Commentaire de BA
sur Couvre-feu sanitaire et crépuscule sur la France. Covid-19 ou quand Anakin Skywalker devient Dark Vador


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BA 16 octobre 09:10

En Allemagne, la « Sperrstunde »

Pour bien marquer la gravité de la situation, Angela Merkel a sorti le grand jeu. Pour la première fois depuis des mois, la chancelière a convoqué les ministres-présidents des Länder à débattre autour de la même table à Berlin. Après plus de huit heures de négociations musclées, ils ont fini par se mettre d’accord sur un certain nombre de mesures communes à tout le pays et en particulier, c’est la mesure phare, sur la nécessité d’imposer un couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin. Si cette « Sperrstunde » ou « heure de la police » est moins sévère qu’en France (les Allemands ont deux heures de plus pour écluser les bières), il n’en reste pas moins que ce pays n’avait pas connu une telle restriction aux libertés individuelles depuis la Seconde Guerre mondiale. Berlin, où le virus se propage à toute allure, a été l’un des premiers Land à décider le couvre-feu le week-end dernier.

Angela Merkel qui animait le débat avec son calme habituel n’a pourtant pas caché sa frustration. On sait depuis un moment déjà que les desiderata des uns et des autres agacent la chancelière, partisane d’une ligne commune consensuelle. Elle a promis que si le nombre des personnes infectées (qui selon l’institut Robert Koch se situe autour des 6 600 nouvelles contaminations par jour, un record depuis le début de la pandémie) ne baisse pas substantiellement d’ici à dix jours, il faudra de nouveau serrer la vis. « Nos directives ne sont pas assez sévères pour nous permettre de vaincre cette calamité. Ce que nous faisons ne suffit pas. »

En Italie, la fin de l’élève modèle

Après avoir longtemps tenu le rôle de « pays modèle », semblant résister à la tempête de la «  deuxième vague », l’Italie est désormais entrée dans le dur. Depuis plusieurs jours, les nouvelles contaminations bondissent en flèche, dépassant mercredi soir la barre des 7 000 cas (multiplié par deux en l’espace d’une semaine). Pour le gouvernement italien, un durcissement des mesures sanitaires est alors devenu inévitable.

Ainsi, après le port du masque obligatoire en extérieur, décidé la semaine dernière pour l’ensemble du territoire, c’est au tour des bars et des restaurants de devoir baisser le rideau dès minuit pour tenter de freiner la contagion. Passé 21 heures, le verre debout est également prohibé. Interdits aussi les événements en intérieur comme en extérieur à l’exception des mariages, baptêmes et enterrements qui seront cependant limités à trente personnes. Coup de sifflet aussi pour le calcetto, ce match de foot sur mini-terrain, très prisé des Italiens. Côté vie privée, l’exécutif s’est contenté de «  recommander vivement » d’éviter les soirées et rassemblements de plus de six personnes à la maison.

Des mesures qui, face à la progression du virus dans la Péninsule, semblent aujourd’hui déjà « caduques ». Le retour du confinement n’est désormais plus totalement exclu, il « dépendra beaucoup du comportement de l’ensemble de la communauté nationale », prévient le Premier ministre, Giuseppe Conte. En cas d’aggravation de la situation dans les prochains jours, un nouveau tour de vis est à prévoir. L’hypothèse d’un couvre-feu dans les régions de Lombardie et de Campanie, en première ligne face à la pandémie, fait d’ailleurs la une de la presse italienne.

Au Royaume-Uni, le gouvernement divisé

Le système en place depuis le 12 octobre prévoit trois niveaux d’alerte en Angleterre. La catégorie « medium » impose un couvre-feu aux pubs à partir de 22 heures et l’interdiction des rassemblements de plus de six personnes à l’extérieur comme à l’intérieur. Londres et les comtés du sud et de l’est du pays sont concernés. Le niveau « élevé », qui interdit les rencontres entre différents foyers, réduit les voyages et encourage le télétravail s’applique au Nord et aux Midlands. Enfin, l’alerte « maximale » vise Liverpool et le Nord-Ouest avec fermeture des pubs, des cafés, des centres de loisirs mais pas des restaurants. L’Écosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord, qui sont responsables de leurs propres mesures sanitaires, ont institué un dispositif encore plus musclé.

