Commentaire de Renaud Bouchard
sur Une petite vermine


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Renaud Bouchard Renaud Bouchard 22 octobre 2018 23:07
@velosolex

Bonsoir.

Je souscris parfaitement à votre analyse :

"Si la délinquance de petites frappes est certaine, celle des cols blancs l’est tout autant, voir bien pire, par son rôle de modèle. On apprend qu’une magouille a permis aux banques d’escroquer 150 milliards à quelques pays européens dont la France et l’Allemagne. On en apprend donc autant en lisant Piketty, sur l’augmentation vertigineuse de inégalités qu’en lisant le bouquin de Salviano, dont la tête est mise à prix par la mafia. Celle ci n’étant plus maintenant qu’une hyperbole du libéralisme décomplexé. Ces deux violences marchent de concert, et nous renvoient à quelque chose de très inquiétant, qui s’est déjà passé plusieurs fois dans le passé, quand le sens de l’histoire se perdait et qu’il n’y avait plus d’autre projection politique autre que celle ne travaillant plus que pour une ploutocratie. Les marges traduisent à leur façon. S’attaquer au symptômes sans gérer la cause ne sert à rien"

Effectivement. Fraude à tous les étages, avec des moyens différents. Les faits que vous évoquez et qui procèdent d’un montage de professionnels tant politiques que financiers ont finalement été découverts.

L’énorme fraude fiscale baptisée « cum ex », révélée en Allemagne, a coûté 55 milliards d’euros à une dizaine de pays européens, soit bien plus que les évaluations initiales, affirment 19 médias, dont Le Monde, jeudi dans une enquête conjointe.

L’arnaque consistait à acheter et revendre des actions autour du jour de versement du dividende, si vite que l’administration fiscale n’identifie plus le véritable propriétaire. « Le Monde » et 18 autres médias européens ont démonté le mécanisme de cette fraude inventée par des financiers qui ont opéré en bande organisée dans 11 Etats européens qu’ils ont volés en toute impunité depuis quinze ans.

Jusqu’à présent, circulaient uniquement les estimations des sommes extorquées au fisc allemand, allant d’environ 5,3 milliards selon le ministère allemand des Finances à 30 milliards d’euros selon la presse.

| Lire : « CumEx Files » : l’histoire secrète du casse du siècle (in Le Monde)

Mais les investigations de 19 médias européens, dont Le Monde, concluent que le « cum ex » a coûté la somme pharamineuse de 55,2 milliards d’euros à 11 États (l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Nas, le Danemark, la Belgique, l’Autriche, la Finlande, la Norvège et la Suisse).

L’invention de ce montage litigieux est attribuée à un avocat allemand de renom, Hanno Berger.

Un avocat de renom qui mise sur les lacunes des lois fiscales

Dans son édition du 16 mars 2016, déjà, le quotidien allemand Handelsblatt, faisait le portrait de l’avocat, sous le titre « L’initiateur » brossant d’un trait le parcours trouble du personnage :

"Hanno Berger a commencé sa carrière au service des impôts de la Hesse. Il s’est ensuite rendu compte que les lacunes des lois fiscales rapportaient plus que la défense [la plaidoirie]. Aujourd’hui, il se sent persécuté par l’État."

La manipulation qu’il a élaborée consiste à acheter et revendre des actions autour du jour de versement du dividende, si vite que l’administration fiscale n’identifie plus le véritable propriétaire. La manipulation, qui nécessite l’entente de plusieurs investisseurs, permet de revendiquer plusieurs fois le remboursement du même impôt sur le dividende, lésant ainsi le fisc. (Voir l’infographie du Monde qui explique comment des investisseurs réussissent à ne pas payer d’impôts sur les dividendes.)

Une affaire d’évasion fiscale massive qui a éclaté en 2012

L’affaire a éclaté en 2012 en Allemagne, entraînant l’ouverture de six enquêtes pénales et la tenue prochaine d’un premier procès à Wiesbaden, dans l’ouest, visant Hanno Berger et plusieurs négociants en Bourse, notamment, expliquait Reuters en septembre dernier, cinq anciens traders de la HypoVereinsbank (HVB) accusés de fraude fiscale grave.

Des banques françaises seraient impliquées, notamment BNP Paribas et Société Générale, qui avaient fait l’objet de perquisitions de la justice allemande en 2014, selon Le Monde.

Les experts en fiscalité dénoncent depuis longtemps ces transactions « cum-ex » sur les dividendes comme une faille du système fiscal, mais les enquêteurs comme les procureurs (dont celui de Francfort), eux, se sont quasi tous accordés pour qualifier cette affaire comme étant de l’évasion fiscale massive.

Sur la foi « d’informations des autorités fiscales et d’analyses des données de marchés », l’enquête conjointe des 19 médias détaille désormais le préjudice supposé par pays.

17 milliards d’euros volés à la France

Pour l’Allemagne, l’enquête reprend la fourchette haute des estimations, soit 31,8 milliards d’euros extorqués au fil du temps, d’après les calculs déjà connus de Christoph Spengel, spécialiste de fiscalité à l’Université de Mannheim (jusqu’alors, le ministère des Finances allemand tablait sur un vol de 5,3 milliards d’euros).

L’escroquerie aurait aussi coûté « au moins :

  • - 17 milliards d’euros » à la France,
  • - 4,5 milliards à l’Italie,
  • - 1,7 milliard au Danemark et
  • - 201 millions d’euros à la Belgique.

De l’argent que ces États, en période de budget en berne, n’auraient pas dédaigné avoir à disposition, n’eût été les failles de leurs systèmes fiscaux.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/le-casse-du-siecle-l-enorme-fraude-fiscale-a-55-milliards-d-euros-des-cumex-devoilee-par-le-monde-794456.html


Voir ce commentaire dans son contexte