Six idées archaïques de Paul Villach
« La première est une croyance en la prédestination : on naît supérieur - ici avec des dons de sorcier ; Harry porte la marque à son front d’une cicatrice qui reste la trace de sa résistance, tout bébé, aux forces du mal qui ont emporté ses parents. Autrefois, on naissait noble ou manant, et rien ou presque dans la vie ne pouvait rien y changer. Est ainsi ignoré qu’on peut développer son intelligence ou non par son travail, puisqu’en somme, on est (on naît) intelligent comme Harry ou on ne l’est pas ! Pas question de le devenir ! »
Harry a résisté aux forces du mal blabla parce que sa mère s’est sacrifiée pour ce faire. Il n’a pas résisté parce qu’il était prédestiné ou élu ou quoi que ce soit.
« Une seconde idée archaïque est la promotion de la célébrité sans acte méritoire qui la justifie : Harry Potter est connu de tous avant même qu’il ait accompli le moindre exploit. C’est la même idée qui est propagée par la « Télé-réalité », où les individus les plus frustes, sans qualités particulières, sinon une complexion physique sexuellement attirante, elle aussi innée, acquièrent une notoriété du seul fait qu’ils ont été vus à la télévision. Que vaut cette notoriété ? Quel profit les spectateurs peuvent-ils bien retirer de ce « savoir », en dehors d’une identification et d’une vie fantasmée par procuration qui leur font oublier leur médiocrité quotidienne ? »
Harry Potter est connu. Certes. Et donc ? C’est amusant comme il y a quelques années, les esprits médiocres avaient coutume de souiller le sujet de leurs diatribes en le ramenant au Troisième Reich par les moyens les plus capillotractés. Depuis, le procédé ayant été usé jusqu’au ridicule, c’est la télé-réalité qui a pris la place du vieil Adolf !
« Une troisième idée archaïque est la banalisation de méthodes d’éducation destructrices. La punition vise, par exemple, à inspirer la terreur chez l’enfant qui a transgressé la règle : autrefois, on le menaçait des cabinets avec les rats (et l’enfant n’osait plus aller aux toilettes avec les conséquences qui s’ensuivaient) ; ici, l’enfant est emmené dans « la forêt interdite » où vivent les monstres les plus effrayants. Ou encore, les enfants sont répartis en équipes (les quatre maisons) et une concurrence effrénée est stimulée, assujettissant chaque élève à la pression du groupe ! Quelle éducation ! »
Pour autant qu’il m’en souvienne, les enfants en question sont punis parce qu’ils le méritent bien, et leur punition consiste à aider un employé de Poudlard à faire son travail. Les quatre maisons font référence aux collèges qui organisent la vie des public school anglaises, ce qui semble vous passer au-dessus de la tête. Et la concurrence, ben, on est dedans, mon ami, faut vous y faire.
« Une quatrième idée archaïque est la croyance en l’existence d’une distribution manichéenne des rôles dans le monde entre les forces du Mal et les forces du Bien (comme le croyait Manès, au IIIe siècle) qui agiraient sur les hommes transformés en pantins. C’est un leurre de guerre fort prisé depuis toujours qui a le mérite de clarifier les choix en faveur de ceux qui en usent. La réalité, on le sait, est plus complexe. Le mal et le bien se définissent, au contraire, par rapport à des objectifs qu’une société, des groupes ou des personnes se proposent, dans le cadre général de l’univers des vivants : ainsi peut-on soutenir qu’est un mal tout ce qui attente à la vie, avec les réserves qui découlent des circonstances particulières où se trouvent une personne ou un groupe quand ils doivent se défendre pour assurer leur propre survie. »
Vous devriez relire Harry Potter, vous y trouverez moult personnages et situations qui ne se résument pas aux gentils qui combattent les méchants. A commencer par le héros lui-même, imprégné par Voldemort, qui doit choisir son chemin."
« Une cinquième idée archaïque consiste à « faire rêver » sur les moyens illusoires de défense dont une personne peut disposer : chacun souhaite faire disparaître menaces et ennemis d’un coup de baguette magique ou devenir « invisible » en revêtant une « cape » spéciale. C’est même ce que fait très bien, paraît-il, l’autruche, en enfouissant sa tête dans le sable : on nomme même cette technique « la politique de l’autruche ». Où mènent ces puérilités ? Ce ne sont pas des rêves qui préparent à affronter les relations sociales où les hommes se font la guerre, avec plus ou moins d’intensité ! Seules la connaissance des rapports de force, celle du droit, et la détermination à assurer sa dignité ou sa survie sont des moyens raisonnables et parfois efficaces. »
J’aimerais attirer votre attention sur le fait que le premier tome s’intitule « Harry Potter à l’école des sorciers ». Il est question de sorciers. De magie. de sortilèges. Vous n’êtes sans doute pas familier de la littérature fantastique, mais je vous assure que dans ce gerne d’ouvrages, c’est assez commun que les sorciers pratique la magie. Par ailleurs, vous noterez que Harry lui-même n’est pas un sorcier très doué, ce qui lui interdit de « faire disparaître menaces et ennemis d’un coup de baguette magique ».
« Une sixième idée archaïque, enfin, donne surtout une représentation fictive de la sorcellerie, telle qu’elle s’exerce encore dramatiquement aujourd’hui en France. L’ethnographe, Jeanne Favret-Saada, l’a décrite dans Les mots, la mort, les sorts (Gallimard, 1977). Des esprits fragiles bla bla bla... »
Peut-être aurait-on dû inscrire sur la couverture la mention « ROMAN » pour bien signifier qu’il s’agit d’une oeuvre de fiction. Il semble que certains esprits fragiles ont du mal à faire la différence entre la littérature et la réalité. La littérature fantastique consiste à poser d’entrée un certain nombre de postulats a priori absurdes - tels que l’existence de forces surnaturelles - et de développer une intrigue cohérente compte-tenu de ce canevas. La littérature fantastique n’a pas à tenir compte des travaux d’ethnographes distingués.
Il ressort de tout ceci que sous votre plume, une idée est archaïque quand ce n’est pas la votre. Voilà une étrange conception que je ne suis pas loin de trouver moi-même archaïque.
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