompréhensible » pour imposer la thèse de son existence. Par conséquent c’est désormais un mensonge ou une faiblesse que de croire en Dieu.
Fragments posthumes, N VII 1, avril-juin 1885 : [204] : j’ai découvert que Dieu est la pensée la plus destructrice et la plus hostile à la vie.
Fragments posthumes, Z I 2b, août-septembre 1885 : [14] : l’athéisme est la conséquence d’une élévation de l’homme. Dieu est réfuté, mais pas le diable.
Fragments posthumes, W II 1, automne 1887 : [18] : « Dieu » aujourd’hui rien qu’un mot pâli, pas même une notion ! Mais, comme Voltaire sur son lit de mort, disons : « Ne me parlez plus de cet homme-là ! »
Fragments posthumes, W II 6a, printemps 1888 : [58] : la foi est obtenue par des moyens radicalement opposés à la méthodique de la recherche : - elle exclut même celle-ci -
Le Crépuscule des Idoles, « La « raison » dans la philosophie », § 4 : leur stupéfiante idée de « Dieu » ... C’est l’ultime, le plus mince, le plus vide, qu’on place à l’origine, comme cause en soi, comme ens realissimum. « Les quatre grandes erreurs », § 8 : L’idée de Dieu était jusqu’à présent la principale objection contre l’existence ... Nous nions Dieu, nous nions en Dieu la responsabilité : c’est en cela, et en cela seulement que nous sauvons le monde.
L’Antéchrist, § 18 : Dieu, formule unique pour dénigrer l’ « en-deça » et répandre le mensonge de l’ « au-delà » ! § 47 : - Ce qui nous distingue nous, ce n’est pas de ne retrouver aucun Dieu, ni dans l’histoire, ni dans la nature, ni derrière la nature, - c’est de ressentir ce que l’on a vénéré sous le nom de « Dieu », non comme « divin », mais comme pitoyable, comme absurde, comme nuisible, non seulement comme une erreur, mais comme un crime contre la vie ... Nous nions Dieu en tant que Dieu.
Ecce Homo, « Pourquoi je suis si avisé », § 1 : Dieu est une réponse grossière, un manque de délicatesse à l’égard des penseurs que nous sommes, - au fond c’est même une grossière interdiction qui nous est faite : « Tu ne penseras point ! » « Pourquoi je suis un destin », § 8 : Le concept « Dieu », inventé comme concept opposé à la vie - et, en elle, tout ce qui est nuisible, empoisonné, négateur, toute la haine mortelle contre la vie, tout cela ramené à une scandaleuse unité ! Le concept « au-delà », « monde vrai », inventé pour déprécier l’unique monde qui existe, pour ne plus conserver pour notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche ! Le concept « âme », « esprit », et, pour finir, « âme immortelle », inventée afin de mépriser le corps, de le rendre malade - « saint » ! - d’opposer une effrayante insouciance à tout ce qui, dans la vie, mérite le sérieux : les questions d’alimentation, de logement, de régime intellectuel, de traitement des malades, d’hygiène, de climat ! Au lieu de la santé, le « salut de l’âme » - je veux dire une folie circulaire qui oscille entre les convulsions de la pénitence et l’hystérie de la rédemption ! Le concept de « péché » inventé, en même temps que l’instrument de torture qui la complète, la notion de « libre arbitre », à seule fin d’égarer les instincts, de faire de la méfiance envers les instincts une seconde nature !
