Commentaire de jakem
sur Fidèle, fidèle...
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@jakem
( suite 3 )
Vous comparez les fables à l’art de la miniature. Quelles sont ses contraintes particulières ? Et comment expliquer l’instinct qui pousse La Fontaine à choisir ce genre littéraire jugé mineur à l’époque ?
Oui, l’art de la miniature avec ce que le terme suppose en matière de précision, de sens du détail, avec la passion des couleurs exactes. La Fontaine peint avec des mots. Outre l’oreille, il s’adresse à l’œil pour établir une tension narrative qui éclate dans les morales par lesquelles les saynètes se concluent, et dont beaucoup sont passées en proverbes. Il n’est pas difficile de convertir de nombreuses fables en bandes dessinées, et ce n’est pas un hasard si celles-là s’accompagnent fréquemment d’illustrations, dont certaines réalisées par des artistes de premier plan tels que Jean-Baptiste Oudry, Gustave Doré, Gustave Moreau ou Chagall.
Quant au choix du genre, le prodige de La Fontaine tient justement à ce qu’il s’est emparé d’un genre, celui des fables, peu considéré avant lui. L’étude des Fables d’Ésope et leur traduction en français servaient d’exercices scolaires, ce qui n’avait rien de glorieux. Vouloir plaire à ses contemporains en choisissant ce genre risquait de ranger La Fontaine parmi les auteurs de deuxième zone, mais se réclamer de l’Antiquité lui a permis de justifier un choix qu’à peu près personne n’avait effectué jusqu’alors. Fait significatif, Boileau, qu’on appelait le Régent du Parnasse, a omis de citer les fables dans son Art poétique. Mais La Fontaine les a portées à un tel point d’excellence que sa réussite a aussitôt paru incomparable et indépassable.
