Commentaire de Bernard Grua
sur Les Wakhis, un petit peuple écartelé et cloisonné aux confins de la haute Asie Centrale
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@Rudolph
Bonjour Rudolph,
Merci pour votre sympathique et détaillé retour. Je ne connais pas Nikolaï Fiodorov, je me renseignerai. Pour ma part, je ne prétends pas, et je ne cherche pas à, avoir une approche philosophique des choses. Je me contente d’observer et, quand je le peux, d’écouter. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les personnes qui partagent les mêmes sujets d’intérêt que moi. Mais il y a des lieux qui appellent pour différentes raisons. Il est difficile d’y résister. L’Asie Centrale faisait partie de ces endroits, comme précédemment la Sibérie avec les Monts Saians et Iakoutsk dont j’ai parlé sur Agoravox. Visiter un lieu et rencontrer ses habitants suscitent d’autres appels.
En 2011, j’étais dans le Pamir Tadjik. La route longe l’Afghanistan, sur des centaines de kilomètres, avant Khorog. On côtoie un petit monde qui nous est interdit, juste de l’autre côté du Panj, aussi étroit qu’il est tumultueux. On peut même échanger des signes avec l’autre rive. Mais c’est dans le Wakhan tadjik depuis la forteresse Abrashim Qala que la beauté de la vallée afghane se révèle et que l’envie devient irrésistible. On m’indiquait que des Kirghizes Afghans y vivaient tout au bout. Je suis donc revenu, en 2013, par Khorog puis par Ishkashim pour entrer en Afghanistan. Entre temps, j’avais lu tout ce que j’avais pu trouver sur le sujet. J’ai appris les connections des Kirghizes et Wakhis Afghans avec d’autres Wakhis dans une vallée perdue au bout septentrional du Pakistan. Mieux, je suis entré en contact avec Alam Jan Dario qui connaissait très bien Matthieu Paley, Salahudin Ismaily (fils du Pir Shah du Wakhan) ainsi que le Wakhan Afghan. C’est pourquoi je suis allé chez lui en 2018. Donc, il n’y a pas de recherche de ma part, ni de projet de reportage, ou de démonstration que je chercherais à faire. La seule ambition est de regarder le monde. Et puis des faits, des pratiques, des contraintes géographiques et des récits entendus nous font assembler un puzzle.
Je ne connais pas grand chose au Zoroastrisme. Mon premier contact, de façon incidente, avec cette religion, a été un travail d’audit... financier sur ONG, que j’ai mené à Bombay avec une équipe majoritairement composée de Parsis. Dans le Pamir, on ne nous en parle guère. Ce sont des lectures qui permettent d’en voir la pérennité dans cet univers musulman. Pourtant, il semble bien que les maisons pamiries sont des héritières assez directes des temples du feu. Voici un de mes articles que je traduirai probablement en français pour Agoravox. Wakhi mountain houses of Zoodkhun in Chapursan Valley, northern Pakistan. En creusant, on trouve effectivement un empilement religieux particulièrement passionnant. How past and present religions built a tradition palimpsest in a high valley of northern Pakistan. Dans un pays explosif, tel que le Pakistan, où la foi est la source d’emportements, j’ai eu le plaisir de constater que ces deux papiers ont été bien reçus et largement partagés par les personnes concernées.
En ce qui concerne l’Eurasisme, je pense que le sujet est encore plus miné. Pour tout dire, je n’aime pas la vision qu’Alexandre Douguine en promeut. Ensuite, je pense que l’histoire est passée et que la page est déjà tournée. Ainsi, l’Union Économique Eurasiatique tient plus, à mon sens, de la nostalgie d’un empire perdu, que d’une réalité présente et, encore moins, que d’une réalité d’avenir. Au-delà des annonces diplomatiques, l’Asie Centrale est en voie de sinisation, dans ce qu’il faut reconnaître comme étant un nouveau processus colonial. C’est ce que j’écrivais dans cet article sur Agoravox : La Karakoram Highway, prototype du schéma colonial de la Nouvelle Route de la Soie dans un Etat en perte de légitimité ? Je suis étonné de voir l’indifférence manifestée par les géopoliticiens, quant au fait que la Chine contrôle maintenant directement ou indirectement l’ensemble du Bam-e-Dunya (Le toit du Monde), c’est-à-dire tous les Pamirs. Cela n’était pas arrivé depuis au moins mille ans. Cette redistribution des cartes aura des conséquences très importantes.
Enfin, je ne suis pas assez féru de la chose pour me prononcer sur les « Indo-européens ». Ce fut une grande découverte. Mais c’est aussi un concept qui fait de plus en plus débat, sans même parler des dérives dont il a été à la source. Voir « ...Les Indo-Européens sont un mythe » et « L’Indo-européen n’est pas un mythe » je n’irai pas m’aventurer sur ce terrain glissant.
