Commentaire de Étirév
sur Abélard, Héloïse et Bernard par George Minois
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Malgré tous les obstacles que l’Église ne cessait d’accumuler pour étouffer la pensée, la foule avide de connaître, de savoir, est à chaque instant prête à rompre les liens qui l’attachent à Rome quand elle croit entendre quelque part la parole de vérité.
Au XIIème siècle déjà, nous en avons la preuve dans l’ardeur avec laquelle elle se précipite sur les pas d’Abélard pour entendre sa parole inspirée.
Avant Héloïse, bien des femmes vaillantes avaient suscité des hérésies ; avant Abélard, bien des hommes les avaient suivies et défendues hardiment en face de l’Église ; mais aucune femme n’avait laissé un nom aussi célèbre que celui d’Héloïse, peu d’hommes ont eu une aussi grande renommée qu’Abélard ; cela vient de ce que la révolte de leur conscience et l’affranchissement de leur esprit furent idéalisés par un roman d’amour, et le public, qui est romanesque, prête plus d’attention et d’intérêt à ceux qui se sont aimés sans mystère, surtout lorsque leurs amours et leurs actes ont été une révolte contre la contrainte imposée par la morale catholique.
Mais, si le roman d’Abélard est célèbre, si l’histoire de ses amours est populaire, on ne connaît pas assez l’histoire du redoutable enseignement que ce roman d’amour entrecoupait, de ses pouvoirs, des paroles ardentes où la libre pensée moderne brillait de ses premières lueurs et qu’un peuple d’écoliers, pressé sur l’étroite berge du fleuve, écoutait avidement.
Héloïse, Abélard et le Mystère de l’Immaculée Conception.
