Commentaire de Loatse
sur Les cons se surpassent* !
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D’habitude la soirée se passait autour de l’âtre, entre voisins, les hommes fumant leur tabac, les femmes écossant les petits pois tandis que grésillaient les chataignes dans l’âtre, à écouter l’ancien qui avait toujours quelque conte merveilleux, parfois effrayant à raconter, car il faut l’admettre ; on aimait bien se faire peur aussi...
Mais cette soirée là fut différente des autres... Les gelées précoces firent que l’assemblée (de braves chrétiens) invita un colporteur transi à s’y réchauffer lui aussi avant de gagner son coin de grange pour la nuit...
L’ancien ce soir là, on ne sait pourquoi, posa une question plutôt surprenante en ces temps on l’on vivait au jour le jour, ne sachant et ne s’inquiétant guère d’autre chose que du temps qu’il fera, promesse de bonnes ou de mauvaises récoltes... Ou sans doute se parlait il à lui même, à voix haute en tassant son tabac dans sa pipe..
Je me demande, s’exclama ce dernier, si la vie à mon âge sera aussi douce pour mes descendants, dans les temps lointains...
Un silence s’étala soudain parmi l’assemblée telle la nappe de brouillard qui engloutissait les champs au dehors de la ferme..
"Je ne sais point ! répondit alors avec assurance, le jusque là silencieux colporteur.... Mais ce que je sais c’est que ceux ci auront tous monnaie sonnante et trébuchante dans leur poche...
Aaaah, s’exclama l’ancien, soudain rêveur, car d’espèce sonnante il n’avait point, ou du moins plus... Sa bru lui procurait son tabac à volonté, lui cuisait sa soupe, lui lavait et reprisait son linge... Se reprenant toutefois : Qu’avait il finalement besoin de plus après une vie de labeur ?
des contes merveilleux à volonté tout le jour et jusqu’à tard la nuit tombée, ils pourront écouter, Poursuivit l’homme, souriant....
Aaaah s’exclama cette fois l’assemblée, faisant ainsi écho à l’ancien si friand de ces distractions.... Qui, toutefois, se demanda comment la chose pouvait être possible et si finalement il n’y avait pas là matière à s’en lasser..
et puis, poursuivit le conteur, ravi apparemment d’avoir un auditoire si attentif, lorsque ses gambes lui feront misère, des bienfaiteurs viendront le promener dans une petite carriole moelleuse...
Là c’en était trop ! L’ancien perclus de douleurs, réduit, malgré toute l’attention que lui portait ses enfants, à être déplacé sur sa chaise en paille du devant de la fenêtre au devant de l’âtre chaque jour que Dieu fait, en vint à ressentir soudain, que dis -je à être littéralement submergé d’un sentiment d’ amertume... Pourquoi, mais pourquoi donc était il né à cette époque ci ? maugréa t’il entre ses lèvres tellement serrées sur la tige de sa pipe qu’elles semblaient en être devenues blanches...
C’est là grande injustice ! s’exclama alors ce dernier, rompant ainsi le charme sous lequel se trouvait apparemment l’assemblée..
N’en prenant pas ombrage pour autant, le conteur lui posa alors cette question étrange :
C’est là ce que vous souhaiteriez pour vous même, l’ancien ?
Pardi, répondit celui ci, habité tout entier par un sentiment nouveau, la frustration..
Alors vous serez exaucé, répondit aussitôt l’étranger l’air soudain décu, un sourire triste, accompagnant ses propos
............. c’est à ce moment là, que l’ancien se réveilla, tandis qu’une aurore tentait de percer la brume visible depuis la fenêtre de..... sa maison de retraite, là ou son fils venait lui rendre visite, avec ses petits enfants, pour paques, pour noel ou bien le jour de son anniversaire...
Devant son lit médicalisé, une carriole à roulette euh, quelle drôles de mots lui traversent soudain l’esprit s’alarma t’il, un fauteuil roulant, oui c’est cela, un fauteuil roulant semblait attendre son réveil pour l’emmener prendre sa soupe matinale, euh son bol de café au lait...
Mais qu’avait il donc se matin, se demanda t’il doublement effrayé, n’est ce pas là, signe de sénilité ?
C’est à ce moment là que la porte s’ouvrit sur un homme vêtu d’une blouse blanche, au sourire triste et qui, s’adressant à lui (son voisin dormait encore à poing fermé, ronflant comme à son habitude comme un tracteur diésel), lui posa cette étrange question :
Y a t’il encore quelque chose que je puisse faire pour vous, l’ancien ?
