Commentaire de Najat Jellab
sur Émeutes du PSG, extrême droite : ce que Hegel m'avait appris à lire dans la France dès 2002


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Najat Jellab Najat Jellab 3 juin 11:19

@Eric F

Sur « des gens comme moi » — vous avez raison de pointer l’ambiguïté. Je ne parle pas d’une essence, d’une origine, d’une communauté de sang. Je parle d’une position dans le regard de l’autre : celle que l’on occupe quand on est perçu, dans un moment de crispation identitaire, non pas comme un individu mais comme le représentant d’une altérité indésirable. Ce regard-là ne fait pas le tri. Husserl — l’un des plus grands philosophes européens du XXe siècle, fondateur de la phénoménologie, professeur vénéré — a été exclu de l’université de Fribourg en 1933 par les lois raciales nazies. Son ancien élève Heidegger, à qui il avait tout donné et dont Être et Temps lui était dédié, n’a pas protesté. Le regard qui catégorise ne demande pas de CV. Ce regard a une date plus récente aussi. Il a changé après le 11 septembre 2001 — pas brutalement, pas officiellement, mais perceptiblement, dans les conversations, dans les salles de cours, dans les regards dans le métro. Leïla Slimani, que j’ai connue à cette époque, en parlait récemment : le sentiment soudain d’être convoquée à répondre de quelque chose qui n’était pas elle, d’être sommée de se situer, de condamner, de prouver. Nous n’étions plus des individus avec un parcours, des lectures, des amitiés — nous étions redevenues des représentantes d’une catégorie. C’est cela que je redoutais de voir se cristalliser politiquement. Et l’histoire montre que ce regard ne fait pas le tri entre les assimilés et les autres — il catégorise avant de distinguer, et quand il se traduit en politique, c’est sans nuance.


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