Avec 43 155 décès, le Royaume-Uni est à la cinquième place mondiale du classement des morts de la pandémie. Le pays se place au troisième rang en termes de nouveaux cas.

La bataille fait rage entre partisans et opposants des nouvelles réglementations sanitaires. S’appuyant sur l’avis du conseil scientifique, le leader travailliste, Keir Starmer, s’est prononcé en faveur d’un reconfinement de deux à trois semaines en Angleterre. Le gouvernement est profondément divisé. Boris Johnson a choisi jusqu’à nouvel ordre la solution médiane des restrictions locales renforcées.

En Belgique, l’UE à l’arrêt

Le Covid-19 s’abat de nouveau sur Bruxelles et, du même coup, elle grippe les institutions européennes. Non seulement la Commission n’a pas rouvert ses portes aux journalistes depuis mars, mais le Parlement européen, à Bruxelles, connaît une vague de contaminations importantes qui a conduit son président, David Sassoli, à proscrire la plénière en « présence physique » qui devait se tenir la semaine prochaine. Les parlementaires sont invités à ne pas venir et à suivre les débats derrière leur écran d’ordinateur. Voilà qui met fin au débat entre le siège de Strasbourg et l’antenne de Bruxelles…

En outre, Manfred Weber, le président du PPE, le premier groupe politique du Parlement, est contraint à l’isolement car il a rejoint la longue liste des cas contacts. Les mesures s’étaient durcies depuis plusieurs jours : les assistants parlementaires et le personnel administratif se sont vu imposer le télétravail et devaient justifier d’un motif sérieux pour se rendre dans l’enceinte du Parlement. Le contexte bruxellois n’est pas meilleur et les autorités belges vont restreindre encore plus la vie sociale : les réunions privées à domicile ne devront pas excéder quatre personnes, le télétravail redevient obligatoire, un couvre-feu entre minuit et 5 heures du matin sera instauré, mais les écoles vont rester ouvertes.

En Espagne, la vague sans fin

« Préoccupante, instable et fragile.  » C’est par ces trois adjectifs que Salvador Illa, le ministre de la Santé qui coordonne le combat contre le Covid-19, résume la situation en Espagne. Ici, la deuxième vague est arrivée plus tôt qu’ailleurs, dès la mi-septembre, et avec une force insoupçonnée. C’est à Madrid et dans la grande agglomération de la capitale que la contagion s’est fait sentir avec le plus de force : le taux d’incidence, ayant avoisiné les 700 cas pour 100 000 habitants, a obligé le gouvernement central à « fermer » Madrid et neuf municipalités (épicentre européen du coronavirus) de sa périphérie le 2 octobre, contre la volonté de l’exécutif régional qui y voit une sorte d’« asphyxie économique ». La Catalogne lui a emboîté le pas en décrétant la fermeture pour quinze jours des bars, restaurants et centres de loisirs nocturnes. La mesure a provoqué la colère des hôteliers concernés qui exigent une « couverture publique » pour ses 170 000 salariés.


Aux Pays-Bas, un « confinement partiel »

Avec un taux d’incidence de 435 cas pour 100 000 habitants, les Pays-Bas se situent sur la troisième marche du podium européen des pays où la pandémie galope derrière la République tchèque (660 pour 100 000) et la Belgique (515 pour 100 000). La situation est telle que le Premier ministre, Mark Rutte, a été contraint, le 13 octobre, de décréter un «  confinement partiel ». Un peu dépassé par la situation, le leader néerlandais ne lésine plus sur les restrictions : fermeture des bars et des restaurants pour une durée de quatre semaines au moins, interdiction de la vente d’alcool et de cannabis après 20 heures, port du masque obligatoire dès 13 ans dans tous les espaces clos…

Mark Rutte s’est fait violence car, en bon libéral, il n’a jamais été un adepte des mesures trop contraignantes. Lors de la première vague, il avait pris soin de ne pas trop entailler les libertés de ses compatriotes et avait même cru, au tout début, aux vertus, de l’immunité de groupe. « Nous devons être plus stricts avec nous-mêmes »

https://www.lepoint.fr/monde/seconde-vague-de-covid-comment-font-les-autres-pays-europeens-15-10-2020-2396646_24.php


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