Commentaire de Laulau
sur La face cachée des frais d'inscription pour les étrangers dans les universités françaises


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Laulau Laulau 14 décembre 2018 12:53

MBENGUE Sagar 

 Lettre ouverte au Premier Ministre Édouard Philippe 

 Contre l’augmentation des frais d’inscription des étudiants

Monsieur le Premier Ministre,

Je me permets de vous adresser ces quelques mots pour vous faire part de mon quotidien ordinaire…  Je me réveille tous les matins, du lundi au vendredi, à 5h du matin, je prends le métro pour aller au Crous où je prépare des sandwichs jusqu’ à 9h avant d’aller en cours. Ne bénéficiant pas d’une bourse d’étude,  éloignée de ma famille  qui fait des  sacrifices pour mes études, je cours toute la journée de peur de rater un cours. 

 Je compte mes sous parfois au centime près pour payer mon loyer mais je ne suis pas découragée pour autant, car ma soif de connaissances dépasse tout. Les notes que j’obtiens me rassurent parfois, m’encouragent souvent ; dire bonjour aux gens en souriant me réconforte et aider les enfants en difficulté au collège me passionne. 

 Monsieur le Premier Ministre, laissez-moi vous dire que durant tout l’été je travaille, j’épargne pour la rentrée, afin de pouvoir payer mon inscription, mes frais de  renouvellements pour le titre de  séjour, le dépôt de garantie et quelques mois de loyer avant de reprendre mon travail tous les matins. Je sème la graine de l’effort pour les beaux fruits de la connaissance et de sa liberté infinie. Et  pourtant, les frais  d’inscription sont seulement  de 170 euros,  170 euros qui  pèsent déjà lourd  sur mon budget… 

Voyez-vous, Monsieur le Premier Ministre, je rêve de faire un Master, mais au vu de la situation que je vous ai décrite, imaginez-moi avec 3770 euros de frais d’inscription… Une saison d’été à faire la plonge ou à travailler comme serveuse n’y suffira pas, les matins ne seront que miettes. J’imagine que je ne pourrai que difficilement me loger, je ne parle même pas de me nourrir et sans doute devrai-je aller voir  l’assistante sociale de  l’Université qui, en dépit de toute  sa bonne volonté, finira par remettre  mon sort entre les mains d’une commission qui en décidera sans états d’âme. 

 Et pourtant  avec des frais  d’inscription à l’université  qui s’élevaient à  170 euros, un  loyer, des frais  de transports et  de nourriture, j’avais encore, en dépit des difficultés, ma vie en main. 

 Monsieur le Premier Ministre, s’agit-il juste ici de mettre en place des critères de sélection ou n’est-ce pas plutôt restreindre l’accès à l’éducation à des gens comme moi ? Je suis étrangère, certes, non européenne certes, mais issue de cette francophonie si chère à Léopold Sedar Senghor, et j’ai peine à croire que le pays que vous représentez et dans lequel je me suis battue pour étudier veuille renier toute fraternité, y compris celle qui lie nos peuples en dépit d’une histoire extrêmement douloureuse. 

Monsieur le Premier Ministre, si l’augmentation des frais d’inscription a pour but de faire valoir la reconnaissance de la qualité de  l’Université française, je  peux témoigner de  son excellence : chaque  année passée en  France est pour  moi l’occasion d’acquérir une richesse intellectuelle sans précédent, d’accumuler des savoirs que je sens fleurir en moi et qui un jour peut-être  donneront leurs fruits. À moins que toutes ces perspectives ne soient désormais réduites à néant ? 

 L’agence Campus France affirme que l’apport global des étudiant.e.s étranger.e.s  à l‘économie française s’élève à un montant de 4,65 milliards ; à côté de cela, le coût des étudiants étrangers pour le budget de l’État est de 3 milliards d’euros. Mais cela n’a pas de commune mesure avec la connaissance et l’expérience que la France nous offre. Et pourtant j’aime la France, même en  écoutant les vieux tubes de Youssou Ndour qui parlent d’esclavage ou des tirailleurs africains. 

 Monsieur le  Premier Ministre,  l’Université ne serait-elle  pour vous qu’un  outil d’échange commercial  dont le savoir  serait la marchandise offerte au plus  offrant et dont  certaines catégories de  personnes seraient privées   ? Quels seraient dès  lors les critères qui permettraient de décider de qui a le droit ou non à l’éducation ? Monsieur le Premier Ministre, qu’est la France sans  cette égalité ! qui définit  son essence  ? Ne  faites pas en  sorte, s’il vous  plaît, qu’être une  étudiante étrangère hors  UE soit désormais un critère discriminatoire. 

 Rassurez-moi, Monsieur le Premier Ministre, cette décision n’est pas le cheval de Troie qui vous permettra d’augmenter les frais  d’inscriptions pour tout.e.s les étudiant.e.s à l’exemple du système américain ? Je veux croire que vos projets pour l’Université sont toujours en accord avec les grands principes de la République. Mon cas particulier n’est qu’un parmi des milliers d’autres,  qu’on soit étranger  ou non c’est  toute une jeunesse  qui est dans  le tourment aujourd’hui  quant au futur de  l’Université française. 

 Monsieur le  Premier Ministre,  conformément aux valeurs  que vous défendez  et que nous  défendons, faites en  sorte que l’Université reste un lieu de partage de connaissances et non le terrain de l’inégalité entre les individus.

 

MBENGUE Sagar


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