Commentaire de velosolex
sur Ma rencontre avec Camus (2)


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velosolex velosolex 25 janvier 12:11

Bel article Vous m’avez appris le mot « incipit », ou alors je l’avais oublié. Peut être qu’on pourrait commencer un livre ainsi. Pour avouer dés le début aussi ses failles. J’ai découvert Camus en troisième. Un bon prof qui nous avait conseillé « Noces ». Quand à « l’étranger » j’ai d’abord vu le très beau film de Visconti sur le sujet. C’était à Madras en 75. Je me demandais ce que la salle pouvait comprendre de de film, dans cette inde des systèmes de castes, entendu que moi même j’étais troublé, et pensant à juste raison ne pas avoir tous les éléments pour comprendre, ce qui était suggéré. Pour l’Algérie, il aurait fallu moins faire dans l’aquarelle, mettre les points sur les I. . Même si je n’étais pas trop au fait de la question coloniale à l’époque, je doutais qu’un européen puisse être condamné à mort pour le meurtre d’un algérien. Pourtant cette question n’était jamais posée, et s’y risquer aurait de moi quelqu’un de suspect. J’ai lu le livre ensuite, et découvert la personnalité de Camus, son histoire. Un pied entre les deux camps. Gamin pauvre, repéré par un instit, gardien de but à Oran. Une vie ne tient pas à grand chose. J’ai lu il y a quelque années le roman de Khamel Daoud « Meursault contre enquête » que j’ai apprécié,, tout en me demandant comment personne ne l’avait écrit auparavant, comme le monde intellectuel s’était arrêté de penser Camus, le jour où il est mort dans un accident de voiture, en faisant une sorte de génie intouchable.

« L’étranger » est un bon titre. Il nous laisse quelque chose d’étrange en nous. Un gout d’inachevé, de non dit. Comme d’ailleurs les romans de Marguerite Duras, sur cette Indochine de petits blancs, exploités par l’administration sans doute, mais au sort bien plus enviable que celui des autochtones. On a enseigné l’étranger à des gamins de 15 ans, tout en ne décrivant pas objectivement le contexte de l’Algérie. On nous dit que les libres de Camus sont à double sens. Que la peste est un livre de combat contre le mal, et sur la résistance en 40. Que « l’étranger » l’est sur sur la fragilité des jugements, dépendant de causes exogènes.

Mais le cadre pourtant n’est pas anodin. Le fil rouge tenant autour de l’enterrement de la mère m’a toujours semblé un brin restrictif dans ce roman, pour expliquer ce que la justice à d’évasif, dans un pays secoué alors par d’autres lignes de fractures, qui ne sont pas explorées, et tenant alors au statut de l’indigène ou du colon. Une affaire criminelle n’a pas le même sens quand elle est dans un pays fachiste, ou une démocratie, un pays de droits. Je pense au film argentin très prégnant sur ce sujet « dans ses yeux », par exemple. Il a fallu le bon de Daoud, plus de 70 ans après le roman pour qu’on s’interroge sur l’arrière plan. C’est étonnant quand même cette cécité. Enfin, ça dépend quand même de son origine sociale, mais le discours de l’académie nous structure aussi. On n’osa par rendre une mauvaise copie, gamin. Qui peut oser s’opposer à un prix nobel., lui demander des comptes ? ....Tout de même dans le petit peuple en France, qui était dupe de ce qui se passait là bas, même si on n’y avait pas mis les pieds. J’étais bien trop jeune pour partir, mais pas le fils de l’épicer qui me faisait les scoubidous qu’il accrochait aussi à son guidon du vespa. Il est mort là bas. Comme tant d’autres que j’ai vu plus tard en psy, le passé remontant en eux. Je recommande à tous cette très bonne émission sur arte replay. L’algérie sous vichy. https://bit.ly/3u24wDN


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