Commentaire de Nycolas
sur Lire ne suffit pas...
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@bibou1324
Vous allez un peu loin. Un auteur ne peut bien évidemment pas maîtriser les moindres détails de ses textes, mais ça ne l’empêche pas d’essayer... Lorsque j’écris, il y a toujours un lot de choses cachées, de jeux sémantiques, etc. En fait, cela va parfois si loin que même un prof ne penserait pas à des choses pareilles, tout simplement parce qu’il n’est pas dans la tête de l’auteur, et c’est là que le bât blesse... Quand les professeurs prétendent dire ce que l’auteur a voulu dire, alors qu’ils ne voient que l’apparence première du texte, ce qu’on leur a appris à détecter dans leur apprentissage. Mais aucun apprentissage ne saurait rendre la diversité des intentions des auteurs existants, d’autant que souvent, le professeur ou le système éducatif projettent leurs souhaits voire leurs fantasmes sur le travail de l’auteur, qui est parfois à l’opposé de ce qu’on espérait qu’il voulait dire (je pense par exemple à comment fut interprété le premier livre de Céline, applaudi par la gauche, alors que Céline, pour faire un gros raccourci, était plus proche de l’anarchisme de droite, en fait sa sincérité fut tour à tour applaudie puis condamnée, parce qu’on voulait la faire entrer dans un carcan politiquement correct, déjà, afin de pouvoir en faire un modèle pour les générations à éduquer, c’est à dire, à formater, précisément ce que ne devrait pas être un roman, en fait, mais il faut prendre en compte cette velléité de formatage pour comprendre pourquoi beaucoup d’auteurs sont encensés et choisis pour être présentés à l’école : ils servent de monument national, avec toujours une bonne dose de manichéisme, avant de servir de modèle artistique, avec toutes les nuances que l’art impose souvent, comme système d’esthétisation de l’étude anthropologique)...
Le problème est la volonté d’un système éducationnel de normer son éducation, qui est inévitable, quand on ne peut faire entrer dans une norme la totalité des auteurs, artistes aux objectifs aussi divers que ce sont des individus différents. Une étude littéraire approfondie demande de connaître parfaitement un auteur, de se référer aux meilleures biographies, de connaître leur correspondance (ce qui deviendra quasi impossible avec les mails), de savoir ce qu’en disaient leurs contemporains et leurs proches, quand un cours sur Hugo ou Zola se réfère la plupart du temps à quelques généralités assez superficielles et effectivement souvent fausses ou exagérées : on se focalise sur les apparences du texte et des détails parfois anecdotiques et inutilement épuisants pour celui qui étudie, sans saisir que, bien souvent, il faut prendre de la hauteur pour apercevoir le véritable motif que l’auteur avait tenté de dresser, à l’échelle d’un roman.
