Commentaire de Séraphin Lampion
sur Toute la beauté du monde...
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Cette approche de la nature est en fait très récente et date du courant littéraire naturaliste, de DH Lawrence à Zola.
Auparavant, la nature était considérée comme le monde sauvage qu’il fallait domestiquer pour les animaux, cultiver pour les plantes et civiliser pour les hommes. La nature, c’était la jungle.
Dans « La Maison du berger », Vigny décrit une nature sinon hostile, du moins indifférente aux destinées et à la sensibilité humaines :
Elle me dit : « Je suis l’impassible théâtre
Que ne peut remuer le pied de ses acteurs ;
Mes marches d’émeraude et mes parvis d’albâtre,
Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.
Je n’entends ni vos cris ni vos soupirs ; à peine
Je sens passer sur moi la comédie humaine
Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.
« Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre,
À côté des fourmis les populations ;
Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre,
J’ignore en les portant les noms des nations.
On me dit une mère et je suis une tombe.
Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe,
Mon printemps ne sent pas vos adorations.
« Avant vous j’étais belle et toujours parfumée,
J’abandonnais au vent mes cheveux tout entiers,
Je suivais dans les cieux ma route accoutumée,
Sur l’axe harmonieux des divins balanciers.
Après vous, traversant l’espace où tout s’élance,
J’irai seule et sereine, en un chaste silence
Je fendrai l’air du front et de mes seins altiers. »
