Commentaire de
sur Après Outreau et Clearstream, les avocats doivent-ils rester auxiliaires de justice ?
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Cette affaire du « jeune homme accusé de vols par son employeur » et mis en prison alors qu’il n’existait « aucun témoignage », « aucune preuve » et qu’à l’issue du procès il sera relaxé après avoir fait des aveux écrits fantaisistes sous la pression de la détention (Le Monde du 21 juin), appelle deux autres questions :
- Qu’est-ce que l’avocat, « auxiliaire de justice », a-t-il fait exactement pour s’opposer à un juge qui, sans témoins ni preuves, envoyait systématiquement son client en prison pour le contraindre à passer aux aveux ?
Maintenant que le rapport parlementaire sur Outreau a déjà dénoncé des pratiques, et qu’il est accessible (à titre gratuit) sur la Toile depuis une bonne semaine, on voit les avocats sortir des bouquins (payants) sur « l’extorsion de l’aveu, l’usage débordant de la détention provisoire, les instructions (...) unijambistes, les voies de recours épuisantes et vaines... » (article du Monde). Mais qu’ont-ils fait à l’époque ? L’affaire décrite plus haut date d’il y a dix ans. C’est là qu’il aurait fallu écrire des livres, saisir les parlementaires...
- L’employeur serait-il devenu un « auxiliaire de justice » de fait ? Sans témoins ni preuves, d’après l’article du Monde, il parvient à envoyer un salarié un prison et à l’y faire garder pendant des mois. Comment est-ce possible, dans un Etat de droit ? Où est passée la présomption d’innocence du salarié ?
Ne se serait-il développé une sorte de préjugé « élitiste » et « classiste » chez une partie des juges ? Mais aussi des avocats, vu certaines attitudes que décrit le rapport parlementaire sur Outreau, une affaire où des gens du peuple ont dû faire face aux pires accusations infondées et à d’indéniables pressions pour les contraindre à l’aveu ? Peut-on humainement en arriver à l’absentéisme, si on reconnaît vraiment à son client la présomption d’innocence ?
Ajoutons à ces deux questions un constat qui s’impose. Fort malheureusement, il est bien connu que les « voies de recours épuisantes et vaines » sont devenues un mal général des institutions françaises qui ne cesse de s’aggraver depuis les années 1980. Dans la justice, dans les administrations, dans les milieux professionnels et ailleurs. Une évolution qui n’a fait de secret pour personne et qui a été VOULUE par le monde politique. Les avocats le savaient très bien, ils l’ont toujours su et ont bien vécu avec... Pourquoi ce silence jusqu’à aujourd’hui ? Et pourquoi l’évoquer seulement au sujet de la justice pénale, alors qu’on s’y heurte de partout ?
Ne peut-on raisonnablement penser que, précisément, les liens constants et profonds entre le milieu professionnel des avocats et le monde des décideurs ont incité les avocats à cautionner cette évolution des institutions françaises, à garder le silence à son sujet et à la faire accepter par la population qui s’en plaignait ?
